Hindi Zahra: Amazigh 2.0

Hindi Zahra s'est installée deux ans au Maroc... (Photo: fournie par Warner Music)

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Hindi Zahra s'est installée deux ans au Maroc avant de créer Homeland, un titre qui résume bien son retour aux sources.

Photo: fournie par Warner Music

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En 2010, Hindi Zahra lançait l'album Handmade, qui devint un fleuron de la sono mondiale. On a en mémoire un spectacle étincelant, donné aux Nuits d'Afrique par cette Berbère marocaine au charme dévastateur.

Chanteuse des plus effervescentes, elle avait mis au point une world pop fédératrice qui l'avait menée à donner plus de 400 concerts dans le monde, à récolter des prix importants dans l'Hexagone où elle vivait depuis l'adolescence - Victoire de la musique, prix Constantin. Puis ce fut la pause, suivie de la longue gestation de Homeland.

La sortie de cet opus précède une tournée mondiale, dont le Festival international de jazz de Montréal sera une des nombreuses escales. C'est pourquoi Hindi Zahra est jointe à Paris, peu avant que sa caravane ne se mette en marche.

«J'ai un chez-moi à Marrakech et un autre à Paris, amorce-t-elle au bout du fil. Je ne pourrais vivre à un seul endroit! Je suis restée cette fille de militaire qui a toujours eu de nouvelles affectations. Le nomadisme me sied bien; il est aussi en phase avec celui de mes ancêtres.»

Le tour des rythmes du monde

Après le succès mondial, Hindi Zahra s'est installée pendant près de deux ans au Maroc afin de créer Homeland, un titre qui résume bien son retour aux sources.

«Je me suis installée à Marrakech pour l'écriture de cet album, sa composition et les premières phases de son enregistrement. J'y ai mené les séances de percussions, il y en a eu d'autres à Essaouira, dans une zaouïa, lieu où se tiennent des cérémonies religieuses, mais où l'on peut aussi faire de la musique.»

Au Maroc, le long séjour de Hindi Zahra a commencé par le rythme. Et ce rythme ne serait pas exclusivement nord-africain. «Ma chanson Beautiful Tango, par exemple, était un clin d'oeil à l'Amérique du Sud. Or, lorsque j'ai tourné au Brésil, j'ai eu envie de me plonger dans les sonorités latino-américaines. J'ai voulu, par exemple, créer un dialogue entre les percussions marocaines et les percussions brésiliennes.»

En fait, Hindi Zahra se préparait à un grand tour des rythmes du monde. Dans les chansons de Homeland, elle souligne avoir incorporé samba brésilienne, coladeira capverdienne, motifs guitaristiques chaâbis d'Afrique du Nord, buleria du sud de l'Espagne, rythmes afro-cubains, rythmes perses, rock inspiré du western spaghetti. Ainsi, elle a cherché à creuser des passages entre le Maroc, le Cap-Vert, le Brésil, Cuba. Entre blues américain et africain.

Le blues du désert, celui de Tinariwen, Bombino, et autres Etran Fianatawa, est probablement l'inspiration la plus puissante de Hindi Zahra, qui vient de la partie méridionale du Maroc. Ce qu'elle corrobore:

«Mon grand-père est issu d'une tribu touarègue de Mauritanie. Les musiques qui y règnent sont des musiques de transe. L'objectif d'une musique de transe, c'est l'unité. Dans cette même optique, je voulais aussi donner un visage féminin à ma culture. Par exemple, mettre en relief l'univers mystique des femmes.»

Musique sans frontières

Et d'où vient la vastitude marquant l'approche de Hindi Zahra?

«C'est très marocain, tout ça! J'ai grandi dans une famille où se rencontraient les générations, les styles musicaux, le passé et le présent. Ainsi, musiques modernes et traditionnelles ont toujours cohabité. Chez moi, la musique n'a pas de frontières géographiques ou temporelles. Plus précisément, je viens du Souss, une grande région située entre Agadir et Ouarzazate. On y parle le chleuh, un dialecte amazigh [berbère]. On y parle aussi darija, ce créole marocain qui intègre du berbère, du français, du portugais, de l'arabe. Le Maroc est à la croisée de plusieurs peuples et des voyageurs. Il n'y a pas si longtemps [les années 60-70], les hippies y ont ramené plein de musiques, les nôtres en ont subi les influences.»

On n'a donc aucun mal à imaginer notre interviewée piger partout où elle se pose, s'exprimer et chanter dans plusieurs langues, y compris l'anglais et le français.

«Après le travail accompli au Maroc, je suis allée en Espagne pour enregistrer les guitares et d'autres instruments acoustiques. Je suis ensuite montée à Paris afin de travailler avec d'autres musiciens, de mixer le tout. Du début à la fin du processus, j'ai fait la rencontre de superbes musiciens. Par exemple, le percussionniste Rhani Krija, qui a joué avec Sting et Prince. J'ai aussi côtoyé l'excellent guitariste Juan Fernández [El Panki]], gitan de Cordoue.»

Ceci explique cela: cinq ans après la sortie de Handmade, Homeland a été très long à mener à bien.

«J'y ai mis du temps parce que j'étais seule à réaliser et produire cet album. Je voulais me mettre au défi de faire se côtoyer les musiques que j'aime. Aller au bout de mes idées. Je voulais une production éclectique, je ne voulais pas une seule équipe. J'ai d'ailleurs enregistré plusieurs musiques qui n'ont pas été retenues. Certaines le seront plus tard, ce n'est pas perdu.»

Auparavant, Hindi Zahra doit reprendre la route. «La tournée démarre à Istanbul, j'irai après au Maroc, ce sera ensuite la France et la Belgique. Je viendrai chanter à Montréal cet été. Ce sera un grand plaisir d'y retourner.»

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Hindi Zahra se produira le 5 juillet au Club Soda, dans le cadre du FIJM.

WORLD POP. Hindi Zahra. Homeland. Warner Music.

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