Face-T: Jamaïcain sans frontières

«Out of many, one people», peut-on lire sur un billet de 500$ jamaïcain.... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Érika Peter
La Presse

«Out of many, one people», peut-on lire sur un billet de 500$ jamaïcain. Impossible de ne pas penser à cette idée d'unité peu importe la couleur de peau lorsqu'on rencontre Face-T. «Il faut vraiment vivre plus de six mois sur une île pour comprendre ce que c'est que d'être caribéen», dit le chanteur québécois élevé en Jamaïque.

Figure emblématique de la scène reggae-dancehall québécoise, Face-T lançait vendredi soir EP1, son premier EP indépendant. Un changement révélateur pour cet artiste qui s'est fait un nom sous l'étiquette de Subsonik Records en remportant le concours Les Francouvertes avec son groupe Kulcha Connection, il y a un peu plus de 12 ans.

«À cette époque, on a profité de l'engouement pour le reggae-dancehall grâce à la montée de Sean Paul, explique Face-T. Au bout d'un moment, j'ai senti qu'on avait accompli tout ce qu'on pouvait, et j'avais envie de faire de la musique de manière plus traditionnelle dans ma langue, le patois.»

S'ensuivent des années à travailler en solo, sans jamais se séparer de Scorpio B, fondateur de Subsonik Records. À travers un ami en commun, il fait la rencontre de Poirier, DJ et producteur réputé de la scène électro-dancehall. Après quelques tournées en tant que MC avec ce dernier, il sort finalement son album Tuff Like Stone, produit par Scorpio B et Poirier, en 2012.

Depuis, plus rien. Du moins, il est difficile de suivre ce que fait Face-T, qui est souvent considéré comme un artiste saisonnier. Pourtant, des tournées, il en fait, que ce soit en Jamaïque ou en Europe. Ce qui compte surtout pour lui, c'est de faire ce qu'il aime.

«Si je faisais du reggae pour gagner ma vie, je n'en ferais plus», dit-il très honnêtement.

Mais pourquoi sortir un EP en indépendant? Conscient de l'évolution de l'industrie du disque, Face-T comprend que les revenus des artistes viennent plus des tournées que de la vente d'albums. «Les jeunes veulent la musique gratuitement et, s'ils ne l'ont pas, ils n'écoutent pas, continue-t-il. C'est pourquoi on a mis l'EP en écoute gratuite jusqu'au lancement.»

Diversifié

Un EP qui est d'ailleurs très diversifié. Loin du traditionnel reggae-dancehall et du rocksteady, sans jamais en perdre l'influence, il s'inscrit dans la continuité de Tuff Like Stone avec une intégration de rythmes électro. Derrière ses manettes, on retrouve encore Scorpio B et Poirier, mais aussi des ambassadeurs de reggae européens comme Dreadsquad.

«Le reggae-dancehall n'appartient plus à la Jamaïque, dit-il très fièrement. Depuis 15 ans, les fans de partout dans le monde se sont approprié cette musique et la mélange à des rythmes de leur propre culture. J'encourage ce mouvement et j'y participe.»

À 38 ans, le Jamaïcain-Québécois n'a qu'un rêve: continuer de s'impliquer et voir la musique caribéenne se poursuivre au Québec et évoluer.

Entre la Jamaïque et le Québec

Né à Montréal, Face-T s'envole pour la Jamaïque à l'âge de 3 ans avec sa mère, qui était tombée amoureuse d'un Jamaïcain. Il grandit dans la paroisse de Westmoreland, tout près de Négril, entouré de sa mère et de ce vrai rasta qu'il considère comme son père. Il habite dans une auberge près du plus gros lagon d'eau de source en Jamaïque et connaît une vie rythmée par la ferme de son père et la médecine traditionnelle. À 16 ans, il revient à Montréal. Celui qui ne parle pas un mot de français vit un choc culturel, mais apprend le français et s'habitue vite à la vie à Montréal. Il y reste pendant cinq ans. Entre-temps, il s'essaie au reggae et sort sa première mixtape en 1995. Il en envoie plusieurs copies dans des bars, dont le Quai des brumes, qui le recrute pendant l'été. À 20 ans, il retourne en Jamaïque, mais, découragé par la violence et les problèmes sociaux, il revient à Montréal quelques années plus tard. Pour y rester.

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REGGAE-DANCEHALL. Face-T. EP1. Indépendant.

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