PJ Harvey à la hauteur... c'est-à-dire très haut!

La chanteuse et multi-instrumentiste PJ Harvey était de... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE)

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La chanteuse et multi-instrumentiste PJ Harvey était de retour à Montréal vendredi et samedi (au Métropolis), elle qui n'avait pas fait de spectacle dans la métropole depuis le 28 mai 2001; l'artiste faisait alors la première partie du spectacle de U2, lors de la tournée Elevation.

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Cette Anglaise géniale qui, deux décennies plus tôt, avait donné à Montréal le plus grand concert rock au féminin jamais observé et ressenti par votre humble serviteur, nous a enfin donné rendez-vous, soit deux soirs d'affilée au Métropolis.

Qu'en fut-il vendredi ? The Hope Six Demolition Project, plus récent album de PJ Harvey et, de loin, le plus socialement engagé de sa discographie, était le plat principal au menu. Vu le conservatisme relatif de cet enregistrement (dans sa dimension musicale), il y avait lieu de douter un tantinet et... les doutes se sont dissipés dès les premières mesures de cette heure et demie presque parfaite.

Chanteuse, compositrice, multi-instrumentiste, réalisatrice, de surcroît visionnaire, Polly Jean a transcendé cette matière, lui conférant les arrangements subtils et la puissance d'évocation essentiels aux soirées mémorables. Voilà la combinaison idéale de force brute et de raffinement!

Dix musiciens sur scène, dont le fidèle collaborateur John Parish, ont contribué à cette transcendance: tambours, cordes, claviers, anches et cuivres ont déployé une marche pour ainsi ouvrir le jeu avec Chain of Keys, une des pièces clés (...) de son dernier opus.

Les esprits du rock ont eu tôt fait d'entourer la dame en noir, brandissant son saxo alto telle une guerrière: The Ministry of Defence était sur un pied d'alerte!

Plus conviviale, The Community of Hope représenta ensuite l'élan militant et volontaire qu'incarne l'artiste britannique dans sa démarche actuelle. La marche progressiste s'est poursuivie avec l'entraînante The Orange Monkey, l'occasion de se réjouir d'un tel déploiement orchestral, d'une instrumentation aussi organique, d'un amalgame aussi bien dosé.

Une ligne fut tracée dans le sable, puis ce fut le moment de faire trembler l'Angleterre une première fois - traductions libres... Radicalement, la pièce-titre de l'avant-dernier album signé Polly Jean a fait grimper le mercure, c'était déjà très chaud lorsqu'elle nous a passés sur le corps avec la redoutable The Words That Maketh Murder, autre grand cru de Let England Shake, tout comme The Glorious Land avec laquelle elle enchaînera brillamment, clairons d'infanterie à l'appui. De retour aux contes sociaux de sa nouvelle offrande, elle martelait Medicinals, autre marche reliée par un pont magnifique.

Le jeu s'est calmé, les fréquences se sont adoucies avec When Under Ether... air narcotique comme l'annonce justement le titre de la chanson. Aucune faute de goût jusque-là, on restait givré sur le parquet pendant qu'une impro de son saxophoniste ténor devenait le liant de Dollar Dollar, chaleureusement interprétée par la chanteuse.

Et le diable était effectivement dans la place lorsqu'elle a interprété The Devil.

Le 10-roues s'est remis en marche, les anches ont barri dans la jungle urbaine, The Wheel a tout renversé sur son passage, après quoi un autre ministère fut pris en grippe : entrelardé de riffs et improvisations sauvages, un blues orchestral s'est employé à piétiner The Ministry of Social Affairs.

Dans ces mêmes eaux tumultueuses, PJ Harvey a mis la pédale au fond avec une relecture paroxystique de 50ft Queenie, époque Rid of Me. Nous étions chancelants, elle nous a envoyés au tapis avec Down by the Water, lascive, incandescente, tirée de l'opus phare To Bring You My Love dont elle a également interprété la chanson-titre, superbement arrangée.

Impériale!

La séquence principale dut se conclure en douceur, car une chute soudaine de l'amplification a forcé les artistes à exécuter délicatement River Anacostia, réussie malgré les problèmes techniques non résolus et aussi malgré l'indiscipline d'une petite minorité d'auditeurs qui n'ont pas saisi l'importance de garder le silence dans le contexte.

Au rappel, fort heureusement, les décibels étaient au rendez-vous pour la reprise très musclée de Highway 61 Revisited, classique de Bob Dylan comme on le sait. Pour clore le tout, l'Angleterre de Polly Jean Harvey fut en proie à de nouvelles secousses, c'était le moment de conclure avec The Last Living Rose.

Ç'aurait été plus que parfait si on avait eu droit à quelques titres supplémentaires, mais bon... Nous avions devant nous une des plus grandes de notre époque, et elle avait choisi d'offrir un spectacle dense, compact, à sa hauteur... c'est-à-dire très haut.




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