Mort du précurseur du free jazz Ornette Coleman

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Ornette Coleman

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Shaun Tandon
Agence France-Presse
New York

Le légendaire saxophoniste et compositeur de jazz américain Ornette Coleman, qui a rejeté les conventions musicales du genre, devenant le précurseur du free-jazz, est décédé jeudi à l'âge de 85 ans.

Coleman est né et a vécu au Texas, mais il est mort à New York, a indiqué à l'AFP son agent Ken Weinstein. Il a fait l'essentiel de sa carrière dans cette ville, dont il représente une des voix singulières du jazz.

Coleman fut avec John Coltrane l'un des musiciens à l'origine du «free-jazz», un style fondé sur l'improvisation hors de toute contrainte harmonique, avec une grande liberté de mélodie et de rythme.

Son album de 1959, The shape of jazz to come, est considéré comme l'un des premiers albums avant-gardistes de l'histoire du jazz.

Connu surtout comme saxophoniste alto, Coleman rejetait les notions traditionnelles d'accords et se lançait à la place dans des solos que ses détracteurs considéraient comme chaotiques, mais qui sont devenus un courant dominant du jazz et du rock.

«Le jazz devrait exprimer davantage de sentiments que ce qu'il a fait jusqu'à présent», déclarait-il, jugeant les accords enfermants et pas naturels.

Pour le musicien autodidacte, le jazz devrait être une forme de communication humaine.

«L'idée, c'est que deux ou trois personnes peuvent avoir une discussion avec les sons sans essayer de les dominer», déclarait M. Coleman dans une interview en 1997 avec le philosophe français Jacques Derrida.

«Les musiciens essaient de rassembler un puzzle émotionnel et intellectuel, dans lequel les instruments donnent le ton», expliquait-il.

Ami de Lou Reed

La rupture est venue avec The shape of jazz to come, qui a surpris le monde du jazz, y compris Miles Davis, à cause de son manque d'harmonie, de l'absence de guitare ou de piano pour l'accompagner.

Cet album comprend la chanson pleine de passion Lonely Woman, écrite par Coleman, à propos d'une cliente de la haute société qu'il avait remarquée quand il travaillait dans un magasin à Los Angeles, et qui est devenue un standard du jazz.

La même année, il sort l'album The change of the century, enregistré en Californie plutôt que dans une capitale établie du jazz.

Mais alors que son étoile commence à briller, il se retire temporairement de la scène musicale en 1962.

Il revient en apprenant à jouer de la trompette et du violon, avec la même innovation musicale qui l'accompagnera toute sa vie.

Dans les années 1990, il s'inspire de l'Inde, et crée un morceau pour la Philarmonique de New York avec des joueurs de tabla, des musiciens jazz et classiques.

Connu pour l'élégance de ses costumes, il compte des rockeurs parmi ses amis, dont Lou Reed.

Ses relations avec les maisons de disque étaient notoirement houleuses. «Je suis toujours allé vers les maisons de disque parce que quelqu'un avait aimé ma musique. Mais après ils pouvaient être renvoyés», raconte-t-il au magazine Cadence en 1995.

Le musicien raconte sur son site que la première fois qu'il a vu quelqu'un jouer du saxophone, il «ne savait pas ce que c'était».

«Alors j'ai demandé à ma mère et elle m'a dit de gagner de l'argent pour m'en acheter un. J'ai fabriqué une boîte pour cirer les chaussures (...). Jusqu'au jour où elle m'a dit: regarde sous le lit. Ça m'a pris trois ou quatre ans et je l'ai sorti et j'ai joué».

Touché par l'oppression des Noirs dans le sud du pays, il s'est senti cependant parfois comme un étranger, considéré comme trop mou sur la question raciale par les artistes noirs de Los Angeles.

À New York, il se souvient que des musiciens avaient douté de ses capacités intellectuelles parce qu'il était originaire d'un État du sud.

Il a souvent enregistré des albums avec son fils Denardo Coleman, célèbre batteur de jazz, qui fut aussi son gérant.

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