Le musicien grec Demis Roussos est mort

Demis Roussos en 2006.... (PHOTO STEPHANE DE SAKUTIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Demis Roussos en 2006.

PHOTO STEPHANE DE SAKUTIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

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Mort samedi à l'âge de 68 ans, Demis Roussos fut bien plus qu'une icône kitsch de la chanson de variétés. Au-delà des mégasuccès, des mégabouffes et du mégatour de taille, celui qu'on surnommait «le dieu grec de la chanson» laisse le souvenir d'une voix unique et d'un parcours original, teinté de mysticisme et de psychédélisme. Hommage.

On l'appelait «le dieu grec de la chanson». Il n'était pas éternel pour autant. Demis Roussos, superstar de la variété internationale des années 60 et 70, est mort d'un cancer dans un hôpital d'Athènes dans la nuit de samedi à dimanche. Il avait 68 ans.

Si le succès n'était plus au rendez-vous depuis longtemps, il est clair que le chanteur d'origine grecque a marqué son époque. Dans les années 70, l'exotique barbu a inondé les palmarès avec des tubes romantiques comme Forever and Ever, My Only Fascination, Goodbye My Love Goodbye, From Souvenirs to Souvenirs, We Shall Dance et Mourir auprès de mon amour...

Son succès fut d'autant plus improbable que le crooner n'avait pas le physique de l'emploi. Ses flamboyantes djellabas, son torse velu, ses colliers tribaux et sa légendaire corpulence ont suscité bien des railleries, lui valant une place de choix au panthéon des icônes kitsch, pas trop loin de Liberace et du Elvis période paillettes.

Cela ne l'a pourtant pas empêché de vendre plus de 60 millions d'albums au cours d'une carrière couvrant près d'un demi-siècle. Car au-delà des apparences, Demis Roussos était aussi un chanteur émouvant, dont la voix éraillée et haut perchée, souvent parodiée mais jamais égalée, était absolument unique.

De l'underground aux palmarès 

Son parcours fut tout aussi particulier. Né Artemios Ventouris Roussos à Alexandrie, de parents grecs nés en Égypte, Demis Roussos apprend à chanter dans les églises orthodoxes, avant de retourner en Grèce à la suite de la crise politique de Suez.

En 1966, le trompettiste de formation devient bassiste et chanteur d'Aphrodite's Child, un groupe dont le cerveau est un certain Vangelis Papathanassiou (Vangelis). Le trio migre à Paris en 1968 et grave Rain & Tears, une chanson pop psychédélique qui ouvre la voie à trois ans de succès européen.

En 1970, Aphrodite's Child éclate après avoir lancé son grand oeuvre, l'album concept 666, un disque de rock progressif que Roussos qualifiera d'«underground avec une attitude new age».

Alors que Vangelis se dirige vers la musique de film, Demis Roussos s'oriente vers la chanson de variétés. En 1971, il connaît le premier de plusieurs succès planétaires avec We Shall Dance, la chanson qui le fait connaître. Sa pop dépaysante, mâtinée de bouzouki et de choeurs sirupeux, séduit surtout le public féminin, qui se laisse envoûter par ce grizzly grec aux manières de «latin lover».

C'est une période de gloire pour Demis Roussos. Entre champagne et repas gargantuesques, le chanteur mène une vie de pacha dans ses maisons de Paris, Athènes ou Los Angeles. Mais à mégasuccès, mégatour de taille. Devenu énorme, il doit suivre un régime radical, qu'il transformera éventuellement en un livre best-seller: Maigrir et rester mince.

La descente

Au début des années 80, l'étoile de Demis pâlit et les tubes se raréfient. En 1983, le Boeing 747 dans lequel il se trouve est détourné vers Beyrouth par des extrémistes chiites. Un passager est exécuté sous les yeux du chanteur, qui est libéré après cinq jours, à la suite d'un jeu de coulisses entre Athènes et le Hezbollah.

L'expérience le marque. Devenu mystique, il se décrit dès lors comme un chanteur world et nouvel âge, de nouvelles étiquettes qui ne se traduisent cependant pas en ventes d'albums.

Incapable de renouer avec le succès, Demis Roussos se fait de plus en rare. Un mal pour un bien. Ses derniers concerts - du moins au Québec - ont laissé l'impression d'un chanteur désabusé, expédiant ses succès sur le pilote automatique et livrant des tours de chant écourtés.

Une fin de parcours avec d'étranges relents d'amertume, qui le verra progressivement s'effacer du devant de la scène, non sans avoir laissé son empreinte poilue et atypique sur le monde de la musique pop.

«Le succès est inexplicable, nous avait-il confié il y a 20 ans, après un concert à Québec, en revenant sur sa carrière. Il faut que les énergies soient coordonnées entre le chanteur et le cosmos. Par un moyen de télépathie mystérieuse, ensuite, ça va toucher les gens. Le reste ne m'intéresse plus...»

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