Comment écoute-t-on la musique?

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Si la radio et YouTube sont les principales plateformes de découverte de musique, la lecture en continu (streaming) enregistre une croissance fulgurante.

Les Rdio, Deezer et Spotify sont dans l'air du temps.

«La diffusion en flux continu de la musique ne cesse de prendre de l'importance, à tel point qu'on observe une baisse du piratage», explique Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ.

L'ampleur du streaming n'est pas une vue de l'esprit.

«Les signes de sa croissance sont considérables. Récemment, en une seule semaine, on a recensé 94 millions d'écoutes de 30 000 chansons», indique Paul Tuch, directeur des opérations canadiennes pour la firme Nielsen Entertainment.

Déclin constant des ventes

Dans ce nouvel univers, le bonheur des uns fait le malheur des autres. Dominique Jutras, directeur de l'Observatoire de la culture et des communications du Québec, constate le déclin progressif et inéluctable des ventes de musique enregistrée.

«Le recul du marché des produits physiques et des CD n'a jamais été compensé par la croissance des ventes d'albums et de pistes numériques, dit-il. Résultat: les consommateurs dépensent moins pour la musique. En 1997, 5% des dépenses des ménages étaient destinés à l'achat de contenus culturels. En 2009, ces mêmes 5% étaient plutôt destinés aux produits d'accès à ces contenus: connexion internet, téléphone portable, etc.»

Solange Drouin ne nie pas cet état de fait, qui se traduit par une crise permanente de la vente des contenus.

«En 2005, il se vendait 13 millions d'albums au Québec alors qu'il s'en est vendu 6 millions l'année dernière, dont un million d'albums téléchargés. Cela reste une activité commerciale importante. Mais, pour la première année, on observe même le ralentissement des ventes numériques, soit une chute de 13% des chansons téléchargées, pour ne citer que cet exemple.»

Autre problème important: les parts de marché de la production québécoise diminuent dans l'environnement numérique.

«Parmi les 16 millions de chansons téléchargées pendant la dernière année, la part des artistes québécois est de 6%», précise Solange Drouin. Les disques québécois comptent par ailleurs pour 30% des ventes d'albums numériques, contre 45% des ventes d'albums physiques.

Les limites du streaming

À l'évidence, le déclin des ventes de musique n'est plus attribuable au piratage, mais plutôt à l'arrivée en force de l'écoute en continu, un phénomène encore mal documenté, comme le déplore Dominique Jutras: «L'absence de réglementation sur l'internet fait en sorte que les entreprises de streaming ne se sentent pas obligées de collaborer ou de donner une information complète.»

Nathalie Gingras, chargée de projet qui supervise la vente de musique chez Dare to Care/Grosse Boîte (Coeur de Pirate, Fanny Bloom, etc.), se réjouit du net progrès des ventes de produits numérisés (albums ou chansons), mais ne compte pas sur les revenus que procure le streaming.

«En cinq ans, la part de la musique numérique (téléchargements) est passée de 20% à 50% de nos ventes globales. Le vinyle est aussi devenu important pour nous: pour un artiste qui vend 5000 ou 6000 albums, on presse systématiquement de 300 à 500 vinyles.

«Tous nos produits sont sur les plateformes d'écoute en flux continu, mais nous considérons que cette pratique n'est pas acquise par le grand public au Québec. Les Soeurs Boulay, par exemple, récoltent environ 1500 écoutes par semaine sur toutes les plateformes où se trouve leur album. En moyenne, nos artistes obtiennent environ 700 écoutes par semaine. Et, pour l'instant, le streaming reste une source négligeable de revenus.»

En effet. Au Canada, les ayants droit obtiennent 10,2 cents pour 1000 passages chez un hébergeur de contenu. On en arrive à la conclusion que les revenus que procure le streaming aux artistes (et à leurs équipes) sont ridiculement bas.

Optimisme malgré tout?

Chez Believe Digital Canada, l'un des principaux acteurs de la distribution de musique numérisée, on demeure tout de même confiant en l'avenir.

«Sur une période de trois mois, l'an passé, les ventes de chansons représentaient 45% du volume de notre chiffre d'affaires, les ventes d'albums constituaient 41%, alors que le streaming comptait pour 14%.

«Sur une période similaire cette année, les ventes chansons ont chuté à 39%, les albums à 29% et le streaming a bondi à 32%», dit Georges Tremblay, président de cette entreprise qui sert d'intermédiaire à plusieurs labels québécois pour la distribution de leurs produits chez les hébergeurs et diffuseurs de contenus.

Georges Tremblay croit en outre que le marché local a du retard à rattraper.

«Spotify vient à peine de débarquer chez nous, dit-il. Deezer a changé son approche et n'a plus d'équipe sur place. Rdio fonctionne sur abonnement. D'autres services existent, mais notre marché n'est pas encore mature. En Europe et en Asie, par exemple, on observe que 35% du volume du chiffre d'affaires de la musique numérique revient aux plateformes de téléchargement (emusic, iTunes, etc.) et 65% au streaming. Au Québec, c'est l'inverse: la part des plateformes de téléchargement est de 70%.»

«Chose certaine, conclut Paul Tuch, les gens n'ont jamais consommé autant de musique qu'aujourd'hui. Il revient à l'industrie de la musique de trouver le moyen de monétiser ses contenus.»

Voilà qui est loin d'être évident. Pas plus que la représentation équitable des contenus locaux sur ces nouvelles plateformes. «L'enjeu pour les artistes québécois sera d'y occuper une place importante, sans y être ghettoïsés, dit Solange Drouin. Il faudra investir tous leurs canaux!»

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L'Autre Gala de l'ADISQ, le 22 octobre, 20h, à MusiquePlus et MusiMax; le gala de l'ADISQ, le 26 octobre, 19h30, à Radio-Canada.

La révolution numérique en quelques chiffres

LA RADIO RESTE INFLUENTE

60 % : Le mode d'écoute de musique québécoise francophone le plus fréquent reste la radio pour 60 % des amateurs de musique sondés.

YOUTUBE DOMINANT SUR L'INTERNET

72,8 % : YouTube demeure le mode dominant de découverte de musique via l'internet pour 72,8 % des amateurs de musique sondés

SOURCE : Enquête sur les habitudes de consommation de la musique québécoise, menée en 2012 par Benoît Gauthier du Réseau Circum Inc.

L'EXPLOSION DU STREAMING

4,7 milliards : Nombre d'heures d'écoute de Spotify à l'échelle planétaire en 2013 pour 24 millions d'usagers et 6 millions d'abonnés payants.

1,5 milliard : Nombre d'heures d'écoute de Pandora à l'échelle planétaire en 2013 pour 70 millions d'usagers et 3 millions d'abonnés payants.

LE CONTENU QUÉBÉCOIS EN DÉCLIN DANS L'UNIVERS NUMÉRIQUE

45 % : Part de marché des disques québécois parmi les ventes d'albums physiques.

30 % : Part de marché des disques québécois parmi les ventes d'albums numériques.

Source: ADISQ

LE STREAMING, PEU PAYANT POUR LES ARTISTES

10,2 cents : Au Canada, les ayants droit obtiennent 10,2 cents pour 1000 passages de leur chanson chez un hébergeur de contenu comme Rdio.

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