Isabelle Grégoire: les réfugiés dans nos campagnes

Il y a environ cinq ans, Isabelle Grégoire... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Il y a environ cinq ans, Isabelle Grégoire a commencé à concevoir un roman. En journaliste de métier qu'elle est, elle a commencé par faire des recherches et un plan détaillé! Et puis, la littérature a pris le dessus.

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Marie-Christine Blais
La Presse

Des reportages, ça ne suffit pas toujours pour rendre compte d'une réalité. Par exemple, celle de la cohabitation entre réfugiés colombiens et natifs d'un petit village de Chaudière-Appalaches. C'est justement le sujet de Sault-au-Galant, premier roman de la journaliste québécoise Isabelle Grégoire. Qui se révèle une vraie auteure.

Grande reporter indépendante, Isabelle Grégoire a l'occasion de se pencher sur une multitude de sujets d'actualité, de l'éducation au Qatar (magazine L'Actualité) à l'«industrie» du ruban rose (Châtelaine), sans oublier le printemps érable (L'Express). C'est justement à l'occasion de l'un de ses reportages, il y a quelques années, dans un petit village fictif de Beauce, qu'Isabelle Grégoire a eu envie d'écrire autrement.

Une dizaine de familles colombiennes s'étaient installées là afin de recommencer une nouvelle vie. «Je me suis toujours beaucoup intéressée à tout ce qui touche à l'immigration et au statut de réfugié, raconte Isabelle Grégoire. Pendant ce reportage en Beauce, j'ai entendu plein de choses qu'il m'était impossible de traiter dans un article. Plusieurs réfugiés étaient très secrets sur ce qu'ils avaient laissé derrière eux, par exemple. Ils avaient vécu des choses terribles, dont ils ne voulaient pas parler, de crainte parfois de représailles par d'anciennes victimes. Ensuite, j'ai eu la chance de rencontrer un avocat spécialisé en immigration, qui m'a parlé, en long et en large, de dizaines de cas, notamment en demandes de statut de réfugié.»

Des personnages vivants

Il y a environ cinq ans, Isabelle Grégoire a donc commencé à concevoir un roman. En journaliste de métier qu'elle est, elle a commencé par faire des tas de recherches et un plan détaillé! Et puis...

Et puis, la littérature a pris le dessus: «Je suis une lectrice boulimique, explique-t-elle, et j'ai toujours été fascinée par ces écrivains qui racontaient que leurs personnages vivaient leur propre vie: «Ben, voyons donc», que je me disais! Jusqu'à ce que je découvre que c'est vrai: mes personnages, tous fictifs, décidaient de leur vie, et j'apprenais des choses à leur propos pendant que j'écrivais leur histoire... Chose certaine, se mettre dans la peau d'un ancien paramilitaire colombien ou d'un chef d'entreprise beauceron, c'est quelque chose que je ne pouvais absolument pas faire dans un reportage!»

Car, peut-être pour mieux éviter l'écueil de l'écriture «journalistique», Isabelle Grégoire a laissé de côté la narration à la troisième personne. Elle a opté même pour son exact contraire: il y a quatre personnages qui s'expriment, quatre «je» bien distincts, dans Sault-au-Galant. C'est justement parce qu'ils sont quatre - dont une fillette québécoise et un nouveau réfugié colombien - que l'auteure a pu aborder divers sujets à partir de plusieurs angles: immigration, oui, intégration difficile, évidemment, préjugés, d'accord.

Mais aussi relation parents-enfants, intimidation en milieu scolaire, dévitalisation des régions, amours adultères, légendes québécoises, superstitions latinos, guerre civile, pénurie de main-d'oeuvre, vengeance...

Et disparition d'un enfant: c'est lorsque le petit Emilio Mondragon disparaît du village que les tensions entre Galantois et Colombiens vont se cristalliser. Car 575 habitants qui reçoivent une soixantaine de nouveaux arrivants d'un coup, c'est un choc culturel dont les répercussions sont infinies, aussi bien au dépanneur et à la station-service qu'à l'église. «Ce n'est pas un très long roman, dit Isabelle Grégoire, mais il y est question de beaucoup de choses!»

Travaillant toujours à son compte, c'est souvent par à-coups, entre deux reportages, qu'elle a pu avancer l'écriture de son roman: «J'étais très ouverte tout le long, toujours dans le monde, le bruit... Et comme j'ai l'habitude, comme journaliste, de faire lire mes textes, je faisais lire mes chapitres à plusieurs personnes. Ma fille m'a ainsi beaucoup aidée pour parler des relations entre enfants au primaire: à l'époque de mon premier jet, elle avait 12 ans, elle savait comment ça se vivait, cette espèce de loi du silence des enfants quand il est question d'intimidation. Ses commentaires m'ont été précieux.»

Sa fille a aujourd'hui 16 ans, son fils, 25. Et Isabelle Grégoire, elle, a un deuxième roman en cours. Pas mal pour une fille qui signait, dans L'Actualité, un long reportage sur le déclin des ventes de livres, particulièrement des romans, il y a à peine un mois!

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Sault-au-Galant, Isabelle Grégoire, Québec Amérique, 228 pages




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