King Abid: délier les chaînes... et les hanches

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Un Tunisien. Adopté par Québec. Qui chérit et arpente le vaste territoire musical de la Jamaïque. Voilà la base du cocktail géographique dont s'abreuve Heythem Tlili, devenu King Abid sur un premier album homonyme en 2016.

« J'ai eu la maladie du reggae à 3 ans, s'autodiagnostique la plus récente Révélation Radio-Canada, catégorie Musique du monde. J'avais des cousines à la mode qui allaient au lycée et qui écoutaient du reggae. Dans leur chambre, il y avait des posters de Michael Jackson, de Madonna, mais aussi de Bob Marley. J'empruntais des cassettes, j'étais sidéré par le personnage et ça m'a amené aussi à apprendre l'anglais pour comprendre les paroles de Bob. »

« King » pour roi, bien sûr, et « Abid » pour esclave, en arabe. Un oxymore qui exprime bellement la dualité dans laquelle s'inscrit la musique du reggaeman. King Abid bricole à bout de bras des traverses entre l'héritage populaire africain et l'effervescente scène électro de la Vieille Capitale. Là-bas, Heythem a posé ses bagages en 2002 « pour étudier », selon la version officielle transmise à sa mère, mais s'y est accroché les pieds. Principalement sur les planchers de danse et les enclos réservés aux DJ et aux MC.

LA FAUTE À KARIM OUELLET

Dans son voisinage immédiat : Eman et Claude Bégin, d'Alaclair Ensemble (et ex-Accrophone), Marième ou encore Karim Ouellet, pour qui il a abondamment usé ses cordes vocales et les membranes de ses percussions. « J'ai perdu beaucoup de temps avec eux, mais dans le bon sens, rigole-t-il. En fait, c'est de la faute à Karim Ouellet, parce que sa carrière a explosé. » Ce dernier, originaire du Sénégal, intervient d'ailleurs pour King Abid sur Que du reggae, ode optimiste à la culture popularisée par « Bob » en particulier et à l'ouverture des frontières en général.

« Le reggae est une musique qui revendique, mais ici, on préfère pleurer avec une guitare assis contre un arbre, c'est culturel et je le respecte. »

- King Abid

D'aussi fécondes fréquentations expliquent en partie pourquoi King Abid a attendu à la fin de la trentaine pour se risquer en solo. Une autre raison se trouvait au Maghreb. « Socialement, mon coeur et mes yeux étaient en Tunisie, qui avait besoin de moi », dit Heythem Tlili, en référence à la révolution du jasmin de 2010-2011. Mais la fleur s'est flétrie. « C'est une grosse crosse », tonne-t-il après coup.

ROI DU MÉTISSAGE

Le multi-instrumentiste, pentalingue de surcroît, chante principalement en tounsi, langue vernaculaire qui rend hommage à la « Tunisie de son coeur », vers quoi est tourné son premier album. Come to Tunisia, demande-t-il d'ailleurs aux étrangers, notamment pour goûter à la Celtia, bière locale qui a également sa chanson.

Au gré des collaborations, King Abid fait aussi une place à l'anglais, à l'espagnol et au français. Le rappeur Eman, entre autres, a été convoqué sur Fattouma pour un raï fort contemporain qui invite les Africaines à troquer les planchers des cuisines contre les planchers de danse. Hommes, à vos serpillières !

Un reggaeman féministe ? « Oui, oui, ça me va. Ma mère m'a éduqué avec beaucoup d'ouverture d'esprit. Elle m'a toujours dit : "Ne fais jamais aux femmes ce que tu ne veux pas qu'on fasse à ta soeur." » Voilà qui tranche avec la réputation misogyne et homophobe que le reggae traîne encore comme un boulet, surtout dans son île de naissance.

L'ouverture de King Abid est lyrique, linguistique, mais surtout musicale, avec une proposition au carrefour de l'électro, tantôt dub, tantôt trap, et du roots world. « Plus jeune, j'étais beaucoup plus intéressé par les guitares électriques, les basses, les drums, le rock, plus que par les sons orientaux, note Heythem Tlili. En vieillissant, je reviens à mes racines, je me reconnecte génétiquement. »

Le reggae et le dancehall tracent la ligne entre toutes ces influences. King Abid, qui a animé une émission autour de l'héritage jamaïcain pendant huit ans sur les ondes de CHYZ, est bien conscient que la scène reggae, au Québec, est nichée. Tout autant que son public, surtout composé d'immigrés, note-t-il. « Petit à petit, les Québécois s'ouvrent et constatent que le reggae, c'est pas juste de fumer un joint, boire une bière sur la plage et écouter du Bob Marley. C'est bien plus fort que ces clichés-là. »

Sur son prochain album, il souhaite tendre la main davantage à son Québec d'adoption, autant dans le choix de la langue et des thèmes. « Je suis ici, et j'ai beaucoup de trucs à dire à mon deuxième peuple que j'aime tellement. »

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À la Sala Rossa, le samedi 22 juillet, 22 h, dans le cadre de Nuits d'Afrique




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