SLĀV: beaucoup de bruit pour rien

Une scène de SLĀV: une odyssée théâtrale à... (Photo fournie par la production)

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Une scène de SLĀV: une odyssée théâtrale à travers les chants d'esclaves.

Photo fournie par la production

Mario Cloutier

Le bruit précédant SLĀV, présenté au TNM en ce moment, est inversement proportionnel à la qualité de ce spectacle qui ne fera pas partie du panthéon des meilleures pièces de Robert Lepage.

D'abord, avouons-le, le spectacle SLĀV de Robert Lepage, Betty Bonifassi et Ex Machina relève bien davantage de la représentation musicale que théâtrale. Après un beau chant bulgare d'ouverture dirigé par la chanteuse, qu'on sent nerveuse, celle-ci nous explique la provenance slave du mot «esclave». Comme leitmotiv du spectacle, déclare-t-elle, «les plus belles chansons du monde nous viennent des esclaves». 

La musique représente donc le fil conducteur de la «pièce». La ligne dramatique, fort mince, consiste en de courtes scènes didactiques où une jeune poète (Kattia Thony) apprend des éléments de l'histoire de l'esclavagisme, de l'existence historique d'Afro-Québécois, de la dure réalité des Afro-Américains face à la police et des liens entre la musique folklorique irlandaise et les chants d'esclaves, notamment. 

Comme dans plusieurs pièces de Robert Lepage, l'intrigue alterne d'un pays et d'une époque à l'autre, des Balkans aux États-Unis en passant par Limoilou, le Texas et la Louisiane. On reconnaît ici l'affection que porte le grand créateur québécois à la mixité, aux singularités des langues et aux cultures diverses. 

Il tente d'exploiter du mieux qu'il peut ce terrain qu'il connaît bien. Si les thématiques abondent, toutefois, elles ne sont guère développées. Le texte doit tenir sur quelques feuillets.

Mise en scène simple

Par ailleurs, la mise en scène et la scénographie sont simples, mais très ingénieuses. On ne peut malheureusement pas en dire autant de l'interprétation, somme toute bancale, des chanteuses-comédiennes. 

Évoquant le «chemin de fer clandestin» qui a permis à bon nombre d'esclaves de s'échapper, les rails - élément de base du décor - servent autant à évoquer une clôture, une route que des barreaux de prison. L'apport de la vidéo est également important et complète bien la scéno: des films d'archives sur des travailleurs noirs et des images de la nature, entre autres. 

En fait, il y a une certaine candeur qui se dégage de SLĀV par moments, ce qui fait tomber le spectacle à plat, l'émotion en étant pratiquement absente en dehors de la musique.

Le sujet est grave, tragique même. Les chansons disent la souffrance, voire la colère, mais l'absence d'enjeu dramatique s'oppose au sérieux de ce sujet. La séance de danse aérobique finale - pardon, d'une chorégraphie d'esclaves brisant leurs chaînes - nous apparaît, en ce sens, futile.

Bref, on est très loin du grand Lepage de La trilogie des dragons ou de La face cachée de la lune, de ses Brecht ou de ses Shakespeare. 

Appropriation culturelle

Mais puisque le sujet est encore sur toutes les langues, parlons-en. Il est difficile d'entrevoir dans la pièce quelconque mauvaise intention de la part de ses artisans. Candides, oui, mais racistes, non. Les deux Afro-Québécoises sur scène ont des rôles importants. Peut-être aurait-on pu faire un effort supplémentaire pour en engager d'autres. 

Aussi, puisque Betty Bonifassi aborde elle-même le sujet sur scène, il faudrait rappeler que les méthodes pour le moins douteuses de l'ethnomusicologue Alan Lomax, dont elle s'inspire depuis des années, ont été remises en question dans des études récentes

Sinon, pour les amateurs de théâtre, il faudra attendre le Coriolan de Robert Lepage, en janvier prochain sur cette même scène. La pièce de Shakespeare sur le pouvoir et la corruption saura, sans doute, nous le faire revoir sous un meilleur jour.

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SLĀV est présenté au TNM jusqu'au 14 juillet.




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