William Eggleston ou la révolution du banal et de la couleur

Antoine Froidefond
Agence France-Presse
Paris

Un lavabo ou un rayon de supermarché: fasciné par le quotidien, William Eggleston a bousculé les codes de la photographie au tournant des années 60 en adoptant la couleur considérée alors comme vulgaire.

C'est à cette révolution lancée par le grand photographe américain que la Fondation Cartier-Bresson consacre une exposition à Paris, jusqu'au 21 décembre, intitulée justement From Black and White to Color.

Eggleston commence à travailler en couleur dès 1965 à une époque où le noir et blanc avait seul droit de cité dans les musées et les galeries. «Pendant deux ans, il a fait les deux», explique à l'AFP Agnès Sire, commissaire de l'exposition.

Ses centres d'intérêt restent les mêmes. Eggleston aime les voitures, les dames permanentées, les snack-bars déserts, les personnages solitaires marchant dans les rues, les objets aussi triviaux qu'un four ou une enseigne de bar.

«Quand je suis passé du noir et blanc à la couleur, la seule chose qui a changé, ce sont les films», a-t-il dit.

Il s'attache à saisir toute la banalité de la région de Memphis où il est né en juillet 1939 et où il réside, mais les images n'ont pas de dates, les légendes sont imprécises.

Le tournant de sa carrière est sa première exposition au Musée d'art moderne de New York (Moma) en 1976, accompagnée d'un livre William Eggleston's Guide. «L'exposition est très critiquée, elle fait scandale», souligne Agnès Sire.

Dans une lettre adressée à la direction du Moma, le célébrissime photographe Ansel Adams, spécialiste des paysages de l'Ouest américain, critique Eggleston pour «son manque de substance».

En phase avec l'art de son temps

Pourtant le photographe est en phase avec l'art de son temps. C'est l'avènement du Pop Art, l'ouverture de la «Factory» d'Andy Warhol. Plusieurs artistes s'intéressent aux «sujets pauvres».

Il découvre le procédé appelé «dye transfer» qui va lui permettre de «résoudre la question de la maîtrise des teintes et de parvenir à imposer une palette qui deviendra la «Eggleston touch»», écrit Agnès Sire dans le livre accompagnant l'exposition.

Des rouges vifs, des oranges, des roses, des verts acides, telle est la gamme du photographe. Les objets ou les êtres solitaires sont éclairés par la lumière dorée du Sud américain. Les ombres sont douces, un peu floues, y compris celle du photographe lui-même.

Mais Eggleston est aussi fasciné par les éclairages crus des intérieurs: néons sur un mur, ampoule pendant sur un fil...

«De nombreux photographes ont été secoués par cette apparition et la révélation de cette nouvelle approche marque définitivement l'histoire du médium», écrit Agnès Sire.

Eggleston a osé la couleur et le prosaïque, mais il s'est attaqué à d'autres conventions: avec certains cadrages, il cherche à adopter le point de vue d'une mouche et il n'a de cesse de banaliser encore plus ses images, de leur donner l'apparence d'instantanés («snapshot like»).

Pourtant ses photographies ultraréalistes suscitent un sentiment d'étrangeté, comme cette salle de bains rose vif qui aurait sa place dans un film de David Lynch ou ses stations service qui rappellent celles de d'Edward Hopper.

Les lieux sont souvent déserts, les pièces sont souvent vides, mais Eggleston se défend d'avoir voulu éliminer la présence humaine: «Les objets dans les photos sont naturellement pleins de la présence de l'homme», assurait-il.

Après Paris, l'exposition sera présentée en Suisse au Musée de l'Élysée à Lausanne du 30 janvier au 3 mai 2015.




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