Fin de la grève à Air France, mais pas d'entente avec les pilotes

Le retour à la normale dans les aéroports... (Photo JEAN-PAUL PELISSIER, REUTERS)

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Le retour à la normale dans les aéroports ne devrait pas s'effectuer avant deux ou trois jours.

Photo JEAN-PAUL PELISSIER, REUTERS

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Isabelle TOURNÉ, Delphine TOUITOU
Agence France-Presse
PARIS

Le SNPL, principal syndicat de pilotes d'Air France, a mis fin dimanche à une grève historique de 14 jours, mais la reprise du travail va se dérouler dans un climat tendu, la direction confirmant le développement de Transavia France de façon unilatérale.

Les passagers devront patienter jusqu'à mardi pour espérer un début de retour à la normale. Mais la reprise pourrait se révéler compliquée, car le Spaf, deuxième syndicat représentatif des pilotes d'Air France (12 % des voix aux élections professionnelles), a maintenu son préavis de grève, qui court jusqu'à ce jour-là.

Le trafic restera très fortement perturbé lundi. Air France prévoit d'assurer «près de 60 % de son programme de vol».

«Les avions ayant été immobilisés plusieurs jours, des vérifications obligatoires sont nécessaires avant une reprise de l'activité», a expliqué la compagnie.

Si le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL, majoritaire) a décidé d'en finir avec cette grève engagée il y a deux semaines, aucun accord n'a été trouvé avec la direction sur Transavia France, filiale low cost du groupe.

«Les conditions du dialogue social ne sont aujourd'hui pas réunies, nous avons décidé de prendre nos responsabilités en levant le mouvement de grève», a expliqué à l'AFP le porte-parole du SNPL Guillaume Schmid, disant vouloir «poursuivre les discussions dans un cadre plus serein».

Ces personnels étaient en grève depuis le 15 septembre - un record - pour obtenir un contrat unique pour les pilotes d'Air France et de Transavia, car ils redoutent de voir fondre les avantages du statut Air France au profit du statut Transavia, moins généreux.

La direction, qui n'a jamais cédé sur ce point, a de nouveau affirmé dimanche que ce projet était stratégique.

«Nous allons maintenant nous atteler au développement de Transavia en France avec l'ambition prévue», a déclaré le PDG du groupe franco-néerlandais Alexandre de Juniac. «Nous allons pouvoir enfin lutter à armes égales avec les compagnies low cost concurrentes. Cette réforme est vitale», a-t-il estimé.

Le SNPL a déploré ces propos, estimant que la direction allait mettre en oeuvre son projet «de façon unilatérale avec le plus profond mépris pour le dialogue social».

«Nous sommes une nouvelle fois consternés par l'attitude de la direction qui met en danger aujourd'hui par ses provocations la sérénité nécessaire à la reprise des vols», a déclaré Jean-Louis Barber, président du SNPL Air France ALPA.

Les syndicats avaient déjà accusé cette semaine Alexandre de Juniac de bloquer personnellement les négociations.

Soutien indéfectible du premier ministre

Vendredi soir, le SNPL avait conditionné la fin de la grève à la nomination «d'un médiateur indépendant», afin d'examiner une solution alternative. Proposition rejetée par Matignon et par la direction.

Le premier ministre Manuel Valls avait stigmatisé «l'attitude égoïste» des pilotes et leur avait demandé de renoncer au «contrat unique», incompatible avec le modèle du low cost.

Dimanche, il a renouvelé son soutien à la direction de la compagnie, détenue à 16 % par l'État.

«Le gouvernement sera aux côtés de la compagnie et de ses salariés, que cet épisode a plongé dans l'inquiétude, pour les soutenir dans leurs efforts», a déclaré M. Valls, estimant que Transavia France représentait «un atout indéniable sur le marché en plein essor du low cost».

Il s'est en outre justifié de sa fermeté dans ce dossier.

«Il en allait de l'avenir d'Air France, de son développement à travers l'extension du projet Transavia France qui est indispensable», a-t-il dit. «Notre pays connaît beaucoup de blocages et ma tâche, ma mission, est bien de lever ces blocages et de conduire les réformes quand il en va de l'intérêt général du pays», a-t-il commenté.

La grève aura coûté 15 à 20 millions d'euros par jour, soit 300 millions (lundi inclus) au total sans compter les dédommagements des passagers et des voyagistes qui feront grimper substantiellement la facture.

Le PDG d'Air France, Frédéric Gagey, a souligné qu'il était impératif de regagner la confiance des passagers dont une partie a voyagé sur les lignes des compagnies concurrentes notamment easyJet et Ryanair qui ont vendu des milliers de billets supplémentaires.

«Il est temps maintenant de repartir en avant de reconstruire sur les bases d'une cohésion retrouvée», a-t-il déclaré alors que des centaines de salariés ont manifesté cette semaine contre les pilotes.

Frédéric Gagey a souligné qu'il serait sur le terrain à Roissy dès lundi.

La direction devra aussi discuter avec les pilotes de Transavia France: ces derniers redoutent que le transfert de pilotes d'Air France chez Transavia retarde leur propre déroulement de carrière.

La reconquête des clients et la cohésion dans l'entreprise, priorités d'Air France

Reconquérir les passagers et retrouver une cohésion au sein d'Air France sont les priorités immédiates après 14 jours de grève, ont souligné dimanche les PDG du groupe, tout en réaffirmant que le développement de Transavia, au coeur du conflit, restait vital.

«Mes premiers mots seront pour nos clients et tous les voyageurs qui ont été pénalisés par cette grève. Je leur renouvelle nos excuses et je leur dis que l'ensemble de nos équipes de la direction n'ont jamais cessé de penser à eux», a déclaré le PDG du groupe franco-néerlandais Alexandre de Juniac, dans une brève allocution à la presse.

Il a appelé l'ensemble des personnels à se remettre «vite au travail pour faire voler (les) avions et faire rêver (les) passagers».

De son côté, le PDG de la compagnie française, Frédéric Gagey, a indiqué que la «priorité dans l'immédiat est de rétablir un trafic normal». Il a demandé aux passagers de faire preuve de «compréhension pour les prochaines 36 heures», temps qu'il faudra pour réorganiser les vols.

«Je veux leur dire notre motivation absolue pour retrouver leur confiance et à quel point nous avons hâte de les retrouver sur nos lignes et dans nos avions», a-t-il insisté.

Alexandre de Juniac a par ailleurs une nouvelle fois souligné que le développement de Transavia était stratégique alors que le protocole d'accord n'a toujours pas été signé par les représentants des syndicats de pilotes.

«Nous allons maintenant nous atteler au développement de Transavia en France avec l'ambition prévue. (...) Nous allons pouvoir enfin lutter à armes égales avec les compagnies low cost concurrentes. Cette réforme est vitale», a-t-il commenté.




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