1000 nouvelles suppressions de postes chez Bombardier

Les compressions se poursuivent chez Bombardier. La multinationale québécoise a... (PHOTO FRANÇOIS LO PRESTI, ARCHIVES AFP)

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Sylvain Larocque
La Presse

Les compressions se poursuivent chez Bombardier (T.BBD.B). La multinationale québécoise a annoncé jeudi 1000 nouvelles suppressions de postes, cette fois-ci dans sa division ferroviaire, Bombardier Transport.

Les licenciements ont commencé au printemps et se poursuivront jusqu'à la fin de l'année, a indiqué à La Presse Affaires un porte-parole de Bombardier Transport, Marc Laforge. Ils découlent d'une restructuration mise en place l'automne dernier, quelques mois après l'entrée en fonction du nouveau président de la division, l'Allemand Lutz Bertling.

«Ce que Lutz veut faire, c'est d'investir davantage dans notre avenir, en recherche et développement et dans les systèmes d'information, a expliqué M. Laforge. Il y avait quand même des lacunes à ce niveau-là et pour continuer d'être à l'avant-garde, ça passe par ces deux secteurs-là. Ça impose des mesures de contrôle des coûts à l'interne. Si tu veux réinvestir, il y a moins d'argent que tu vas mettre ailleurs.»

Les postes éliminés, principalement administratifs, font double emploi dans différentes régions du monde, a ajouté Marc Laforge, qui n'a toutefois pas pu préciser combien de personnes allaient être touchées dans chaque pays. Le porte-parole a tenu à rappeler que les effectifs de Bombardier Transport avaient augmenté de 6000 personnes au cours des cinq dernières années pour dépasser la barre des 38 000 salariés.

La direction de services comme la recherche et développement et l'ingénierie est par ailleurs en voie d'être centralisée au siège social de Bombardier Transport à Berlin. Cette décision ne met toutefois pas en péril le centre de prototypage que l'entreprise a inauguré à Saint-Bruno à la fin de 2012, a assuré M. Laforge. Dans la foulée de la restructuration, la ville de la Rive-Sud abrite désormais le siège de Bombardier Transport pour les Amériques.

En plus des licenciements, Bombardier Transport prend d'autres mesures pour diminuer ses dépenses. L'entreprise a décrété des réductions de 50 % des déplacements non liés à des projets précis, de 25 % des achats non liés aux activités de fabrication, de 20 % des budgets de publicité et de 10 % des stocks.

«Il y a toute une réorganisation de notre structure de coûts», a résumé Marc Laforge.

Celui-ci a souligné que le marché ferroviaire est de plus en plus concurrentiel. Le mois dernier, le français Alstom et l'américain General Electric ont convenu de regrouper leurs activités ferroviaires, de sorte que Bombardier fera désormais face à un concurrent plus solide, surtout dans le secteur de la signalisation.

Bombardier Transport compte environ 3300 salariés au Canada, dont 1500 au Québec.

Russie

Au cours de la téléconférence tenue hier pour commenter les résultats du deuxième trimestre, le PDG de Bombardier, Pierre Beaudoin, s'est fait poser plusieurs questions à propos du projet de partenariat avec la société russe Rostec visant l'assemblage d'avions turbopropulsés Q400 au pays de Vladimir Poutine.

«Nous sommes préoccupés par ce qui se passe en Russie, a déclaré M. Beaudoin. Nous examinons les effets potentiels sur nos affaires et nous envisageons des plans en fonction de différents scénarios.»

Rostec et Bombardier demeurent «motivés» à conclure un accord, a insisté le dirigeant, promettant néanmoins de respecter toute sanction future qu'Ottawa imposerait à la Russie.

Restructuration

Pierre Beaudoin a confié hier que la restructuration annoncée la semaine dernière chez Bombardier Aéronautique, et qui entraînera l'élimination de 1800 postes administratifs, fera en sorte qu'il pourra suivre de plus près les activités de l'avionneur.

«Je suis insatisfait de l'exécution [de la stratégie d'affaires] et j'ai décidé qu'un changement majeur était nécessaire», a martelé M. Beaudoin.

La scission en trois groupes des activités de Bombardier Aéronautique (avions commerciaux, avions d'affaires et aérostructures) n'a pas pour but de faciliter la cession de l'une ou de plusieurs d'entre elles, a assuré le PDG.

Il n'est pas question non plus, du moins pour l'instant, de réaliser des acquisitions pour bonifier la future division d'aérostructures, a indiqué Pierre Beaudoin. «Nous comptons commercialiser davantage notre savoir-faire au sein de l'industrie aéronautique», a-t-il dit, présentant comme un avantage le fait que Bombardier possède désormais des installations dans deux pays à faibles coûts, le Mexique et le Maroc.

La restructuration qui vient d'être lancée chez Bombardier Aéronautique et celle en cours chez Bombardier Transport se traduiront par des charges qui pourraient atteindre jusqu'à 50 millions, selon l'analyste Chris Murray, de la firme AltaCorp Capital.

CSeries

Contrairement à ce qu'espéraient certains observateurs, Bombardier n'a pas donné plus de précisions hier quant à la reprise des essais en vol de l'avion CSeries, qui est cloué au sol depuis le 29 mai lorsque le moteur d'un appareil, fabriqué par Pratt & Whitney, a pris feu.

«Nous avons maintenant reçu une solution de Pratt pour retourner en vol, a affirmé Pierre Beaudoin. Notre équipe examine la solution, pose les questions pertinentes et prend le temps de s'assurer que, du point de vue de Bombardier, nous pouvons reprendre les vols de façon sécuritaire. Nous devrions prendre une décision bientôt.»

Le PDG a répété que les essais en vol «devraient reprendre au cours des prochaines semaines» et s'est dit convaincu que l'entrée en service de la CSeries, prévue pour la deuxième moitié de 2015, n'allait pas être retardée de nouveau.

Ce qu'en pensent les analystes

Les analystes financiers ont bien accueilli les résultats trimestriels de Bombardier, saluant notamment le fait que l'entreprise a diminué ses dépenses, ce qui a eu pour effet de ralentir l'épuisement de ses liquidités.

«Nous croyons que le rendement financier de l'entreprise a touché le fond et nous nous attendons à voir une amélioration constante au cours des prochaines années.»

- Chris Murray, AltaCorp Capital

«Avant de nous montrer plus optimistes pour l'avenir, nous aimerions voir: 1) davantage de progrès dans les essais en vol de la CSeries et plus de commandes de façon à valider correctement la viabilité du programme et 2) de nouvelles preuves que les marges bénéficiaires de Bombardier Transport sont en voie de s'améliorer de façon durable.»

- Cameron Doerksen, Financière Banque Nationale

«Nous gardons confiance dans la capacité de l'entreprise de tirer profit de plusieurs occasions d'affaires en aéronautique, y compris d'importantes commandes potentielles de Macquarie AirFinance, CityJet et Rostec, de même que dans le secteur ferroviaire, compte tenu que le gouvernement mexicain devrait octroyer plusieurs nouveaux contrats.»

- Benoit Poirier, Desjardins

Des résultats conformes aux attentes

Bombardier a répondu aux attentes des analystes au deuxième trimestre malgré une baisse de sa rentabilité.

Au cours de la période qui a pris fin le 30 juin, les profits nets du géant montréalais ont atteint 155 millions US, ou 8 cents US par action, en baisse de 14 % par rapport aux 180 millions US dégagés il y a un an. Le recul est principalement attribuable à la division ferroviaire.

En excluant certains éléments exceptionnels, toutefois, le bénéfice net s'est établi à 192 millions US, en hausse de 22 %.

Les revenus ont totalisé 4,9 milliards US, en hausse de 10 %.

Pendant le trimestre, Bombardier Aéronautique a livré 62 avions, dont 38 jets d'affaires, comparativement à 57, dont 45 jets d'affaires, l'an dernier.

Au 30 juin, la valeur du carnet de commandes de Bombardier s'élevait à 75,7 milliards US, comparativement à 76,9 milliards US trois mois plus tôt.

L'action de Bombardier a clôturé à 3,73 $, en hausse de 1,6 %, à la Bourse de Toronto jeudi.




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