CSeries Bombardier: la mise en service est reportée

L'entrée en service commercial du CS100, la version... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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L'entrée en service commercial du CS100, la version de 110 places de la CSeries, est désormais prévue pour la «seconde moitié de 2015».

Photo Alain Roberge, archives La Presse

Sylvain Larocque
La Presse

(Montréal) Bombardier (T.BBD.B) a commencé la journée en annonçant une autre commande pour sa nouvelle gamme d'avions CSeries. Mais moins de deux heures plus tard, la multinationale montréalaise a confirmé que l'entrée en service des nouveaux appareils allait être reportée de plus ou moins un an, ce qui a fait plonger son action en Bourse.

Le titre a clôturé à 4,17$ hier, en baisse de 7,7%, à la Bourse de Toronto. Près de 36 millions d'actions ont changé de mains.

Les investisseurs ont fait bien peu de cas de la commande ferme de 16 avions CS300, d'une valeur de 1,2 milliard US selon les prix catalogue, passée hier par l'entreprise saoudienne Al Qahtani. Le contrat comprend des options pour 10 appareils de plus qui, si elles étaient exercées, porteraient la valeur totale de la commande à près de 2 milliards US.

L'entrée en service commercial du CS100, la version de 110 places de la CSeries, est désormais prévue pour la «seconde moitié de 2015». Celle du CS300, la version de 135 places, devrait suivre 6 mois plus tard. Jusqu'ici, la première livraison du CS100 devait avoir lieu en septembre 2014, soit un an après le vol inaugural de l'appareil. Rappelons qu'au moment du lancement de la CSeries, en 2008, l'entrée en service était prévue pour 2013.

«On n'est pas fiers de ça. Ce n'est pas quelque chose que la direction ni les employés prennent à la légère», a déclaré hier Marc Duchesne, porte-parole de Bombardier Aéronautique.

L'avionneur a examiné en profondeur les données du premier vol de la CSeries, qui a eu lieu en septembre à Mirabel après neuf mois de retard, et en est arrivé à la conclusion que «la phase des essais en vol exigera plus de temps qu'il n'avait été prévu au départ».

Encore une fois, ce sont les systèmes électroniques de la CSeries qui donnent des maux de tête à Bombardier. «Il y a encore du travail à faire sur la maturité globale des contrôles, des mécanismes et des logiciels afin d'exécuter une mise en service impeccable, a précisé M. Duchesne. Il faut que tout ça soit bien synchronisé. C'est essentiel pour que l'avion vole correctement et qu'il puisse entrer en exploitation soutenue avec quatre ou cinq vols par jour.»

L'entreprise américaine Parker Aerospace fabrique quatre systèmes-clés de la CSeries, y compris les commandes de vol électriques («fly-by-wire»), mais Marc Duchesne n'a pas voulu la montrer du doigt. Aucun des hauts dirigeants de Bombardier n'était disponible pour s'adresser aux médias hier.

«Les constructeurs d'avions ont tendance à être trop optimistes dans leurs échéanciers, surtout quand il est question de technologies récentes», a souligné Karl Moore, professeur de gestion à l'Université McGill.

Le président de Bombardier Avions commerciaux, Mike Arcamone, s'est tout de même réjoui qu'aucun changement majeur à la conception de la CSeries n'ait été jugé nécessaire dans la foulée des essais en vol.

«Nous avons rencontré nos clients au cours des derniers jours et ils ont confirmé qu'ils maintenaient leurs commandes et qu'ils faisaient encore partie de l'aventure CSeries avec nous, a assuré M. Duchesne. Ils nous demandent un avion qui va tenir ses promesses, c'est-à-dire 20% d'économies de carburant et 15% d'économies d'exploitation, et c'est ce qu'on va faire.»

Pénalités financières?

Chez le transporteur allemand Lufthansa, qui a commandé 30 avions CSeries pour sa filiale Swiss, on estime que l'impact du report de la date d'entrée en service sera «limité».

«Je ne dirais pas que nous avions prévu que cela arriverait, mais ce n'est pas vraiment une grande surprise, étant donné que plusieurs avionneurs ont déjà annoncé de tels retards», a affirmé à La Presse Affaires Nils Haupt, porte-parole de Lufthansa. Swiss s'attendait à recevoir son premier CSeries au début de 2015. La nouvelle date de livraison n'est pas encore établie.

Comme il se doit, Lufthansa abordera la question d'éventuelles pénalités financières avec Bombardier. «Ça fait toujours partie des négociations entre un transporteur et un avionneur: que se passera-t-il s'il y a un délai?», a mentionné M. Haupt.

Swiss est le client de lancement de la CSeries, ayant passé la toute première commande, mais Bombardier a indiqué hier que c'est le transporteur suédois Malmö Aviation qui recevra le premier avion à sortir de son usine de Mirabel.

Reste à voir si Bombardier pourra respecter sa nouvelle date butoir. «Ils ont probablement inclus un coussin dans leur échéancier pour éviter un autre report embarrassant», a avancé M. Moore.

Selon l'expert, le retard entraînera «des centaines de millions de dollars» en coûts de développement additionnels pour Bombardier. L'entreprise a refusé de se prononcer à ce sujet hier.

Le report donnera plus de temps à Bombardier pour atteindre son objectif de décrocher des commandes fermes pour 300 avions CSeries au moment de l'entrée en service. Jusqu'ici, le constructeur a reçu des «engagements» pour 445 appareils CSeries, dont 198 commandes fermes provenant de 17 clients.

Fréquents, les retards

Retards dans les dates d'entrée en service

> A380 d'Airbus

Date prévue : mars 2006

Date réelle : octobre 2007

> 787 Dreamliner de Boeing

Date prévue : mai 2008

Date réelle : octobre 2011

> CSeries de Bombardier

Date prévue : fin 2013

Nouvelle date prévue : deuxième moitié de 2015




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