André-Philippe Gagnon peine à payer ses impôts

Depuis 2009, l'imitateur André-Philippe Gagnon multiplie les versements... (Photo Bernard Brault, Archives La Presse)

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Depuis 2009, l'imitateur André-Philippe Gagnon multiplie les versements au fisc pour rattraper ses retards d'impôts. Incapable de payer ses dettes en totalité, il a fait une proposition à ses créanciers en 2014.

Photo Bernard Brault, Archives La Presse

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La gloire cache parfois une réalité insoupçonnée. Alors qu'André-Philippe Gagnon assure la première partie de Céline Dion à Paris, ces jours-ci, La Presse a appris que l'imitateur est forcé de verser mensuellement des milliers de dollars à un syndic pour payer une partie de sa dette d'impôts. Insolvable, il a convenu avec le fisc de rembourser environ 30% des 770 500 $ qu'il doit.

L'artiste aux centaines de voix s'est engagé à réduire sa dette en allongeant 3333 $ par mois. Et ce, jusqu'à l'été 2019.

André-Philippe Gagnon accumule les dettes d'impôt depuis des années. Selon un document public en vertu de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité, il a versé, de 2009 à 2014, «approximativement 873 000 $ en impôts pour diminuer les montants en retard». Il a notamment utilisé un héritage et le fruit de la vente de cinq immeubles pour rembourser en partie le fisc.

Malgré cette importante somme, la vedette était encore aux prises, en 2014, avec des créances totalisant 1 382 253 $. Incapable de les payer, il s'est tourné vers le syndic François Huot, à Sherbrooke.

En plus des impôts dus à Québec (482 000 $) et à Ottawa (288 500 $), il devait 546 000 $ à un particulier et 64 000 $ à Visa RBC.

18 ¢ par dollar de dette

Au départ, André-Philippe Gagnon offrait 120 000 $ à ses créanciers, soit 8,7 % des sommes dues. Au bout du compte - vraisemblablement en raison d'une contestation de Québec et d'Ottawa -, il devra leur verser 200 000 $ et 1% des revenus «du groupe d'entreprises et de compagnies dont il est propriétaire» (avec un minimum annuel de 10 000 $).

Cela équivaut à un remboursement d'au moins 18 ¢ par dollar de dettes.

Sans se prononcer sur ce cas précis, qu'il ne connaît pas, le syndic Éric Lebel, chez Raymond Chabot Grant Thornton, souligne que le fisc traite chaque dossier au cas par cas.

«En 25 ans de carrière, j'ai vu du 10 ¢ [par dollar de créance] accepté et du 40 ¢ refusé. Ça dépend notamment de l'attitude de la personne avec le fisc», affirme Éric Lebel.

Il n'a pas été possible de savoir si l'actuel contrat de l'imitateur avec la diva de Charlemagne contribuera aux sommes reçues par Québec, Ottawa et les autres créanciers. Le syndic n'a pas voulu commenter l'affaire, et le principal intéressé n'a pas rappelé La Presse.

De plus, l'un des «créanciers importants» a accepté de renoncer à son dû «afin de permettre à l'ARC et l'ARQ d'obtenir un meilleur dividende». Il est donc difficile de calculer avec précision le pourcentage de son dû que le fisc obtiendra, surtout que le chiffre d'affaires prévu de ses entreprises est inconnu.

Image de marque à maintenir

Les revenus d'André-Philippe Gagnon étaient pourtant enviables. Au moment de s'entendre avec ses créanciers, le résidant de Westmount gagnait 20 000 $ net par mois. Ses dépenses mensuelles de vie courante, dont la location d'une maison meublée, atteignaient cependant 17 996 $.

Selon le syndic, le coût de la vie de son client est «élevé mais nécessaire compte tenu des fréquentations obligatoires qu'il doit maintenir pour assurer son image de marque». Il ajoute qu'André-Philippe Gagnon est «devenu par son rayonnement un ambassadeur du Québec et du Canada» et qu'il «aurait pu choisir de devenir citoyen américain» mais qu'il a «préféré demeurer actif au Canada».

L'imitateur de 53 ans n'a pu vendre quoi que ce soit pour rembourser ses créanciers et n'a pu être saisi, car il ne possédait aucun actif, selon le bilan qu'il a déposé. Il ne détenait que des REER (insaisissables).

Revenus irréguliers

Le rapport précise que l'imitateur et père de deux enfants éprouve des difficultés financières parce qu'il a «investi de façon importante pour le développement de sa carrière à l'étranger», ce qui a occasionné «d'importantes dépenses publicitaires et de représentations».

La nature irrégulière des revenus de la vedette aurait compliqué la gestion de ses affaires.

L'Agence du revenu du Québec (ARQ) et l'Agence du revenu du Canada (ARC) n'ont pas voulu commenter ce cas précis.

Mais l'ARQ affirme qu'avant d'accepter l'offre d'un contribuable, elle se demande «s'il est plus rentable pour Revenu Québec d'accepter une proposition que de provoquer une mise en faillite». L'ARC a pour sa part précisé qu'elle « peut questionner les dépenses » d'une personne insolvable, mais qu'elle ne peut «forcer un individu à déménager pour diminuer ses dépenses ou même le forcer à changer de véhicule».

***

TRAVAIL À L'ÉTRANGER, IMPÔTS AU CANADA

Depuis 15 ans, André-Philippe Gagnon a beaucoup travaillé à l'étranger, que ce soit en Europe ou aux États-Unis.

On se rappellera qu'il s'est établi à Las Vegas en 1999, avec sa famille. Pendant ce séjour de sept ans, il a multiplié les spectacles dans les hôtels-casinos et ailleurs aux États-Unis.

Revenu au Québec, il a présenté son spectacle André-Philippe Gagnon... de retour (de 2006 à 2008). Ses 175 prestations ont été vues par 200 000 personnes, selon sa biographie officielle. À compter de 2009, l'artiste a commencé à verser au fisc des milliers de dollars pour rattraper ses retards d'impôts.

En 2010, il a transporté ses spectacles anglophones et francophones à travers le Canada. En 2013, il a effectué une petite tournée en France, en Belgique et en Suisse.

Un Canadien qui travaille à l'étranger continue de payer ses impôts à Ottawa et à Québec s'il possède un «lien résidentiel» avec le Canada. Il peut s'agir d'une maison, d'une voiture, de meubles, d'un compte de banque ou d'un permis de conduire.

Le rapport du syndic sur la proposition d'André-Philippe Gagnon ne mentionne pas le statut fiscal de l'imitateur pendant son séjour à Las Vegas.




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