Analyse

La croissance faiblit et les recettes fiscales aussi

La situation pourrait obliger le ministre des Finances... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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La situation pourrait obliger le ministre des Finances Carlos Leitao à présenter un mini-budget cet automne pour mettre en place les recommandations de la commission sur la fiscalité dès le 1er janvier.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Rudy Le Cours
La Presse

Tandis que l'expansion économique du Canada retrouve de son tonus et profite de l'accélération observée aux États-Unis, celle du Québec paraît replonger dans une léthargie pareille à celle qui l'avait endormie durant la première moitié de l'an dernier.

Si cette situation perdure, elle ne pourra que compliquer la tâche déjà ardue du ministre des Finances Carlos Leitao de limiter le déficit à 2,35 milliards pour l'exercice en cours, comme le prévoit son budget du 4 juin.

Elle pourrait même l'obliger à présenter un mini-budget cet automne pour mettre en place les recommandations de la commission sur la fiscalité dès le 1er janvier. Présidée par l'économiste Luc Godbout, cette commission doit trouver des revenus fiscaux chiffrés à 650 millions par année.

L'atteinte de l'équilibre budgétaire en 2015-2016 exige que les trouvailles de la commission Godbout rapportent la totalité de ces 650 millions dès cet exercice, précise le Plan budgétaire déposé le 4 juin. Pour éviter tout caractère rétroactif, elles devront avoir été déjà mises en place dès son début le 1er avril. Il est bien difficile d'interrompre un programme ou d'en commencer un dans le courant d'une année civile.

Les trois mois durant lesquels les trouvailles pourront gonfler les recettes du présent exercice (qui se termine le 31 mars) seront les bienvenus pour Québec.

Cette année, après avril et mai, les finances publiques affichent un déficit de 994 millions, selon le Rapport mensuel des opérations financières. Pour les deux premiers mois de 2013, le déficit s'élevait à 1018 millions, soit à peine 24 millions de plus.

L'an dernier, le déficit a atteint 3,1 milliards. La croissance des dépenses avait été de 3,6%. Le budget prévoit la limiter à 1,9% seulement cette année et à 0,7% l'an prochain. Après deux mois, elles progressent au rythme de 3,0% contre 2,2% pour les revenus autonomes. Le budget prévoit qu'ils doivent augmenter de 3,6%.

Contrairement à l'an dernier, Québec ne peut compter sur l'aide accrue d'Ottawa. Le gouvernement fédéral a complété sa compensation pour l'harmonisation de la taxe de vente provinciale à celle sur les produits et services. Il ne veut rien entendre d'une augmentation des paiements de transferts en santé, comme le lui recommande l'OCDE. Seule l'atteinte du déficit zéro cette année le préoccupe.

Comme l'an dernier, les rentrées de l'impôt sur les sociétés sont en baisse, ce qui reflète peut-être la faiblesse de l'économie québécoise. Elles sont en chute de 7,1%, alors que Québec table sur une augmentation de 5,0%.

À la différence de l'an dernier, les revenus provenant de la taxe sur la consommation sont heureusement à la hausse.

Les deux premiers mois de l'exercice financier ne reflètent pas forcément ce que seront les résultats finaux. Ils sont néanmoins un bon indicateur des défis qui attendent Québec pour réaliser son Plan budgétaire, même si les agences de notation de crédit lui ont renouvelé leur confiance, avec plusieurs mises en garde toutefois.

Il faut rappeler enfin que les Québécois sont allés aux urnes le 7 avril, que le nouveau gouvernement libéral a demandé un rapport au vérificateur général qui a donné l'heure juste pour la préparation du budget présenté le 4 juin.

Outre la commission sur la fiscalité, le budget Leitao a prévu la mise en place d'une commission de révision permanente des programmes gouvernementaux présidée par l'ex-ministre Lucienne Robillard. Son rapport est attendu à l'automne. Ses recommandations devront aussi être mises en place le plus tôt possible, malgré les risques d'aggraver la situation présente si le coup de barre n'est pas orchestré avec doigté. L'austérité, comme le laxisme, peut aggraver l'état des finances publiques.

La croissance réelle de l'économie du Québec n'a été que de 0,1% en mai, nous a appris hier l'Institut de la statistique du Québec. Celles d'avril et de mars ont été revues à la baisse: -0,2% et 0,1%.

La production manufacturière, qui semblait ranimée, s'est à nouveau assoupie au printemps. Le segment papetier est en net repli.

La construction ne va guère mieux à cause surtout des travaux de génie.

Après deux mois au deuxième trimestre, le produit intérieur brut (PIB) réel est au même niveau qu'au premier trimestre.

Aujourd'hui, Statistique Canada devrait nous apprendre que l'expansion canadienne a été au moins de 2,5% en rythme annuel.

Depuis un an, le rythme d'expansion du Québec est d'à peine 1,2%, contre 2,3% pour l'expansion canadienne.

Cela ne doit pas surprendre, dans la mesure où le nombre d'emplois n'augmente pas depuis janvier.

Les données sur le PIB de mai font état de sérieux replis de la production manufacturière et énergétique pour un deuxième mois d'affilée.

La consommation tient le coup, selon la progression des ventes des détaillants (et des rentrées fiscales en taxes de vente).

Cela ne suffira pas cependant à assurer une croissance réelle de 1,8% de l'économie qui sert d'assise économique au Plan budgétaire.

Heureusement, les indicateurs économiques publiés jusqu'ici sont encourageants, comme les exportations qui se sont enfin ranimées.

Ils permettent d'espérer une sortie de léthargie, dans le sillon de l'accélération mesurée aux États-Unis et au Canada.




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