Le ramadan au Québec: entre convictions et sacrifices

«C'est demandant, mais ça ne m'empêche pas de... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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«C'est demandant, mais ça ne m'empêche pas de travailler», affirme Yassine Ben Hamouda, directeur général d'Industries Valtech, à propos de la période du ramadan, qui se déroule jusqu'au 28 juillet.

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Le jour de leur déménagement, à la fin de juin, Amélie et son conjoint ont dû faire preuve de patience. Un des trois déménageurs de l'équipe du Clan Panneton ne donnait pas son plein rendement. C'était la canicule et il jeûnait.

«Les deux premiers travaillaient vite et adéquatement, le troisième respirait plus fort... Il s'est enfermé dans la salle de bains. On lui a offert une bouteille d'eau. J'étais tannée, frustrée, car ça n'avançait pas, mais tout est bien qui finit bien. L'entreprise nous a envoyé trois gars en renfort et nous a fait payer 150$ de l'heure au lieu de 200$», raconte Amélie.

Cette année, le ramadan se déroule du 29 juin au 28 juillet. Les musulmans qui le pratiquent ne mangent ni ne boivent du lever au coucher du soleil. «Depuis cinq ans et pour les cinq prochaines années, on est dans la période la plus difficile, car le ramadan tombe l'été, explique Yassine Ben Hamouda. En décembre, c'est plus facile. Maintenant, je me lève plus tôt pour déjeuner.»

Musulman, Yassine Ben Hamouda est directeur général d'Industries Valtech (constructeur d'équipement destiné à l'industrie du raffinage de pétrole) et pratique le ramadan depuis l'adolescence.

«Je ne suis pas tout le temps à mon bureau, explique-t-il. Dans l'usine, ce n'est pas climatisé partout. Je cours avec mes gars. C'est demandant, mais ça ne m'empêche pas de travailler. Une fois les trois premières journées de ramadan passées, je n'ai plus vraiment faim. Juste un peu mal à la tête, car je ne prends plus de café le matin. C'est un sacrifice, mais j'ai la volonté de le faire. Cela dit, si j'étais déménageur, je ne le ferais pas! Je reporterais ma journée de jeûne. Même chose si j'étais un joueur de soccer à la Coupe du monde.»

Des limites

Les entreprises de déménagement disent voir à la bonne santé de leurs employés, mais jusqu'à une certaine limite. «On leur fournit de l'eau et du Gatorade, dit Frédérik Girard, responsable du marketing chez Déménagement La Capitale. Les journées de canicule, nos employés peuvent tomber dans les pommes. On se promène donc avec une équipe volante. On remplace l'employé affaibli par un autre sans charger plus aux clients.»

«On a quelques employés qui pratiquent le ramadan, ajoute Éric Perreault, directeur du développement des affaires de Déménagement Performance. Mais la plupart d'entre eux prennent congé. Cela dit, on ne peut obliger quelqu'un à manger.»

«J'aimerais bien les obliger à boire, lance Lise Panneton, directrice des opérations du Clan Panneton. Mais je ne peux leur tordre un bras, comme je ne pourrais leur interdire de pratiquer le ramadan. Ça ne se fait pas!»

Droits et libertés

Selon l'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne, aucune personne ne doit être discriminée en raison de son origine ethnique, de son orientation sexuelle ou de sa religion, rappelle Robert Boyd, associé et spécialiste en droit du travail au cabinet McMillan. «Sauf si ça constitue une exigence professionnelle justifiée, dit-il. Dans des cas de sécurité, par exemple.»

Accommodement

Un accommodement peut être souhaité par l'employé musulman. C'est le cas chez le producteur de légumes frais Veg Pro International. «Chaque année, les employés de nuit peuvent demander de changer l'heure du repas, mentionne Chantal Teasdale, directrice des ressources humaines de Veg Pro. Jusqu'ici, on les a accommodés, car c'était possible de le faire, c'était raisonnable tant à nos yeux qu'à ceux des collègues et ça ne nuisait pas aux opérations. Ça ne touchait pas à la ligne de production.»

«Je n'ai jamais demandé d'accommodement, raconte toutefois Ali Amraoui, chargé de projets, ingénierie et développement, de Veg Pro et un des 20 musulmans de l'entreprise de 800 employés. Mais je sens mon employeur ouvert à ce genre de négociations. J'ai un horaire flexible. Tout dépend de mes délais.»

Nature et taille de l'entreprise

Tout dépend aussi de la nature et la taille de l'entreprise. L'employeur peut juger excessive une demande et ainsi refuser un accommodement. «Quitter deux heures avant la fin de son quart de travail, par exemple? demande Robert Boyd. Ce pourrait être possible dans une entreprise telle Hydro-Québec, mais pas dans une PME. Car ce peut être considéré excessif de devoir embaucher un temps partiel en remplacement. Il faut aussi regarder la nature du poste. Ce peut être délicat.»

«Comme employeur, on regarde la productivité et on s'assure de la santé et la sécurité des employés, dit Chantal Teasdale. On s'attend à une prestation de travail normale, peu importe les convictions religieuses.»

«Chez ValTech, on est très tolérants, et pas parce que je suis dirigeant, soutient Yassine Ben Hamadou. Vous avez un travail à faire. S'il est accompli, vous faites ce que vous voulez après!»

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LE RAMADAN EN CHIFFRES

243 430

Nombre de musulmans au Québec

1 053 945

Nombre de musulmans au Canada

25 747$

Revenu moyen annuel des musulmans au Québec

30 336$

Revenu moyen annuel des musulmans au Canada

Source: Statistique Canada, 2010




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