Sièges sociaux: les entreprises boudent le centre-ville de Montréal

Même s'il avait les moyens de choisir le... (Photo David Boily, archives La Presse)

Agrandir

Même s'il avait les moyens de choisir le centre-ville, le Cirque du Soleil a établi son siège social dans le quartier Saint-Michel. D'autres entreprises en croissance ont aussi opté pour des quartiers périphériques comme Pointe-Saint-Charles, Parc-Extension ou Chabanel.

Photo David Boily, archives La Presse

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Il existe une inadéquation entre le type de bureaux souhaité par les locataires à Montréal et les locaux proposés dans les tours du centre-ville, soutient le patron montréalais d'une importante firme de courtage immobilier commercial.

S'il est vrai que l'on se plaint de la croissance anémique de l'économie montréalaise, la réalité est qu'il existe une panoplie de sociétés dynamiques qui connaissent une croissance soutenue. Elles oeuvrent dans les domaines des technologies, de l'information ou de la création au sens large.

«Il n'y a rien dans le centre-ville qui est proposé pour des firmes qui connaissent ce genre de croissance», déplore Laurent Benarrous, directeur général et associé du courtier Avison Young à Montréal. Il donne l'exemple du Cirque du Soleil, une société qui a certainement la capacité financière de se loger au centre-ville mais qui a fait le choix dans le passé de s'établir dans le quartier Saint-Michel.

D'autres exemples? Beyond the Rack (400 employés) est dans l'arrondissement de Saint-Laurent. Maintenant cotée en Bourse, Lumenpulse (225 employés) loge dans l'édifice Le Nordelec, dans Pointe-Saint-Charles. Moment Factory a pignon sur la rue Hutchison, dans le Mile End, tandis que Luxury Retreats est établie dans les lofts de la Dompark, rue Saint-Patrick, dans le quartier Côte-Saint-Paul.

Leur effectif, souvent issu de la génération Y, ne manifeste guère d'empressement à travailler dans les tours de bureaux que l'on trouve sur l'avenue McGill College, par exemple, dans le quartier des affaires, fait valoir M. Benarrous.

Tendance à la densification

Ces tours ont été conçues pour la clientèle traditionnelle des centres-villes: les professionnels, comptables, avocats et financiers qui gravitent autour des sièges sociaux et autres bureaux décisionnels des grandes sociétés. Ce secteur d'activité croît habituellement à la vitesse de l'économie dans son ensemble, soit environ à 1 ou 2% par an à Montréal.

Dans les faits, cette faible croissance est contrecarrée par la tendance à la densification des planchers de bureaux. Au nom de l'efficacité, les locataires de bureaux veulent faire travailler plus d'employés dans un espace donné.

La superficie louée dans les bureaux du centre-ville a diminué au premier trimestre 2014 pour la septième fois au cours des huit derniers trimestres, selon la firme Jones Lang LaSalle (JLL).

Décentralisation

Par exemple, la Banque Royale, locataire historique du centre-ville, a remis à son propriétaire plus de 100 000 pieds carrés à Place Ville-Marie, sans licencier personne. Elle a peu après loué 186 000 pieds carrés au 7101, avenue du Parc, dans le nord de la ville.

Parc-Extension, Mile-End, Chabanel, les quartiers au nord du centre-ville connaissent un véritable boom immobilier. Un million de pieds carrés de locaux industriels ont été convertis en bureaux à loyer concurrentiel seulement en 2013. Une superficie qui correspond à une tour haute comme le 1000, de La Gauchetière. Et d'autres conversions s'ajouteront à l'inventaire de bureaux en 2014.

Signe des temps, la société Allied Properties, spécialisée dans les bureaux-lofts, est devenue le troisième propriétaire de bureaux d'envergure à Montréal, derrière Cominar et Ivanhoé Cambridge.

«Comme propriétaire, je me questionnerais beaucoup si mon horizon de détention d'un actif de catégorie A au centre-ville de Montréal, sur l'avenue McGill College, par exemple, était de 10 à 20 ans, dit M. Benarrous. En fait, j'aurais cherché à m'en délester il y a probablement 12 mois. Si je n'avais pas pris cette décision il y a 12 mois, peut-être que je la prendrais aujourd'hui.»

Si on n'a pas encore observé le départ de grands propriétaires du centre-ville, certains d'entre eux cogitent sur l'avenir de leurs éléments d'actif.

Le spécialiste immobilier Redbourne travaille sur des plans visant à changer complètement le look du hall d'entrée de la Tour Bell Média, au 1800, avenue McGill College, a-t-on appris. Le but est de le rendre plus compatible avec l'identité de son locataire principal.

«Il y a des projets d'investissement, mais c'est très embryonnaire, s'est contenté de dire Michel Bouchard, vice-président directeur, développement des affaires de Redbourne. Ça fait partie d'un projet de modernisation, un processus normal dans la vie d'un immeuble qui est rendu à 20 ou 30 ans.» Terminé en 1989 sous le nom de Place Montréal Trust, l'immeuble est l'archétype de la tour de prestige du centre-ville avec son lobby cérémonial digne de noces italiennes.

Industrielle Alliance en est une autre qui transforme l'image de sa propriété, au 2020 University, maintenant appelée Tour Intact. Des travaux de 35 millions servent à aménager 4 étages de bureaux entièrement fenestrés au coin des rues University et de Maisonneuve. Un stationnement de 200 vélos avec douches est aussi prévu pour accommoder les locataires. Ça aussi, c'est prisé par les travailleurs de la nouvelle économie.




Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer