La recette maison de la Caisse

Roland Lescure, chef des placements à la Caisse de dépôt,... (Photo André Pichette, La Presse)

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Roland Lescure, chef des placements à la Caisse de dépôt, se dit partisan d'une gestion active.

Photo André Pichette, La Presse

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

La Caisse de dépôt et placement du Québec ajuste sa stratégie d'investissement pour faire face au relèvement attendu des taux d'intérêt, après 30 années de tendance baissière.

L'institution a diminué son exposition aux obligations tout en déployant plus de capitaux dans les marchés plus risqués.

«On est une entreprise qui croit à la gestion active. Les Québécois ne nous paient pas pour faire de la gestion passive», dit Roland Lescure, chef des placements, que La Presse Affaires a rencontré fin avril. La Caisse s'éloigne en effet de la gestion indicielle de ses portefeuilles d'actions pour adopter un mode plus actif.

L'investisseur institutionnel augmente parallèlement sa mise dans la catégorie des actifs non liquides, pourtant vulnérables aux hausses de taux, mais se protège contre une baisse de la valeur marchande en achetant à escompte des immeubles de qualité et en acquérant des infrastructures liées aux cycles économiques.

Le détail des quatre ingrédients de la recette

1. Moins de revenus fixes

La proportion de l'avoir de la Caisse placée en titres obligataires a glissé sous la barre des 30% à la fin de 2013. La Caisse discute actuellement avec ses déposants pour savoir si la proportion doit baisser davantage. Les titres de revenu fixe restent utiles pour des raisons de liquidités et d'adéquation de l'actif avec le passif des déposants, mais certainement pas pour le rendement. «Si on a de la chance, on fera 2 ou 3% par an dans les 10 ans qui viennent», prévient M. Lescure.

2. Gestion active des actions

Depuis juillet 2003, de 5 à 6% de ses actions de marchés émergents sont gérées activement, ce qui est étonnant compte tenu de l'éloignement de ces marchés. Cette proportion passera même à 20% dès 2014. «Il y a des arbitrages à faire dans ces marchés, fait valoir M. Lescure. Il y a de la place pour la gestion active, à condition de connaître ces marchés.» Ce n'est pas le cas à la Caisse, mais l'institution s'associe à des partenaires locaux qui s'y connaissent.

Pour son portefeuille d'actions canadiennes, la Caisse s'éloigne de l'indice S&P/TSX en surpondérant son portefeuille de titres québécois et de sociétés exposées à l'économie américaine. Le gestionnaire d'actif restera fidèle à la gestion passive dans les marchés américains et européens, des marchés très liquides, où elle ne dispose pas d'avantages comparatifs.

3. Plus de dollars dans son portefeuille de type Warren Buffett

La Caisse injectera des capitaux additionnels dans son portefeuille Actions Qualité mondiale, composé de grandes capitalisations de qualité qui bénéficient d'environnements stables, génèrent des liquidités à la pelle et versent de généreux dividendes. «On achète des entreprises parce que ce sont de bonnes entreprises, non pas des actions parce qu'elles sont dans un indice», explique le chef des placements. L'avoir dans ce portefeuille est rapidement passé de 17 à 20 milliards depuis le début de 2014. La cible est d'avoir à peu près 10% des actifs dans ce portefeuille. Le pourcentage s'élevait à 8,6% au 31 décembre 2013.

4. Infrastructures et immobilier

Pour contrer la corrélation directe entre la hausse des taux d'intérêt de long terme et la baisse de la valeur marchande des actifs non liquides, la Caisse misera davantage à l'avenir sur des infrastructures économiques plutôt que des infrastructures réglementées comme un parc d'éoliennes sous contrat avec un distributeur d'électricité. Le port de Brisbane, en Australie, dans lequel la Caisse a pris une participation de 20%, est un exemple d'infrastructure dont les revenus sont liés aux cycles économiques. Le risque est toutefois plus élevé.

Du côté des immeubles, M. Lescure s'attend à une remontée des revenus courants en parallèle avec la hausse des taux d'intérêt. Pour protéger la valeur marchande des propriétés, sa filiale Ivanhoé Cambridge fera des achats «opportunistes», c'est-à-dire des achats à escompte. «Nous sommes devenus très sensibles aux prix d'entrée», souligne M. Lescure. L'escompte obtenu sert de tampon à une baisse de la valeur marchande consécutive à une hausse des taux.




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