La Russie frôle la récession

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La Russie a subi fin 2014 une crise monétaire d'une ampleur sans précédent en 15 ans de pouvoir de Vladimir Poutine qui, désormais, se traduit par une baisse de l'activité économique.

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Germain MOYON
Agence France-Presse
Moscou

L'économie russe, en crise en raison des sanctions occidentales et de la chute des cours du pétrole, s'est contractée d'environ 2% au premier trimestre, marquant la probable entrée du pays en récession, a annoncé mardi le premier ministre, Dmitri Medvedev.

Cette estimation, qui doit être affinée par l'agence des statistiques, confirme que le début de l'année a marqué le premier trimestre de contraction du produit intérieur brut russe en glissement annuel depuis la crise de 2009.

Le pays a subi en effet fin 2014 une crise monétaire d'une ampleur sans précédent en 15 ans de pouvoir de Vladimir Poutine qui, désormais, se traduit par une baisse de l'activité économique.

«Les tendances négatives se poursuivent cette année: entre janvier et mars, le PIB a diminué d'environ 2%», a déclaré le chef du gouvernement lors d'un discours devant les députés.

Il a rappelé que l'envolée de l'inflation affectait le pouvoir d'achat des ménages et l'activité économique, dans un contexte d'«abaissement politiquement motivé» de la note de la Russie par les agences de notation.

Les statistiques officielles récemment publiées montrent en effet que les ventes au détail ont chuté de 6,7% sur un an au premier trimestre et la production industrielle de 0,4%. L'inflation frôle un taux annuel de 17%.

M. Medvedev a souligné que les difficultés actuelles étaient dues en grande partie à l'annexion de la Crimée à la Russie l'an dernier, «la seule (décision) possible» de Moscou.

«Pour autant, ce qui se passe ne correspond pas au scénario le plus dur», a-t-il souligné, relevant que la crise avait été plus violente en 2008-2009. «Je vais vous le dire franchement: la situation des prix, du système bancaire, de nombreux secteurs de l'industrie pourrait être bien plus difficile», a-t-il ajouté.

«Dans l'ensemble, la situation se stabilise», a-t-il insisté.

«Aucune illusion»

La crise a poussé le gouvernement à puiser massivement dans ses réserves accumulées avec les revenus pétroliers pour soutenir l'économie. Il a notamment pris des mesures pour renflouer le secteur bancaire, financer des projets d'infrastructure ou encore indexer les retraites sur l'inflation.

Le gouvernement prévoit une chute de 3% du produit intérieur brut cette année, après une croissance de 0,6% l'an dernier. Il affirme cependant que la récession pourrait se révéler moins violente qu'attendu grâce à la remontée récente du rouble et que la reprise devrait intervenir dès l'an prochain.

Vladimir Poutine a de son côté souligné la semaine dernière que «le pic» des difficultés liées à la chute du rouble était passé pour les banques et entreprises. Il a estimé qu'une reprise était possible dans moins de deux ans.

Les autorités espèrent notamment que le rebond du rouble et la stabilisation apparente de l'inflation permettra à la banque centrale de continuer d'abaisser son taux directeur, actuellement à 14%, afin de stimuler l'activité.

Mais son premier ministre s'est refusé à tout triomphalisme.

«Il ne faut se faire aucune illusion: nous ne faisons pas seulement face à une crise à court terme», a-t-il estimé. «Si la pression extérieure se renforce et les prix du pétrole restent faibles, il nous faudra nous développer dans une réalité économique totalement différente».

Le chef du gouvernement a estimé que «pratiquement aucun secteur de l'économie a été épargné» par les sanctions liées à la crise ukrainienne, «à commencer par la sphère financière sous la forme de restrictions aux crédits à l'étranger en allant jusqu'aux importations de technologies».

Il a chiffré à 25 milliards d'euros le coût de ces sanctions sur l'économie russe en 2014, soit 1,5% du PIB, et prévenu que ce coût serait «plusieurs fois plus élevé en 2015» .

Dans un rapport publié la semaine dernière, les experts de la Haute École d'Économie de Moscou ont estimé que «la récession en cours» aurait pour effet une chute des revenus réels des ménages «au moins pendant un an», «une forte hausse du chômage» et «la faillite de nombreux emprunteurs».

Selon des chiffres recueillis par le journal Vedomosti, un crédit sur cinq souffre de retard de paiement et près de 40 millions de Russes, soit la moitié de la population active, ne paient pas leurs traites à temps.




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