Chine: l'inflation au plus bas depuis 5 ans

L'inflation en Chine a nettement ralenti en novembre, tombant à son plus bas... (Photo Kim Kyung-Hoon, archives Reuters)

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Agence France-Presse
Julien GIRAULT

L'inflation en Chine a nettement ralenti en novembre, tombant à son plus bas niveau depuis cinq ans, un chiffre de nature à renforcer les craintes de tensions déflationnistes sur fond d'essoufflement de la deuxième économie mondiale.

L'inflation en Chine a nettement ralenti en novembre, tombant à son plus bas niveau depuis cinq ans, un chiffre de nature à renforcer les craintes de tensions déflationnistes sur fond d'essoufflement de la deuxième économie mondiale.

La hausse des prix à la consommation mesurée sur un an, principale jauge de l'inflation, s'est établie à 1,4% le mois dernier, a annoncé mercredi le Bureau national des statistiques (BNS), soit au plus bas depuis novembre 2009.

L'inflation avait glissé à 1,6% en septembre et octobre, contre 2% en août. Pour novembre les analystes interrogés par le Wall Street Journal tablaient en moyenne sur une stabilisation.

Sur les onze premiers mois de l'année, l'inflation s'est établie à 2% --très en deçà du plafond annuel de 3,5% que s'est fixé Pékin, et bien en dessous du niveau de 2,6% enregistré en 2013.

Et la hausse des prix devrait continuer de s'effriter, avertissent nombre d'experts, qui pointent l'affaiblissement persistant de la demande intérieure et s'attendent à de nouvelles mesures de soutien des autorités.

L'indice mesurant l'évolution des prix à la vente des produits à leur sortie d'usine (PPI) s'est quant à lui replié en novembre de 2,7% sur un an, son pire niveau depuis juin 2013, a ajouté le BNS.

Il s'affichait en baisse de 2,2% en octobre. Le PPI, considéré comme annonciateur des futures tendances des prix à la consommation, est négatif depuis plus de deux ans.

Impact des matières premières

«Ce nouveau recul de l'inflation s'explique en partie par le reflux des prix alimentaires», composante importante de l'indice, observait dans une note Julian Evans-Pritchard, analyste du cabinet Capital Economics.

Ceux-ci ont gonflé de 2,3% sur un an, se modérant par rapport à octobre (+2,5%), à la faveur d'un important repli des prix du porc (-3,8% sur un an) et de ceux des légumes frais (-5,2%).

Les tarifs moindres du soja (ingrédient clef des huiles de cuisson et nourriture d'élevage) «devraient contribuer à maintenir sous contrôle l'inflation alimentaire», a ajouté l'analyste.

Mais les principaux facteurs de «désinflation» restent avant tout «la chute des prix des matières premières», à commencer par le pétrole brut, «et l'aggravation des fortes surcapacités industrielles», insistaient les économistes de Nomura.

Confrontées à une demande atone, au ralentissement inexorable de la production industrielle et des ventes de détail, mais aussi à de sévères difficultés pour se financer, les entreprises tendent à sacrifier leurs prix.

De même, les cours mondiaux du pétrole (qui ont plongé de quelque 40% depuis juin) et le tassement continu du marché de l'immobilier «semblent avoir refroidi encore davantage la hausse des prix du logement et des transports», abonde Julian Evans-Pritchard.

La banque centrale poussée à agir

La croissance économique chinoise a ralenti à 7,3% au troisième trimestre, au plus bas depuis 5 ans, et depuis, la conjoncture ne montre aucun signe d'embellie. Le gouvernement a ainsi annoncé lundi pour novembre une chute-surprise des importations et un ralentissement marqué des exportations.

Plombée par la morosité de la demande, «l'inflation devrait rester sous 2% en 2015, ce qui devrait (...) provoquer des mesures supplémentaires d'assouplissement monétaire» par la banque centrale (PBOC), commentait-on chez Nomura.

Certes, l'institution avait surpris tout le monde le mois dernier en abaissant de façon inattendue ses taux d'intérêt -- mesure inédite depuis 2012-- en vue d'encourager le crédit et de stimuler l'activité économique.

Mais les effets de cette décision sont très discutés: elle pourrait ne profiter qu'aux grandes entreprises d'État, qui bénéficient d'un accès privilégié aux prêts bancaires.

Liu Li-gang, de la banque ANZ, estime que «ça n'a pas marché»: le taux interbancaire (auquel les banques se prêtent de l'argent entre elles) a grimpé nettement en deux semaines, et trois des quatre plus grosses banques chinoises, ainsi que nombre d'établissements moyens, ont relevé leurs taux de dépôt, explique-t-il.

«Dans ces conditions, il est improbable de voir se réduire le coût auquel peuvent se financer les entreprises», et le niveau très élevé de ces coûts de financement «réduit leurs marges de bénéfices et alourdit leur endettement», a-t-il insisté.

Pour ANZ, le ralentissement continu de l'inflation «ouvre la voie à de nouvelles baisses des taux de réserves obligatoires des banques» par la PBOC... voire d'ici la fin de l'année.




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