Si j'avais un char... à crédit

La flambée des prêts-automobile à haut risque, aux... (Photo archives Reuters)

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La flambée des prêts-automobile à haut risque, aux États-Unis, rappelle la vague des suprime d'avant la crise financière de 2008-2009é

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Richard Dupaul

Après les subprime de l'immobilier qui ont provoqué la crise financière de 2008-2009, voilà que les crédits risqués prolifèrent dans le secteur automobile aux États-Unis. À tel point que des experts crient gare devant ce dérapage inquiétant.

À première vue, l'économie américaine semble tourner rondement cet été à la faveur d'un regain de vie de la construction domiciliaire, de la création d'emplois et de la production manufacturière.

Cependant, derrière ce portrait rassurant se cache un phénomène inquiétant: la flambée des prêts-automobile à haut risque, une bulle naissante sur le marché du crédit qui rappelle la vague de subprime d'avant la crise financière de 2008-2009.

Diverses sources le confirment: il n'a jamais été aussi facile d'obtenir un prêt pour acheter une automobile aux États-Unis. En font foi les ventes records des GM, Ford et Chrysler en juillet, qui marquent une hausse du marché de 9,1% sur un an, selon Autodata. Or, la Réserve fédérale de New York, des firmes financières et, tout récemment, la justice américaine ont identifié le véritable carburant derrière cette poussée: le crédit.

De fait, le secteur financier accorde des prêts-auto comme s'il n'y avait pas de lendemain. Au deuxième trimestre, les Américains en ont souscrit pour 101 milliards US, un sommet (trimestriel) depuis 2006, selon la Fed de New York. Le total de ces prêts s'établit désormais à 905 milliards US, soit 20% de plus qu'à la fin de 2011. Et surtout, le quart des emprunts récents a été consenti à des acheteurs à risque.

Aussi, plusieurs expriment leurs inquiétudes devant les conséquences de ce dérapage, qui met en cause les banques et les constructeurs automobiles.

Le printemps dernier, l'agence de notation Standard & Poor's a sonné l'alarme pour la première fois sur les conditions de crédit offertes par GM et les autres. Dans son étude de mai, l'agence évoque «un risque accru» sur ce marché et parle de «point d'inflexion».

Des craintes confirmées en juillet, cette fois dans un nouveau document affirmant que «les pertes nettes et les défauts de paiement continuent à augmenter, comme prévu».

Puis, au début du mois d'août, nouvelle alerte: GM admet que sa division de financement automobile fait l'objet d'une enquête des autorités fédérales pour des prêts subprime consentis depuis 2007. Sa filiale General Motors Financial Co. dit avoir reçu une assignation du département de la Justice l'ordonnant de lui remettre les documents relatifs à ces emprunts.

Les prêts subprime - un crédit à haut risque conçu pour les clients ayant un mauvais dossier financier (maladie, faillite, etc.) - ont été à l'origine de la crise financière de 2008-2009. L'enquête actuelle de la Justice américaine porte aussi sur la manière dont GM pratique la titrisation de ces prêts, une opération par laquelle un prêteur revend «en paquets» ses créances à des investisseurs qui ne saisissent pas toujours le risque de ces portefeuilles.

Cette année, quelque 12 milliards US de prêts-auto ont déjà été titrisés (premier semestre), alors que la titrisation totale n'était que de 13 milliards US tout au long de 2013, selon Thomson Reuters.

Faut-il rappeler que des sociétés financières américaines ont versé des dizaines de milliards pour régler à l'amiable des poursuites après l'effondrement de l'immobilier et des subprime, il y a six ans.

Des voyants rouges

Pour le moment, les experts de la finance ne craignent pas que les prêts-auto à haut risque provoquent, à court terme, une crise financière semblable à celle de 2008-2009. Pour la bonne raison que les sommes en jeu ne sont pas les mêmes.

En 2006, les banques avaient dans leurs livres pour 2500 milliards US de prêts immobiliers, dont 450 milliards US de subprime. Ce marché était donc trois fois plus grand que les prêts-auto aujourd'hui.

Sans compter que le poids de l'immobilier dans l'économie américaine est beaucoup plus grand que celui de l'automobile. Qui plus est, les Américains sont moins endettés en 2014. L'endettement actuel des ménages est inférieur de 8% à son niveau de la fin de 2008.

Reste que plusieurs voyants rouges s'allument au tableau de bord américain.

Mercredi dernier, Experian, une firme spécialisée dans l'évaluation du crédit, a révélé que le taux de reprise de voitures, dont les propriétaires sont en retard dans leurs paiements, a bondi... de 70% au deuxième trimestre! Bref, c'est reparti, diront des prêteurs hypothécaires qui ont connu cette situation en 2007.

Pour le moment, la proportion des défauts de paiement sur l'ensemble des prêts reste dans les normes historiques du secteur automobile. Mais les experts n'en démordent pas: il faut vite mettre un frein aux prêts-auto à risque avant qu'ils ne provoquent un autre carambolage financier.




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