Hollande veut restaurer la «force économique» de la France

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Mathieu FOULKES, Sabine WIBAUX, Pascale JUILLIARD
Agence France-Presse
Paris

Attendu sur sa vie privée, François Hollande a dessiné mardi lors d'une conférence de presse très attendue une vaste réforme économique, avec la fin des cotisations familiales des entreprises d'ici 2017, qu'il a présenté comme le «plus grand compromis social depuis des décennies».

Dans un propos liminaire au cours duquel il n'a pas abordé les révélations de Closer sur sa supposée liaison avec l'actrice Julie Gayet, le président de la République a précisé les contours du «pacte de responsabilité» évoqué lors de ses voeux aux Français le 31 décembre.

Pour lui, il s'agira rien de moins que du «plus grand compromis social depuis des décennies».

Le chef de l'État a ouvert avec quelques minutes de retard cet exercice désormais rituel par un discours liminaire d'une vingtaine de minutes. Il devait dans la foulée se soumettre au feu roulant des questions des 600 journalistes français et étrangers, consacrant au moins une heure à la politique intérieure et une demi-heure aux sujets internationaux.

La scénographie de cette conférence de presse, sous les ors de la salle des fêtes de l'Élysée, est inchangée par rapport aux deux premières (novembre 2012 et mai 2013) avec le président, seul à son pupitre, encadré par des drapeaux tricolore et européen, faisant face au gouvernement au grand complet, aux journalistes et aux caméras.

«J'ai une conviction profonde: si la France veut garder son influence dans le monde (...) alors elle doit impérativement retrouver de la force économique», a lancé M. Hollande sur un ton grave.

Face à une «crise longue, profonde, sans doute sous-estimée, y compris par nous-mêmes», le chef de l'État a appelé à lancer une «bataille» économique et sociale. «Les premiers résultats sont là, ils sont fragiles, trop fragiles», a-t-il concédé.

Pour remédier à cette situation, il faut selon lui se démarquer de la philosophie socialiste traditionnelle et agir sur «l'offre». Il entend ainsi supprimer d'ici 2017 les cotisations familiales «pour les entreprises et les travailleurs indépendants», d'un montant total de 30 milliards d'euros.

Il a assuré dans le même temps qu'il n'y aurait «pas de transfert de charges des entreprises vers les ménages».

Nouvelles économies budgétaires

Contrairement aux voeux du 31 décembre, il a cité à plusieurs reprises son premier ministre qui mènera des concertations sur cette future réforme et engagera la responsabilité de son gouvernement devant le Parlement.

La décentralisation devrait aussi connaître, a-t-il promis, une nouvelle étape ambitieuse avec des transferts de compétences vers les régions, dont le nombre (22) pourrait «évoluer».

Les économies budgétaires restent aussi de mise. Mais pour éviter les coupes «aveugles», un «Conseil stratégique de la dépense publique» se réunira «chaque mois» autour de lui pour fixer les priorités et «évaluer les politiques publiques».

La jeunesse reste aussi une priorité de son quinquennat, avec la présentation dès mercredi en Conseil des ministres, d'un plan de Vincent Peillon contre les inégalités scolaires.

Cette conférence coïncidant avec les voeux de la presse au chef de l'État, c'est au président de l'Association de la presse présidentielle, Alain Barluet (Le Figaro), que reviendra le droit de poser la première question.

Pour François Hollande, ce rendez-vous doit être l'occasion de reprendre la main alors qu'il est toujours très bas dans les sondages (24% selon OpinionWay et Ipsos, 26% selon LH2 et 34% selon Ifop) en dépit d'un léger rebond et que son pari d'inverser la courbe du chômage dans les derniers mois de 2013 est loin d'être acquis. Décisifs, les chiffres du mois de décembre ne seront publiés que dans une dizaine de jours.

Mais l'article du magazine Closer révélant sa liaison avec Julie Gayet puis l'annonce de l'hospitalisation vendredi de la première dame, Valérie Trierweiler, victime d'un sérieux «coup de blues», a singulièrement changé la tonalité de cette conférence de presse.

Les questions internationales devaient aussi être abordées, en particulier la Centrafrique où les forces françaises sont engagées dans une périlleuse opération de stabilisation. Avec moins de 2000 militaires déployés, la France peine à rétablir le calme et à empêcher les exactions dans ce pays.

Décharger les entreprises des cotisations familiales d'ici à 2017

François Hollande a annoncé mardi sa volonté de décharger les entreprises de quelque 30 milliards d'euros de charges d'ici à 2017, l'équivalent de leurs cotisations familiales, tout en promettant qu'il n'y aurait pas de transfert des charges vers les ménages.

«Je fixe un nouvel objectif, c'est que d'ici 2017, pour les entreprises et pour les travailleurs indépendants, ce soit la fin des cotisations familiales. Cela représente 30 milliards d'euros de charges», a déclaré le président de la République lors de sa troisième conférence de presse à l'Élysée.

Un tel allègement est une revendication de longue date du patronat. Mardi, comme le ministre du Travail Michel Sapin l'avait fait la semaine dernière, le chef de l'État a jugé la question «légitime». «Pourquoi ce serait les entreprises qui paieraient la politique familiale, qui bénéficie à tous les Français qui ont des enfants?», a-t-il relevé.

Les entreprises et travailleurs indépendants devront s'acquitter de 35,1 milliards d'euros de cotisations familiales en 2014, ce qui représente 62% du financement de la branche famille, le restant provenant de la CSG et de divers impôts et taxes.

M. Hollande a souligné que cette réforme est étroitement liée à l'avenir du Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), instauré en novembre 2012 et qui doit se traduire par un allègement du coût du travail pour les entreprises (12 milliards en 2014 et 20 milliards en 2015).

À partir de 2016, «les entreprises, avec les partenaires sociaux», devront décider si elles préfèrent que le CICE «soit transformé en baisse de cotisations, ou qu'il y ait le maintien du CICE et un allègement - mais qui à ce moment-là ne pourra pas être aussi conséquent - de cotisations», a précisé M. Hollande.

«Mais de toute manière, l'équivalent des cotisations familiales, 30 milliards, devra être trouvé pour baisser les charges des entreprises en contrepartie des emplois qui seront créés», a-t-il insisté.

Lutte contre fraudes et abus

Il n'a pas précisé comment cette réforme serait financée, mais il a assuré qu'il n'y aurait pas de «transfert de charges des entreprises vers les ménages», semblant exclure une hausse de la TVA ou de la CSG.

Côté syndicats, la CGT s'est aussitôt «opposée à ce nouveau désengagement des entreprises de la solidarité nationale». Le numéro un de FO, Jean-Claude Mailly, a estimé que la suppression annoncée des cotisations patronales «menace l'avenir de la branche famille de la Sécurité sociale».

À la fin de la précédente législature, le gouvernement de François Fillon avait fait voter une hausse de 1,6 point de la TVA pour financer une baisse de 13,2 milliards d'euros des cotisations familiales des entreprises, mais cette mesure avait été abrogée par la gauche à son arrivée au pouvoir.

M. Hollande a rappelé qu'une réflexion était engagée «sur le mode de financement de la protection sociale (...), pour que nous puissions regarder plus largement la question des cotisations sociales, pas seulement sur la famille».

Le Haut conseil du financement de la protection sociale a été saisi le 19 décembre pour réfléchir d'ici au mois de mai à une diversification des ressources. Il remettra «un premier rapport fin février», a souligné le président.

Il a par ailleurs réaffirmé qu'il fallait «lutter contre les fraudes et les abus» concernant la Sécurité sociale. Ces abus «représentent 600 millions d'euros», a-t-il relevé.

Selon lui, il faut surtout lutter contre la multiplication des prescriptions ou la consommation excessive de médicaments.

Les dépenses de santé ont déjà été bien maîtrisées ces dernières années, mais le gouvernement envisage de nouvelles économies pour la branche maladie, afin de prévenir une explosion de son déficit dans les décennies à venir.




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