La vente de Couche-Tard n'est pas écartée

Le PDG de Couche-Tard, Alain Bouchard. possède 38,94%... (PHOTO ALAIN ROBERGE, archives LA PRESSE)

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Le PDG de Couche-Tard, Alain Bouchard. possède 38,94% des actions à vote multiple de l'entreprise.

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Si rien ne change, Alimentation Couche-Tard perdra ses actions multivotantes. Ses titres à 10 votes par action deviendront des actions ordinaires, à un seul vote, dans un peu plus de cinq ans. Cette clause a été signée par les fondateurs en 1995. Elle s'appliquera quand le plus jeune des quatre, Jacques D'Amours, aura 65 ans, en décembre 2021. Ces actions spéciales protègent la société des offres d'achat. La situation inquiète vivement Alain Bouchard, car elle pourrait conduire à la vente de Couche-Tard. Le président exécutif du conseil répond à nos questions.

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La question des actions à droit de vote multiple, c'est un gros problème pour vous ?

C'est un problème pour la succession familiale. Un vrai problème. Je ne sais pas vraiment ce que nous, les fondateurs, allons décider, mais c'est un problème tellement énorme que j'essaie de ne pas y penser.

À ce point-là ?

Oui, parce que laisser à mes enfants, à ma famille, une entreprise sur laquelle ils n'auraient pas de contrôle, je ne vois pas ça comme réaliste. Je ne vous annonce pas que je vais vendre l'entreprise, mais c'est un vrai problème.

Que voulez-vous dire par « je ne vous annonce pas que je vais vendre l'entreprise » ? Pour vous ce serait...

... ce serait m'arracher le coeur. Mais ce n'est pas impossible.

Vous pourriez vendre Couche-Tard ?

À cause de cette rationnelle-là, en termes de succession. J'ai trois filles et un garçon, de 15 à 38 ans. Pourquoi je laisserais à mes enfants des actions d'une entreprise sur lesquelles ils n'exercent pas de contrôle ? C'est mal gérer [la situation]. C'est mettre mes enfants dans une situation qui n'est pas saine. En gestion, on répartit le risque. Alors s'ils avaient le contrôle, c'est autre chose.

Ça vous met à ce point mal à l'aise que vous pourriez vendre ?

Je ne suis vraiment pas rendu là. Mais c'est une préoccupation immense parce que c'est une entreprise qui est née ici, qui a ses racines ici. On a des gens extraordinaires qui travaillent ici et qui ont eu des promotions ailleurs dans l'entreprise. Alors ce serait très difficile pour moi de me rendre là, mais ce n'est pas impossible que je doive penser à une solution de rechange autre que celle de conserver la propriété de l'entreprise.

Quelle solution de rechange ?

Ce serait de mettre l'entreprise en vente éventuellement si on ne voit pas comment on pourrait garder le contrôle ici.

Mais si la clause tombe, vous n'aurez pas besoin de la mettre en vente, elle le deviendra automatiquement.

Oui, elle deviendra vulnérable.

Donc, ce que vous avancez, c'est qu'avant qu'elle ne tombe aux mains de n'importe quel acheteur, vous pourriez bouger le premier pour la vendre à un groupe que vous auriez choisi ?

C'est plus dans ce sens-là, parce qu'au moins, on aurait le choix.

Est-ce que des institutions financières refusent de vous financer à cause actions à vote multiple ?

Pas du tout. Il y en a qui ont 100 millions chez nous et qui veulent avancer 1 milliard.

Mais la question des actions à vote multiple risque de vous poser un problème, à moyen terme. Est-ce que ça vous bloque des possibilités d'expansion ?

Non, tant que nous on dirige, ça ne change rien. Le problème, c'est vraiment sur le plan de la succession.

Et vous espérez quoi pour Couche-Tard ?

J'ai demandé à mes actionnaires de maintenir les multivotantes [à l'assemblée annuelle] et ma démarche n'a pas fonctionné.

L'an dernier, vous avez dit que vous aviez manqué de temps pour expliquer votre position. Il vous fallait 66,6 % des votes. Allez-vous le redemander cette année ?

Non, avec les discussions que j'ai eues, ça ne me tente pas de retourner leur demander. Il y a un blocage à Toronto.

Mais il va arriver quoi ? C'est quand même inquiétant, car il ne reste que cinq ans.

Je ne veux pas inquiéter personne, mais c'est une grosse préoccupation. On a fait cette erreur-là il y a longtemps de mettre cette clause « sunset ».

Pourtant, d'après ce qu'on entend, la Caisse de dépôt et les grandes institutions québécoises vous appuient. Et ce n'est assez pour renverser ceux qui s'opposent ?

Non, c'est ceux de Toronto qui ont bloqué. J'ai parlé à des gens de gouvernance de Toronto. Ils sont du haut de leur piédestal et ils nous font la leçon. Alors, non, moi, là, je n'ai pas de temps à perdre avec ce genre de monde-là. Je suis un peu fataliste, mais si ça force la vente de Couche-Tard éventuellement, eh bien ! ça arrivera.




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