Les quatre leçons économiques des Jeux de Vancouver

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Si les gens de Vancouver ont fait une bonne affaire, c'est notamment parce que les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Canada ont acquitté les deux tiers de la facture des infrastructures les plus coûteuses.

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Les Jeux de Vancouver ont-ils été un succès financier? À certains égards si, à d'autres non. Mais au moins, ils ne sont pas un fardeau financier. «Organiser des Jeux olympiques avec succès, c'est de ne pas avoir de problèmes financiers par la suite», dit l'économiste Tsur Somerville.

Tourisme: une occasion ratée

Quatre ans après les Jeux olympiques, quelle est l'année record pour le tourisme à Vancouver? L'année 2007. Oui, trois ans avant les Jeux.

En 2007, avant la crise financière de 2008, Vancouver a accueilli 8,913 millions de touristes qui ont dépensé 3,757 milliards de dollars. Des chiffres qui n'ont pas été égalés lors de l'année olympique en 2010. Et qui continuent de descendre: en 2012, Vancouver a accueilli 8,343 millions de touristes (-6,4% par rapport à 2007) qui ont dépensé 3,584 milliards de dollars (-4,6%). Le nombre de touristes internationaux a diminué de 7,4% (de 1,374 million à 1,272 million).

«Les Jeux ont eu lieu alors que l'économie se remettait d'une récession mondiale et nous n'avons pas pu en profiter pleinement pour cette raison, dit Walt Judas, vice-président du marketing de Tourisme Vancouver. Par contre, nous n'avions jamais dit que les Jeux provoqueraient un boom touristique.» L'économiste Tsur Somerville confirme. «C'est rare de voir un boom touristique dans des villes olympiques déjà connues mondialement comme Vancouver», dit le professeur de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC).

Un Village olympique déficitaire

Non, Vancouver n'aura pas à payer ses installations olympiques pendant 30 ans comme l'ont fait les Québécois pour le Stade olympique de Montréal. Mais son Village olympique de False Creek coûtera tout de même entre 200 et 350 millions aux contribuables de la ville.

Les organisateurs des Jeux de Vancouver voulaient que le village des athlètes s'autofinance en vendant les condos après l'événement, mais le promoteur Millenium s'est protégé de ses créanciers et la Ville a été forcée d'assumer les coûts de construction du village. Actuellement, la Ville a perdu environ 224 millions de dollars, mais elle est propriétaire des 46 condos (sur 737 condos au départ) toujours à vendre. Elle se remboursera sur le prix de vente des condos. «La Ville ne reverra jamais tout son argent», dit l'économiste Tsur Somerville.

Dans tous ces calculs complexes, une seule certitude pour l'instant: la Ville, qui devait recevoir au départ 193 millions du promoteur Millenium pour la valeur des terrains au bord de l'eau, les aura finalement donnés gratuitement au village olympique.

Des infrastructures appréciées

Quatre ans plus tard, les Vancouvérois se rappellent encore des médailles d'or du Canada, mais leur héritage olympique le plus pratique est tout autre: la ligne de métro entre l'aéroport et le centre-ville (facture de 2 milliards) et l'élargissement de l'autoroute entre Vancouver et Whistler (600 millions).

Des infrastructures qui profitent aux résidants à long terme - c'est l'argument économique principal des partisans du plan d'affaires olympique actuel. «Les Jeux ont été bons pour le développement de Vancouver», dit l'avocat montréalais Richard Pound, membre du Comité international olympique. Le professeur d'économie Tsur Somerville émet un bémol. «La ligne de métro aurait probablement été construite de toute façon, mais peut-être pas aussi rapidement», dit-il.

Si les gens de Vancouver ont fait une bonne affaire, c'est notamment parce que les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Canada ont acquitté les deux tiers de la facture des infrastructures les plus coûteuses. Comme les contribuables du reste du pays ont payé une partie des infrastructures olympiques de Calgary et Montréal. «Sur le plan économique, c'est généralement une bonne affaire pour la ville hôtesse», dit le professeur Tsur Somerville.

Une rigueur budgétaire

Outre la saga du village olympique, difficile de faire des reproches d'ordre financier aux organisateurs des Jeux de Vancouver, les Jeux d'hiver où les dépassements de coûts ont été les mieux contrôlés (+17%) depuis 1980 selon une étude de l'Université Oxford.

«Les Jeux de Vancouver ont été parmi les mieux gérés, dit Allison Stewart, chercheuse associée à la Faculté de gestion de l'Université Oxford. Souvent, les villes soumettent une facture qui n'est pas raisonnable lors de leur candidature et s'aperçoivent ensuite des hausses de coûts.» L'étude porte sur le budget d'exploitation du comité organisateur et le coût des infrastructures sportives. Les autres infrastructures comme les routes ne sont pas comptabilisées.

Cette rigueur budgétaire a contribué au succès des Jeux, selon le professeur d'économie Tsur Somerville. «Les gens de Vancouver ont un sentiment positif des Jeux qui s'explique en partie parce qu'il n'y a pas de symbole des dépassements de coûts comme le Stade olympique à Montréal, dit-il. Au fond, organiser des Jeux olympiques avec succès, c'est de ne pas avoir de problèmes financiers par la suite.»

Le CIO ne doit pas se mêler de finances publiques, selon Richard Pound

Avec un coût supérieur à 50 milliards US, les Jeux de Sotchi établiront un nouveau record olympique. Est-ce trop cher? Entrevue avec l'avocat montréalais Richard Pound, membre du Comité international olympique.

Q Les Jeux de Sotchi coûteront vraisemblablement plus de 50 milliards. Est-ce trop?

R Il y a deux budgets. Celui pour organiser les Jeux est payé essentiellement par les revenus olympiques comme la télévision, les commandites et les billets. Les contribuables russes ne paient rien pour l'organisation des Jeux. Et il y a le deuxième budget pour les infrastructures. Les Russes ont décidé de vouloir développer Sotchi comme une destination touristique l'été comme l'hiver. Ils ont dû dépenser beaucoup d'argent - peu importe si c'est 50 milliards ou un autre chiffre - mais c'est leur décision, pas celle du CIO. Les Britanniques se demandaient comment rénover l'est de la ville de Londres depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et les Jeux leur ont donné l'occasion de le faire. Tokyo a profité des Jeux en 1964 pour montrer qu'il y avait un nouveau tigre asiatique. Même chose pour Barcelone en Europe en 1992. Toutes ces décisions sont celles des pays hôtes, pas du CIO.

Q Le CIO devrait-il tenir compte du coût de l'ensemble des dépenses d'infrastructures, pas seulement des infrastructures sportives, et de la capacité de payer des contribuables dans le choix d'une ville hôtesse?

R Les questions d'infrastructures sont la responsabilité du pays hôte, pas du CIO. Il faut être très prudent à ce chapitre. Les deux questions que le CIO doit se poser sont les suivantes: est-ce possible d'organiser les Jeux dans cette ville et est-ce que ce sera bon pour les Jeux? Pour Sotchi, c'est la première fois que nous nous fions au président d'un pays [Vladimir Poutine] qui nous demande de tenir les Jeux dans un endroit où presque toutes les infrastructures sont à construire et qui veut développer une partie d'un pays. Nous avons couru le risque, les Russes avaient l'expertise et l'argent pour livrer les Jeux, et nous avions confiance qu'ils pourraient le faire.

Q Les Jeux de Sotchi seront-ils bénéfiques à la Russie et aux contribuables russes?

R Il faudra attendre au moins quatre ou cinq ans avant de savoir. Les Russes veulent que Sotchi devienne la prochaine grande destination touristique pour les vacances, les casinos et le divertissement. Si vous allez en vacances dans des destinations populaires un peu partout dans le monde, vous remarquerez qu'il y a toujours plein de Russes. Les Russes ont de l'argent, ils viendront à Sotchi et ils dépenseront. Sotchi générera des milliards de dollars annuellement.

Q Favorite pour obtenir les Jeux d'hiver de 2022, la ville allemande de Munich a retiré l'automne dernier sa candidature après un référendum. Le mois dernier, Stockholm a aussi retiré sa candidature. Ces retraits préoccupent-ils le CIO?

R Les membres du CIO doivent y penser, mais les Jeux olympiques ne sont plus l'affaire uniquement des pays nord-américains et européens. En quelque sorte, nous avions pris un petit risque avec Rio de Janeiro [Jeux d'été de 2016 au Brésil] et Pyeongchang [Jeux d'hiver de 2018 en Corée du Sud]: les infrastructures sportives n'étaient pas là mais ce sont des économies fortes. [Pour les Jeux d'été de 2020], le CIO a aussi choisi Toyko. Les Japonais ont déjà organisé les Jeux trois fois, on connaît la force de leur économie et leur capacité à livrer à temps.

Montréal garde son record olympique malgré Sotchi

Soit, les Jeux de Sotchi coûteront au moins cinq fois plus cher que le budget initial de 12 milliards. Mais Sotchi ne détiendra pas le record olympique des dépassements de coûts, qui restera l'affaire des Jeux de Montréal en 1976, selon une étude de l'Université Oxford.

+796% : Dépassement de coûts des Jeux olympiques de Montréal en 1976

+417% : Dépassement de coûts des Jeux olympiques de Sotchi, en supposant que la facture totale sera de 50 milliards. «Pour l'instant, il n'y a pas de chiffres assez fiables pour faire le même calcul de dépassement de coûts avec Sotchi», dit Allison Stewart, chercheuse associée à la Faculté de gestion de l'Université Oxford et consultante en Angleterre.

+417% : Dépassement de coûts des Jeux olympiques de Barcelone en 1992. Barcelone détient le deuxième rang du classement de l'Université Oxford pour les dépassements de coûts les plus importants.

8,7 milliards US : Coût de la nouvelle ligne ferroviaire de 48 km entre Adler (près de Sotchi) et Krasnaya Polyana, où auront lieu les épreuves olympiques en montagne.

7,3 milliards US : Coût total des Jeux olympiques d'hiver de Vancouver en 2010 (budget du comité organisateur, installations olympiques et infrastructures collectives comme la ligne de métro et l'autoroute Vancouver-Whistler)

Stade olympique Fisht

Coût: entre 519,9 et 703,4 millions US*

Coût estimé au départ: 49 millions US*

Nombre de sièges: 47 500

Amphithéâtre des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux de Sotchi. Il servira aussi lors de la Coupe du monde de soccer en 2018.

* Source: Anti-Corruption Foundation

Palais de Bolchoï

Coût: 302 millions US*

Coût estimé au départ: 200 millions US*

Nombre de sièges: 12 000

Amphithéâtre principal du tournoi olympique de hockey

 des Jeux de Sotchi

* D'après l'Anti-Corruption Foundation

Sources: Anti-Corruption Foundation (http://sochi.fbk.info), Bloomberg Businessweek, Faculté de gestion de l'Université Oxford (Allison Stewart et Bent Flyubjerg)




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