Transformateurs laitiers: le salut dans les acquisitions à l'étranger

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Les quantités vendues de lait de consommation sont en baisse au pays. La consommation par habitant est passée de 85,3 litres en 2003 à 77,3 litres en 2012.

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André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Marché intérieur mature, brèche dans les barrières à l'entrée, consommation de lait en croissance en Asie et aux États-Unis, impossibilité d'exporter à partir du Canada. Voilà quatre raisons pour lesquelles Agropur et, avant elle, Saputo étendent leurs tentacules hors de nos frontières, au grand bénéfice de la filière laitière du Québec au grand complet.

Mardi, Agropur annonçait l'acquisition de Davisco Foods, un des plus importants transformateurs laitiers des États-Unis. Les revenus annuels de la coopérative de la Montérégie approcheront désormais les 6 milliards de dollars.

Peu ou pas de croissance au Canada

Les quantités vendues de lait de consommation sont en baisse au pays. La consommation par habitant est passée de 85,3 litres en 2003 à 77,3 litres en 2012. Au cours de la période, la consommation de yaourt a progressé, celle des fromages aussi, avant de se stabiliser les dernières années. Au net, toutefois, la popularité des produits laitiers décroît légèrement. Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, ça sera le cas jusqu'en 2022.

Intensification de la concurrence

Avec le système de gestion de l'offre au pays, le marché canadien est en pratique fermé aux importations de produits laitiers, en raison des barrières tarifaires élevées. Toutefois, des brèches dans le mur de défense sont apparues depuis les années 2000.

«De plus en plus, avec l'évolution de la technologie, il y a des ingrédients, des concentrés de protéines laitières, qu'on peut importer sans tarif», explique Catherine Brodeur, économiste agricole au Groupe Agéco.

Une autre brèche a été créée il y a un an lors de la signature de l'entente de libre-échange avec l'Union européenne. Le Canada a accepté d'augmenter le quota de fromages importés de 17 000 tonnes; pas une mince quantité à absorber dans un marché à maturité, celui des produits laitiers.

L'avenir passe par l'Asie

Selon l'Organsiation de coopération et de développement économique (OCDE), près de 70% de l'augmentation de croissance dans la consommation de lait au cours de la présente décennie se concentrera en Asie. «Ce qui était désolant, c'est que ce sont des organisations comme la coopérative Fonterra, en Nouvelle-Zélande, qui tiraient profit d'une croissance inouïe en Asie alors que nous, au Canada, nous nous contentions de servir une demande chancelante», explique Sylvain Charlebois, professeur titulaire, distribution et politiques agroalimentaires, à l'Université de Guelph. Ça pourrait changer à l'avenir avec les acquisitions à l'étranger.

Difficulté d'exporter à partir du Canada

Le système de gestion de l'offre fixe le prix du lait en fonction des coûts de production. Le lait se vend plus cher qu'ailleurs, ce qui rend nos transformateurs peu concurrentiels sur les marchés d'exportation.

«Avec les transactions auxquelles on assiste, ces entreprises [Saputo et Agropur] vont vouloir être capables d'exporter. À cause de la gestion de l'offre, l'Organisation mondiale du commerce ne permet pas au Canada de faire l'exportation librement parce que l'on considère notre système comme étant une subvention», explique Charles Langlois, PDG du Conseil des industriels laitiers du Québec.

Quand un transformateur comme Agropur prend de l'expansion, c'est bon pour la filière laitière québécoise, avance Sylvain Charlebois. «Le lait, c'est pratiquement 40% des recettes agricoles au Québec. Ce n'est pas rien», dit-il.

De plus, Agropur compte environ la moitié des 6000 producteurs laitiers du Québec parmi ses membres; ceux-ci profitent du succès de leur coopérative. «Avec la ristourne qu'Agropur leur verse, c'est pratiquement un 13e mois de salaire», indique Daniel-Mercier Gouin, professeur en agroéconomie de l'Université Laval.

En se positionnant parmi les leaders mondiaux de la transformation laitière, Agropur et Saputo font rayonner le savoir-faire québécois à l'étranger. Une avenue rassurante, soutient M. Charlebois, alors que les lendemains du système de gestion de l'offre paraissent incertains.




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