La Fed prendra tout son temps

La présidente de la Fed, Janet Yellen, a d'ailleurs... (Photo Susan Walsh, AP)

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La présidente de la Fed, Janet Yellen, a d'ailleurs rappelé le mois dernier à Paris qu'une «politique monétaire accommodante reste nécessaire compte tenu de la lenteur et de l'irrégularité de la reprise actuelle».

Photo Susan Walsh, AP

Rudy Le Cours
La Presse

Les yeux des investisseurs et des spéculateurs se détourneront quelque peu des projections des cours de l'or noir cette semaine pour mieux analyser et soupeser l'information feutrée que livrera la Réserve fédérale mercredi.

Ce sera la première fois que ses douze présidents régionaux ainsi que les cinq membres de son bureau des gouverneurs indiqueront où ils voient le taux directeur, ainsi que les taux de chômage et d'inflation à la fin de 2015, 2016 et 2017.

Lorsque ces 17 membres du Comité de politique monétaire (dont 10 ont droit de vote) ont formulé leur prévision en septembre, la médiane des résultats indiquait un taux directeur à 1,375% à la fin 2015 et de 2,875% à la fin 2016. Devant la presse, la présidente de la Fed, Janet Yellen, s'était efforcée d'expliquer que ces chiffres étaient des indications prospectives qu'il ne fallait interpréter ni comme un calendrier ni comme un agenda.

Le taux directeur de la Fed évolue dans une fourchette de 0% à 0,25% depuis décembre 2008, ou pour faire image, depuis que Barack Obama a été élu président des États-Unis.

À la différence des autres grandes banques centrales dont la politique monétaire consiste à maîtriser le rythme d'inflation autour d'une cible connue - 2%, par exemple, au Canada -, la Fed doit aussi s'assurer de maximiser l'emploi.

Présentement, l'expansion de l'économie américaine progresse au rythme annualisé de 3% par année alors que le rythme de création d'emplois est le plus rapide en 13 ans, sans exercer pour autant des pressions inflationnistes menaçantes. Il faut dire que le taux d'utilisation des capacités industrielles se situe aux environs de 79% (contre 83,4% au Canada), ce qui suggère que l'économie est encore loin de son point de surchauffe.

Mme Yellen a d'ailleurs rappelé le mois dernier à Paris qu'une «politique monétaire accommodante reste nécessaire compte tenu de la lenteur et de l'irrégularité de la reprise actuelle». Elle soulignait ainsi que tout changement à venir du taux directeur dépendra de la qualité des indicateurs économiques.

En octobre, le communiqué de la Fed avait d'ailleurs reconduit la formule selon laquelle le degré exceptionnel de détente monétaire allait se poursuivre «pendant une période considérable», tout en annonçant la fin de la troisième ronde de détente quantitative durant laquelle le bilan de la Fed s'est gonflé de quelque 1600 milliards.

Lors de son passage à Montréal le mois dernier, le prédécesseur de Mme Yellen, Ben S. Bernanke, avait pour sa part noté que ce ne sont pas des pressions inflationnistes dont les États-Unis doivent se méfier, mais des risques de déflation.

Si la chose paraît évidente au Japon ou dans la zone euro, elle fait débat au sein de la Fed.

L'utilisation de la formule «période considérable» avait entraîné deux votes dissidents en septembre au sein du Comité de politique monétaire. À l'opposé, la fin de la détente quantitative en avait provoqué un autre en octobre. Il ne serait guère étonnant que Mme Yellen n'obtienne pas l'unanimité mercredi, surtout si on observe peu de changements dans les résultats médians des prévisions.

En revanche, le communiqué devra refléter l'amélioration de l'économie américaine, y compris dans ses poches de faiblesse comme l'immobilier résidentiel ou le crédit hypothécaire.

En prime, la chute des prix du pétrole, et surtout de l'essence, stimulera la croissance, même si elle fait du tort à l'économie régionale du Dakota-du-Nord, où les roches schisteuses ont provoqué une ruée vers l'or noir au début de la décennie.

Il faudra observer comment les marchés interpréteront la nouvelle tournure que pourrait forger la Fed pour remplacer l'expression litigieuse qui perd de son sens à mesure que le temps file.

Quelle qu'elle soit, il ne faudrait pas en conclure que la Fed est prête à serrer la vis prochainement.

Quand elle s'y résignera, sans doute l'an prochain, ce sera à très petits pas. L'exemple récent de la Suède qui a agi trop tôt, trop fort et entraîné une menaçante désinflation agira comme un garde-fou.

Comme le veut le dicton: lentement, c'est plus plaisant.




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