Où s'en vont les prix ?

En septembre, faire le plein coûtait moins cher... (PHOTO PHILIPPE HUGUEN, ARCHIVES AFP)

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En septembre, faire le plein coûtait moins cher qu'un an plus tôt. Il faut remonter à 2009, quand la Grande Récession faisait rage, pour retrouver une situation similaire.

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Rudy Le Cours
La Presse

Les baisses des prix de l'essence observées depuis plusieurs semaines ravissent les automobilistes, les camionneurs et toutes les entreprises où le transport pèse lourd dans les frais d'exploitation.

En septembre, faire le plein coûtait moins cher qu'un an plus tôt. Il faut remonter à 2009, quand la Grande Récession faisait rage, pour retrouver une situation similaire.

Similaire, mais pas identique.

À l'époque, on craignait une baisse générale des prix. Le spectre d'une déflation avait même poussé la Banque du Canada à abaisser son taux directeur à 0,25%, un creux historique où il a été maintenu jusqu'au printemps 2010. Depuis septembre de la même année, il est fixé à 1%, un taux très accommodant, de l'aveu même de la Banque.

Cette fois-ci, elle multiplie les signaux montrant que l'économie canadienne ne va pas si bien que l'indiquent bon nombre d'indicateurs pour ne pas devoir hausser son taux directeur.

Le taux annuel d'inflation, tel que mesuré par la variation de l'indice des prix à la consommation (IPC), était de 2,0% en septembre. Vendredi, Statistique Canada publiera les données d'octobre. La prévision consensuelle est qu'il s'y maintiendra.

L'IPCX, qui exclut les huit composantes les plus volatiles de l'IPC comme l'essence, le transport interurbain, mais aussi les fruits et légumes frais ou transformés, avait quant à lui augmenté de 2,1%. Les prévisionnistes le voient à 2,2% en octobre.

Cela suggère que l'inflation a déjà atteint la cible de la Banque centrale, qui n'est pas du tout décidée à normaliser son taux directeur, même petit à petit.

En principe, ce taux doit être de 1 à 2 points de pourcentage plus élevé que le taux d'inflation quand l'économie tourne à plein régime.

Dans son Rapport sur la politique monétaire (RPM) publié fin octobre, la Banque évaluait que ce n'était pas encore le cas. Selon son estimation, l'écart entre la croissance de l'économie et son plein potentiel serait de 0,5% à 1,5%. Le RPM précisait même que cet écart ne serait pas comblé avant la seconde moitié de 2016, ce qui laisserait beaucoup de temps aux autorités monétaires pour normaliser le taux directeur.

Depuis, Statistique Canada a revu à la hausse de 0,8% l'expansion réelle canadienne, depuis 2011. Comme le faisait remarquer dernièrement la Banque Nationale, la nouvelle taille de l'économie réelle signifie que l'écart de production est peut-être déjà comblé ou n'est plus que de 0,7% dans le pire des cas.

Détail significatif, cette nouvelle appréciation repose surtout sur l'augmentation de l'apport des investissements des entreprises en machines et matériel, jugé jusque-là par la Banque comme l'élément faible de l'expansion actuelle.

Voilà qui explique peut-être pourquoi l'inflation oscille autour de la barre de 2% malgré la baisse des prix de l'essence, largement compensée par les fortes hausses de la viande ou des services de téléphonie.

Un taux d'inflation de 2% doit être pris beaucoup plus sérieusement aujourd'hui qu'avant la récession, par exemple. Une étude de la Banque parue en 2012 expliquait que l'IPC d'alors avait pour effet de surestimer le taux d'inflation d'environ un demi-point de pourcentage par année.

Autrement dit, un taux de 2% signifiait plutôt un rythme d'inflation véritable de 1,5%. C'était donc moins inquiétant pour la Banque quand l'IPC augmentait quelque peu.

Depuis 2009, Statistique Canada a investi 45 millions pour améliorer la fiabilité de son enquête mensuelle sur l'IPC. Elle s'est attaquée à ce qu'on appelle le biais de substitution. Il s'agit de changements de comportements des consommateurs quand le prix d'un bien augmente, quand de nouveaux produits apparaissent sur le marché ou que leur qualité change, ou quand l'arrivée de nouveaux détaillants fait varier les prix selon les points de vente ou les tactiques de mises en marché.

Les principales modifications apportées à la mesure de l'IPC consistent à modifier plus rapidement le panier de biens et services observés de manière à en ajuster les pondérations et à multiplier les points où sont captés les prix.

L'agence fédérale estimait l'an dernier que le biais de substitution n'était plus que de 0,07% en 2011.

En février prochain, quand la réforme de l'IPC aura été complétée, on verra si le biais a diminué encore.

Bref, quand l'IPC marque 2% aujourd'hui, cela reflète beaucoup mieux la réalité. Et puisqu'on sait que la croissance a été plus robuste que ce qu'on pensait, entre 2011 et le premier semestre de 2014, force est d'admettre que l'économie canadienne est bien près de tourner à plein régime, même si c'est seulement au rythme de 2% environ.




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