Éloge de la lucide relativité

Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes...

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Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes québécois, Alain Dubuc,  Les Éditions La Presse, 247 pages.

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Rudy Le Cours
La Presse

D'aucuns l'affirment: nous sommes à la croisée des chemins. La population vieillit, les coûts de la santé montent en flèche, le fardeau de la dette publique s'alourdit, la croissance stagne.

Il faut faire quelque chose, si l'on veut préserver ce que beaucoup d'entre nous appellent le modèle québécois.

Alain Dubuc préfère parler de consensus québécois, un état d'esprit qui nous cantonne dans le statu quo au moment où il devient intenable. «Les fausses perceptions comportent trois dangers, écrit-il. Quand on se trouve trop bon, on n'a aucune raison de vouloir faire mieux. Quand on s'illusionne sur ses succès, on risque de ne pas voir les problèmes surgir avant qu'il ne soit trop tard. Et on risque, quand on ne se donne pas l'heure juste, de ne pas faire les bons choix.»

Ainsi campe-t-il le décor de son essai Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes québécois, qui a l'ambition de donner l'heure juste, sans proposer de recette magique.

Évitant le ton polémique sauf dans la dernière partie, l'ouvrage à la fois clair, fouillé et surtout très pédagogique se veut l'image détaillée de ce qu'est devenue la nation québécoise sous ses facettes historique, économique, sociale, culturelle, environnementale et même psychologique.

La focalisation est précise. Ainsi, il ne se contente pas de rappeler le phénomène du décrochage scolaire quand il traite (souvent) d'éducation. Il détaille et apprécie les composantes de nos établissements, depuis les garderies jusqu'à l'université.

Le Québec se classe plutôt bien, quand on compare sa performance à celle d'autres économies avancées, moins bien si on considère la majorité des autres provinces. Selon l'auteur, nous avons le potentiel d'être les meilleurs, mais «les Québécois n'ont jamais été passionnés par les enjeux de l'éducation». Pourtant, souligne-t-il, «l'éducation est à la base de tout le reste: plus nous serons éduqués et plus notre économie ira bien».

Dans sa démarche, l'essayiste rappelle à quel point ce qui nous distingue souvent des États-Unis, de la France ou du Royaume-Uni, c'est le partage d'institutions semblables à celles du reste du Canada. D'une part parce qu'elles sont financées en partie par Ottawa, d'autre part parce qu'elles sont souvent des initiatives fédérales que Québec a adaptées à ses besoins, comme l'assurance maladie.

Il fait aussi ressortir que nous sommes loin d'être aussi verts que nous nous plaisons à le croire. L'hydroélectricité abondante nous permet d'émettre moins de gaz à effets de serre, mais nous la gaspillons en la consommant trop parce que nous ne payons pas son prix réel.

Nous aimons célébrer les hérauts de notre culture dans le monde. Hormis Céline Dion, toutefois, nous les encourageons peu nous-mêmes, comme en font foi les faibles entrées au box-office.

Cela amène le collaborateur de La Presse à poser une question quasi taboue: sommes-nous menacés? Sa réponse peut se résumer ainsi. Peut-être, mais avant tout par nous-mêmes, qu'il appelle l'ennemi intérieur. Notre rapport à la lecture est éloquent à cet égard. Nous lisons moins que les autres Canadiens.

Il voit dans la question identitaire un pessimisme tributaire d'un passé, mais qui est absent dans d'autres enjeux cruciaux où la Révolution tranquille a donné aux Québécois confiance en eux-mêmes.

Économiste de formation, Dubuc donne la part belle à la manière dont nous produisons la richesse et l'allocation que nous en faisons. Son constat est le même que celui de Lucien Bouchard: il nous faut travailler davantage et avant tout de façon plus productive.

À cet égard, le Québec perd du terrain au profit de toutes les autres provinces. Il qualifie de néo-jovialistes ceux qui minimisent les effets néfastes de cette réalité.

Nous sommes une société heureuse, mais qui vit à crédit. «Nos gouvernements ne sont pas en faillite. Et notre situation n'a rien à voir avec celles de l'Italie, de la Grèce, de l'Espagne ou du Japon. Ce qui nous menace, c'est plutôt un lent déclin, celui d'une société qui n'a plus les moyens de ses ambitions et qui doit petit à petit revoir ses attentes à la baisse», résume-t-il.

Optimiste malgré tout, il en appelle à la volonté de changer les choses qui passe par un détachement du statu quo et de ses acquis.

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Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes québécois

Alain Dubuc

Les Éditions La Presse, 247 pages




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