• Accueil > 
  • Actualités > 
  • Santé 
  • > Une résidence privée pour aînés sur deux est toujours dépourvue de gicleurs 

Une résidence privée pour aînés sur deux est toujours dépourvue de gicleurs

Le gouvernement du Québec a donné aux propriétaires... (PHOTO BARTEK SADOWSKI, ARCHIVES REUTERS BLOOMBERG)

Agrandir

Le gouvernement du Québec a donné aux propriétaires de résidences pour personnes âgées cinq ans, soit jusqu'en décembre 2020, pour se conformer à la nouvelle norme sur les gicleurs.

PHOTO BARTEK SADOWSKI, ARCHIVES REUTERS BLOOMBERG

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Des résidences privées pour aînés risquent de ne pas respecter l'obligation d'être munies de gicleurs d'ici décembre 2020. C'est la faute de la « procédurite » du gouvernement, selon le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Yves Desjardins. Québec n'a versé jusqu'ici que 137 000 $ en subventions à des résidences pour se munir de gicleurs, par l'entremise de son programme d'aide annoncé en 2015. Or, il prévoyait à l'époque qu'il aurait déjà déboursé une vingtaine de millions à ce stade-ci. Le RQRA demande au gouvernement de revoir les modalités de son programme « compliqué ». Québec reconnaît ce « vrai problème » et promet de s'y attaquer.

Yves Desjardins, président du Regroupement québécois des résidences pour... (PHOTO THINKSTOCK) - image 1.0

Agrandir

Yves Desjardins, président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, estime que les travaux pour installer un système de gicleurs peuvent coûter entre 50 000 $et 75 000 $, excluant le raccordement au réseau de distribution d'eau.

PHOTO THINKSTOCK

Trente-deux personnes ont péri dans l'incendie de la Résidence... (PHOTO ALAIN ROBERGE, archives LA PRESSE) - image 1.1

Agrandir

Trente-deux personnes ont péri dans l'incendie de la Résidence du Havre, en janvier 2014.

PHOTO ALAIN ROBERGE, archives LA PRESSE

Après L'Isle-Verte

L'absence de gicleurs dans un grand nombre de résidences pour personnes âgées a fait la manchette dans la foulée de l'incendie de la Résidence du Havre, en janvier 2014. Trente-deux personnes ont péri dans cette tragédie. Le commissaire aux incendies du Québec, Cyrille Delâge, a mené une enquête - ce fut sa dernière, car il est mort en mars 2016. Dans son rapport rendu public en février 2015, il a recommandé l'installation de gicleurs dans les résidences, comme il l'avait fait dès 1997. Le gouvernement a décidé d'obliger ces établissements, à l'exception des plus petits, à être munis d'un tel équipement. Il a annoncé un programme d'aide financière dans son budget de 2015. Il a donné cinq ans aux propriétaires de résidences pour se conformer, donc d'ici décembre 2020.

Seulement 137 000 $ versés

Selon le programme d'aide, Québec assume environ 41 % des coûts totaux liés à l'installation de gicleurs. Il prévoit une aide financière de 115,9 millions de dollars, sur une facture totale estimée aujourd'hui à 282 millions. Dans son budget de 2015, le gouvernement disait que le programme allait lui coûter 4,5 millions en 2015-2016, 10 millions en 2016-2017 et 14,4 millions en 2017-2018. Or, il n'a fait jusqu'ici que deux versements totalisant 136 638 $ à une poignée de résidences qui ont terminé les travaux - celles-ci recevront au total 1,17 million en 10 versements. Selon les données du ministère de la Santé diffusées en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, 293 résidences ont fait une demande d'admissibilité au programme en date du 12 octobre dernier, la première étape en vue d'obtenir l'aide financière. Mais seulement 22 établissements sont passés à l'autre étape, celle d'une demande de subvention.

La faute à la «procédurite»

Pour Yves Desjardins, le problème ne réside pas dans le montant de l'aide promise par Québec, mais bien dans les conditions du programme. « L'aide du gouvernement arrive seulement à la fin des travaux, et c'est versé sur cinq ans », à raison de deux versements par année, a-t-il expliqué. Résultat : le propriétaire d'une résidence doit financer la totalité des coûts avant de recevoir la subvention. « Pour faire les travaux, on parle de 50 000 $-75 000 $, à part le raccordement à l'aqueduc qui coûte 25 000 $ ou 125 000 $ là où il n'y a pas de réseau d'eau. Les gens me disent : ‟Je cherche une institution financière, mais je n'arrive pas à trouver l'argent" », a-t-il raconté. Selon lui, les propriétaires qui réussissent à obtenir un prêt sont forcés d'assumer des frais d'intérêt élevés pendant des années, puisque l'aide du gouvernement est versée sur cinq ans et seulement à compter de la fin des travaux. « La résidence doit emprunter l'argent et attendre cinq ans avant d'être payée par le gouvernement. Il est là, le problème. Des résidences ne sont pas capables d'avancer les fonds », a-t-il expliqué. La subvention devrait être versée plus tôt, dès les premières dépenses, selon lui. Le programme actuel, « c'est de la procédurite ! Ils ont mis ça compliqué. Le remboursement ne marche pas ».

902 résidences doivent être munies de gicleurs

Selon les données du ministère de la Santé, 926 résidences pour personnes âgées sont munies d'un système de gicleurs, en totalité ou en partie. Il reste 902 résidences « à gicler », précise-t-il. Arriveront-elles toutes à se conformer d'ici 2020, comme Québec les y oblige  ? « Ça va être difficile », a répondu Yves Desjardins. « Je suis inquiet parce qu'on avance dans le temps. [...] Il y a déjà deux ans de passés ! C'est épouvantable. C'est possible que certains ne trouvent même pas de contracteurs pour poser les gicleurs. Il n'y en a pas 2000 au Québec... C'est ça qui risque de coincer après. Si on avait au début pensé au système de remboursement, on ne serait pas là, c'est sûr. » Depuis janvier 2014, 300 résidences ont fermé leurs portes. Selon M. Desjardins, 75 % d'entre elles ont pris cette décision pour des raisons financières. « Ce n'est pas à cause spécifiquement des gicleurs », mais cette nouvelle norme fait partie du portrait, a-t-il dit.

«Un vrai problème», reconnaît Barrette

Le programme d'installation de gicleurs « prend du temps à décoller », reconnaît le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. Les difficultés des propriétaires à trouver du financement, « c'est un vrai problème, c'est réel, et on regarde les options qui sont sur la table ». Les institutions financières sont responsables du problème, selon lui. « Ce n'est pas de notre faute [...]. On se retrouve avec une problématique de prêteurs qui ne veulent pas prêter », a-t-il soutenu. « Les institutions ne prêtent pas alors qu'elles savent qu'elles ont une garantie de paiement. C'est comme si on [l'État] était un endosseur dans les faits, mais elles ne le prennent pas comme ça. » Le ministre est à évaluer comment le gouvernement « peut avoir une influence » sur les institutions financières afin de dénouer la situation. Il n'exclut pas de modifier les modalités de son programme. « Il n'y a rien qui est fermé », a-t-il dit.

- Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer