Le rêve d'un vaccin universel contre la grippe

La grippe a tué 270 personnes l'an dernier... (Photo François Roy, Archives La Presse)

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La grippe a tué 270 personnes l'an dernier au Canada et a forcé l'hospitalisation de 5363 autres, selon l'Agence de la santé publique du Canada.

Photo François Roy, Archives La Presse

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Chaque début d'hiver amène les mêmes rituels. On change les pneus de la voiture, on sort les mitaines et les tuques des garde-robes... et on se fait vacciner contre la grippe (en priant, dans ce dernier cas, pour que l'exercice soit efficace). Et si on pouvait régler le dossier une fois pour toutes, en une seule injection ? Ce rêve d'un vaccin permanent contre la grippe, les scientifiques y travaillent. Le point en trois questions sur ces recherches qui pourraient avoir un immense impact sur la santé publique.

POURQUOI FAUT-IL SE FAIRE VACCINER CHAQUE ANNÉE CONTRE LA GRIPPE ?

En gros, parce qu'il n'y a pas la grippe, mais les grippes. Le virus de l'influenza s'amuse à changer constamment d'allure au fil de ses mutations, de sorte qu'on doit se battre non pas contre un, mais contre plusieurs ennemis.

Ce sont surtout deux protéines à la surface du virus, l'hémagglutinine (H) et la neuraminidase (N), qui changent. On décrit donc la grippe en fonction de la combinaison de ces deux protéines (la grippe H1N1, par exemple).

Les vaccins actuels sont conçus pour stimuler la production d'anticorps qui s'attaquent à ces protéines H et N. Ils fonctionnent donc seulement contre certaines souches du virus. Chaque année, les épidémiologistes surveillent les souches qui apparaissent dans plusieurs régions du monde, notamment en Asie, pour prédire celles qui nous toucheront la saison suivante. Puis on lance la production de vaccins contre ces souches.

La plupart du temps, ça fonctionne assez bien. Cette année, par exemple, la souche H3N2 prédomine, comme l'avaient prévu les scientifiques. Mais en 2014-2015, cette même souche avait frappé sans qu'on l'ait vue venir, ce qui avait rendu le vaccin inefficace et provoqué 600 morts à l'échelle du pays.

QU'EST-CE QUE CHANGERAIT UN VACCIN UNIVERSEL ?

Peter Palese, microbiologiste à l'Icahn School of Medicine de Mount Sinai, à New York, tient d'abord à souligner une chose : les vaccins actuels contre la grippe sont loin d'être mauvais.

« Oui, nous cherchons à faire mieux. Mais les vaccins actuels doivent être pris et sont sous-utilisés. »

Il reste qu'un vaccin qui nous protégerait à vie contre l'influenza, ou même qu'on recevrait tous les cinq ou dix ans plutôt qu'une fois l'an, nous ferait faire un grand bond en avant. D'abord, puisqu'il nous protégerait contre de multiples souches du virus, un tel vaccin universel serait plus efficace. D'un point de vue de santé publique, il est également beaucoup plus facile de convaincre la population de se faire vacciner une fois que de recommencer les campagnes de sensibilisation chaque année.

« L'autre avantage est qu'on pourrait vacciner toute l'année, au lieu d'attendre de connaître les souches et de vacciner tout le monde en même temps au début de la saison », souligne à La Presse William Schaffner, professeur émérite à l'Université Vanderbilt, au Tennessee, et directeur médical de la National Foundation for Infectious Diseases.

De nombreux experts considèrent qu'un tel vaccin représenterait l'une des plus grandes percées en santé publique dont on puisse rêver aujourd'hui.

« La grippe nous est tous familière et nous ne la considérons pas toujours très sérieusement. Pourtant, aux États-Unis, la grippe entraîne bon an mal an 200 000 hospitalisations et fait de 4000 à 40 000 morts », rappelle le professeur Schaffner. Les coûts de l'absentéisme dû à la grippe sont aussi colossaux.

COMMENT PEUT-ON CONCEVOIR UN VACCIN UNIVERSEL ?

Deux grandes approches sont actuellement étudiées. La première est celle que prône le professeur Peter Palese, à New York.

« Le virus de l'influenza change, sauf qu'il y a des portions qui sont conservées et ne varient pas selon les souches. L'idée est donc de concevoir un vaccin qui entraîne une réponse immunitaire contre les parties qui sont conservées. »

Plutôt que de cibler les protéines H et N, qui varient constamment, on s'attaquerait aux « tiges » par lesquelles sont rattachées ces protéines, qui sont communes à toutes les souches. Bref, face à un ennemi qui change constamment de tête, les chercheurs veulent viser le cou.

Un tel vaccin a déjà été fabriqué et fonctionne bien sur les souris. M. Palese espère commencer à le tester cette année sur des humains.

Gary Kobinger, chercheur en maladies infectieuses au Centre universitaire de l'Université Laval, planche quant à lui sur une approche différente. Alors qu'il travaillait au laboratoire national de Winnipeg, lui et son équipe ont conçu avec des ordinateurs une sorte de « super virus virtuel » qui présente les caractéristiques de toutes les souches de la grippe qui nous ont frappés depuis 20 ans.

« On utilise ensuite cette souche virtuelle pour diriger une réponse immunitaire qui protège contre toutes les souches dont elle est faite, explique le professeur Kobinger. Notre hypothèse est que si on est capable de couvrir les souches des 20 dernières années, on a de grosses chances de couvrir celles des 20 prochaines. » Des tests sur des gens de 65 ans et plus, qui sont particulièrement vulnérables à la grippe, viennent d'être complétés avec ce vaccin, et les scientifiques sont en train d'en analyser les résultats.

Hospitalisations et morts dues à la grippe au Canada

Saison 2011-2012

1887 hospitalisations, 104 morts

Saison 2012-2013

5074 hospitalisations, 317 morts

Saison 2013-2014

5284 hospitalisations, 331 morts

Saison 2014-2015

7719 hospitalisations, 591 morts

Saison 2015-2016

5363 hospitalisations, 270 morts

Source : Agence de la santé publique du Canada




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