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«On n'est plus un nom, on est un numéro», disent des vétérans à l'hôpital Sainte-Anne

Le vétéran Wolf Solkin raconte que les préposés souvent... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Le vétéran Wolf Solkin raconte que les préposés souvent trop peu nombreux doivent parfois l'abandonner en plein milieu d'un soin pour aller traiter un cas plus urgent. « On peut me laisser alors que je suis à moitié habillé ou à moitié lavé pour aller aider quelqu'un d'autre », dit-il.

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En ce Jour du Souvenir, La Presse donne la parole à des vétérans. Ceux qui résident à l'hôpital des anciens combattants de Sainte-Anne-de-Bellevue affirment que la qualité des soins y a grandement diminué depuis qu'Ottawa a cédé l'établissement au gouvernement du Québec, en avril dernier. Aussi inquiets, des syndiqués demandent l'intervention urgente du gouvernement.

Depuis 1960, le gouvernement fédéral s'est défait tranquillement... (Photo David Boily, Archives La Presse) - image 1.0

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Depuis 1960, le gouvernement fédéral s'est défait tranquillement des 18 hôpitaux pour vétérans qu'il gérait à travers le pays. L'hôpital Sainte-Anne a été le dernier à être transféré, le 1er avril 2016.

Photo David Boily, Archives La Presse

Les 275 vétérans qui résident à l'hôpital se sont fait garantir que leur niveau de soins serait conservé après le transfert. Sept mois plus tard, ils affirment que cette promesse n'a pas été tenue. « On n'est plus un nom. On est un numéro », résume Wolf Solkin, vétéran de l'infanterie qui habite à l'hôpital Sainte-Anne depuis quatre ans.

Pourquoi l'hôpital des anciens combattants a-t-il été transféré au Québec ?

Depuis 1960, le gouvernement fédéral s'est défait tranquillement des 18 hôpitaux pour vétérans qu'il gérait à travers le pays. L'hôpital Sainte-Anne a été le dernier à être transféré, le 1er avril 2016.

Comment s'est déroulée la transition ?

Avant même le déménagement, 42 % des infirmières, préposés aux bénéficiaires et employés de l'hôpital Sainte-Anne ont quitté leurs fonctions. Avec le transfert au gouvernement provincial, les employés ont vu leurs conditions de travail modifiées pour concorder avec le système de santé québécois. Certains ont vu leur salaire diminuer jusqu'à 40 %, affirme Catherine Giguère, vice-présidente du Syndicat canadien de la fonction publique de l'hôpital Sainte-Anne. « Plusieurs employés d'expérience, qui nous connaissaient bien, sont partis », déplore M. Solkin, 93 ans, vétéran qui a combattu aux Pays-Bas et en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale.

Avait-on prévu des mécanismes pour s'assurer que la transition se déroule rondement ?

Un comité de transition regroupant des cadres du réseau de la santé, un vétéran et des représentants des gouvernements fédéral et provincial a été mis sur pieds. « Mais il n'y a aucun employé sur ce comité. Comment savoir ce qui se passe sur le terrain ? », demande Mme Giguère. Anciens Combattants Canada verse aussi une indemnité quotidienne pour permettre à Québec d'assurer le même niveau de vie aux vétérans. « Ce per diem s'ajoute à celui du provincial pour totaliser 380,32 $ par jour, par lit pour les anciens combattants, explique-t-on au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). À cette indemnité s'ajoute une aide financière totale de 27,6 millions.

« Où est passé cet argent ? Les vétérans notent une dégradation de leurs soins », affirme la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent.

De quoi se plaignent les vétérans ?

Principalement que la qualité des soins ait grandement diminué depuis le transfert. M. Solkin raconte par exemple que la qualité de la nourriture a chuté. « Quand ma couche est pleine, il peut maintenant s'écouler 45 minutes avant qu'on ne vienne me changer. Avant, c'était plus rapide. C'est un problème, parce que ça me met plus à risque d'infection », dit-il. Le vétéran raconte que les préposés souvent trop peu nombreux doivent parfois l'abandonner en plein milieu d'un soin pour aller traiter un cas plus urgent. « On peut me laisser alors que je suis à moitié habillé ou à moitié lavé pour aller aider quelqu'un d'autre. Parce qu'il manque de personnel. Ce n'est pas une question de vie ou de mort. Mais c'est une question de dignité ! », dit-il. M. Solkin ajoute que le soir, une collation avec des choix variés était auparavant offerte aux résidants. « Maintenant, il n'y a plus de choix. Ça semble de petites choses, mais ici, ça fait toute la différence. On fait des coupes dans les dépenses aux dépens des soins et de la qualité de vie des résidants », estime M. Solkin.

Les employés notent-ils une différence ?

Dans une lettre acheminée au comité transitoire de l'hôpital Sainte-Anne le 29 septembre, le syndicat des professionnelles en soins de l'établissement réclame une « intervention urgente quant au maintien du niveau de soins et de services de santé pour les anciens combattants ». Les signataires se plaignent notamment du « manque constant de personnel » et des heures supplémentaires obligatoires qui augmentent. Sur un étage, les syndiqués disent constater « des difficultés d'effectuer une surveillance et d'offrir des soins sécuritaires et de qualité ».

Mme Laurent ajoute que des postes à temps plein ont été supprimés depuis le transfert et que le roulement de personnel a monté en flèche. « On doit tout le temps s'habituer à de nouveaux visages et ça insécurise plusieurs vétérans », confirme M. Solkin. « Avec ces hauts taux de roulement, la qualité des soins écope », affirme Mme Laurent, qui soutient que depuis le transfert, les vétérans « subissent la même médecine que les résidants des autres CHSLD du Québec ». « Les familles et les vétérans ont peur de se plaindre. Mais il faut que ça change », plaide M. Solkin.

Qu'en pensent les gouvernements ?

Chez Anciens Combattants Canada, on dit « continuer de jouer un rôle de supervision » à l'hôpital Sainte-Anne depuis le transfert, notamment par une présence au comité de transition. Le porte-parole d'Anciens combattants Canada, Zoltan Csepregi, assure que les vétérans de l'hôpital Sainte-Anne « continuent de recevoir des soins experts ». « Tous les établissements transférés antérieurement ont continué d'offrir des soins de haute qualité à nos vétérans en vertu d'une entente avec le gouvernement fédéral, et le transfert de l'Hôpital Sainte-Anne permettra d'obtenir le même résultat », assure-t-il.

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, on reconnait que le départ de plusieurs employés lors du transfert « a causé des défis ». On assure toutefois que l'établissement a maintenant « tous les employés nécessaires pour répondre aux besoins des anciens combattants ». Le CIUSSS dit aussi « travailler à former le personnel afin qu'il soit à la hauteur du standard réputé de l'Hôpital Saint-Anne ». On assure qu' « absolument rien n'a changé quant aux soins et services offerts aux anciens combattants », mais on dit demeurer à l'écoute des vétérans pour « apporter les correctifs nécessaires aux situations problématiques qui peuvent survenir et qui nous sont rapportées ».

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