Marijuana médicale: le nouveau système émaillé par plusieurs plaintes

Shaun Simpson souffre de migraines depuis sept ans. Ses problèmes médicaux ont... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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James Keller
La Presse Canadienne
VANCOUVER

Shaun Simpson souffre de migraines depuis sept ans. Ses problèmes médicaux ont commencé après une opération visant à retirer une partie de son crâne qui faisait pression sur son cerveau. La procédure l'a laissé avec une fuite de liquide céphalo-rachidien, qui lui cause des maux de tête quasi permanents.

Pendant des années, M. Simpson a pris chaque jour au moins une dizaine de comprimés de Tylenol avec codéine, mais ils causaient des effets secondaires déplaisants et n'étaient pas totalement efficaces.

Il y a environ deux ans et demi, il a reçu une ordonnance médicale pour de la marijuana thérapeutique, qu'il a commandée à Santé Canada.

«Je ne me sens pas drogué ou en train de planer comme avec les Tylenol; je suis plus actif et sociable, explique M. Simpson, 34 ans, qui travaille comme photographe dans les Maritimes. Cela a vraiment changé ma vie en ce qui concerne la routine quotidienne.»

Il fait partie des dizaines de milliers de Canadiens qui ont utilisé légalement de la marijuana médicale depuis 2001 et, comme plusieurs autres patients dans la même situation que lui, il a été forcé plus tôt cette année à s'adapter à une réforme majeure du système.

Le gouvernement fédéral a mis en place de nouvelles règles interdisant aux patients de cultiver eux-mêmes leur marijuana. La production et la vente sont maintenant restreintes aux producteurs commerciaux détenteurs d'un permis.

Mais le nouveau système a été entaché par des plaintes relativement aux faibles quantités disponibles et aux prix élevés. Certains producteurs commerciaux ont de longues listes d'attente et se retrouvent régulièrement en pénurie, et la délivrance de permis à de nouveaux producteurs est lente.

Shaun Simpson s'est d'abord inscrit auprès de Mettrum, un fournisseur de Toronto, mais il affirme que l'entreprise est souvent à court de la variété dont il a besoin. Il est maintenant sur la liste d'attente d'OrganiGram, une société de Moncton, et dans l'intervalle, il s'approvisionne dans les dispensaires de marijuana plus ou moins légaux.

Le gouvernement fédéral avait établi le précédent système de marijuana médicale après une décision judiciaire ordonnant qu'il fournisse un accès à cette drogue à des fins thérapeutiques.

Environ 38 000 patients ont obtenu une autorisation sous ce système, la plupart ayant choisi de cultiver leurs plants eux-mêmes ou de le faire faire par quelqu'un d'autre. Plusieurs milliers de patients ont choisi d'acheter de la marijuana directement auprès de Santé Canada, qui ne vendait qu'une seule variété à 5 $ le gramme.

Le précédent régime a été abrogé le 31 mars de cette année, et désormais, seuls les producteurs commerciaux sont autorisés à en vendre. Néanmoins, un juge de la Cour fédérale a prononcé une injonction permettant à plusieurs patients de continuer à cultiver leurs plants jusqu'à l'examen judiciaire des nouvelles règles, qui aura lieu en 2015.

Il y a présentement 14 fournisseurs autorisés à produire et à vendre de la marijuana au Canada; plusieurs autres ont un permis pour en produire, mais pas pour en vendre.

Les aspirants fournisseurs doivent se conformer à des conditions strictes, notamment des exigences de sécurité rigoureuses et des mesures pour contrôler les odeurs.

Le PDG de la société OrganiGram à Moncton, Denis Arsenault, estime que les règlements fonctionnent plutôt bien. Il dit comprendre la nécessité des mesures de sécurité et des inspections. «Cela a été une très bonne expérience jusqu'à maintenant; quand ils viennent faire leur inspection, il est très clair qu'ils veulent que nous réussissions, explique-t-il. Tout le monde se porte mieux si un patient a accès à son médicament, s'il y a un approvisionnement régulier et contrôlé.»

OrganiGram a établi une liste d'attente pour les nouveaux patients, mais M. Arsenault indique que son entreprise souhaite éliminer l'attente rapidement.

Selon Santé Canada, environ 13 000 patients sont présentement enregistrés dans le nouveau système, comparativement à 9500 en août et environ 5100 en juin.

Les patients ayant une ordonnance d'un médecin peuvent acheter jusqu'à 150 grammes par mois de marijuana séchée; la marijuana sous d'autres formes, comme les huiles ou les produits comestibles, n'est pas autorisée.

Les prix varient de 2,50 $ à 15 $ le gramme, selon le producteur et la variété, mais la plupart se situent entre 8 $ et 10 $ le gramme.

La valeur de cette industrie est difficile à chiffrer. Les producteurs doivent rapporter leurs ventes à Santé Canada, mais le ministère a été incapable de fournir des données à La Presse Canadienne.

Néanmoins, les états financiers de plusieurs producteurs cotés en bourse offrent un portrait partiel de la situation.

La société BedroCan a rapporté en novembre avoir enregistré 1400 patients et vendu pour 1 million $ de marijuana médicale. Mettrum compte pour sa part 2100 clients et a comptabilisé des revenus de 1,5 million $ entre le 1 avril et le 30 novembre. Tweed a rapporté des ventes de 504 000 $ pour les neuf premiers mois de l'année.

À la fin du mois d'août, il y avait près de 300 demandes de producteurs en attente chez Santé Canada. Le ministère n'a approuvé que deux nouveaux producteurs depuis l'été, tandis qu'un opérateur a été retiré de la liste depuis.

Sundial Growers, qui veut produire de la marijuana médicale près d'Airdrie, au nord de Calgary, est sur la liste d'attente.

Le président de l'entreprise, Stan Swiatek, indique avoir demandé à Santé Canada une inspection finale au mois de mai. Il a reçu quelques requêtes pour des informations supplémentaires, mais jusqu'à maintenant, aucun représentant du ministère n'est venu et il ne sait pas quand la visite aura lieu.

«C'est un peu fait au hasard - ils décident arbitrairement de quel (dossier) ils s'occupent, explique cet ancien cultivateur de concombres. La réalité, c'est que nous devons nous asseoir et attendre.»

À Nanaimo, en Colombie-Britannique, le producteur Tilray ne produit qu'à 20% de sa capacité parce que Santé Canada n'a pas approuvé l'utilisation de tout l'espace dont l'entreprise dispose. Un porte-parole a indiqué avoir demandé à plusieurs reprises à Santé Canada d'inspecter et d'approuver le reste de l'espace de production, mais l'entreprise n'a eu aucune réponse jusqu'à maintenant.

Ni Santé Canada ni la ministre Rona Ambrose n'ont répondu aux questions de La Presse Canadienne au sujet des faibles quantités disponibles, des prix élevés, des listes d'attente et de la lenteur du processus d'approbation.

Les commentaires du gouvernement fédéral sur le cannabis médical se sont essentiellement limités à rappeler que la marijuana n'est pas un traitement médical approuvé au Canada. Le gouvernement décourage quiconque de consommer de la marijuana et rappelle qu'il permet son usage médical seulement parce qu'il a été forcé de le faire par les tribunaux.

Neil Closner, PDG de la société MedReLeaf à Markham, en Ontario, estime que les arguments du fédéral semblent ignorer la réalité des patients, qui disent que la marijuana les aide à soulager toute une série de problèmes de santé.

«Cela n'aide certainement pas quand le message du gouvernement est de dire que ce n'est pas un médicament approuvé et que c'est mauvais pour vous, souligne-t-il. Il y a une montagne de preuves - qui ne fera que grandir - montrant que ce produit est bénéfique pour de nombreuses personnes.»

Les producteurs n'ont pas le droit de présenter des arguments médicaux aux patients. Le mois dernier, Santé Canada a envoyé une lettre à la plupart des fournisseurs autorisés leur ordonnant de retirer tout contenu de leur site Internet qui allait au-delà des noms des produits, des prix et de la teneur en cannabinoïdes.

M. Closner pense que le fait d'empêcher les producteurs de guider les patients à travers les différentes variétés en fonction de leur état médical ne fait que nuire aux principaux concernés.

«Nous croyons que les patients ont besoin de cette information pour faire des choix informés sur les produits qu'ils utilisent», explique-t-il.

Le passage à un marché commercial de la marijuana au Canada survient alors que les politiciens fédéraux débattent de la question plus large de la prohibition. Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a été critiqué par les conservateurs pour son appui à la légalisation de la marijuana.

Pendant ce temps, aux États-Unis, plusieurs juridictions ont récemment autorisé la marijuana à des fins récréatives. Les électeurs de l'Alaska, de l'Oregon et du district de Columbia ont approuvé plus tôt cette année des mesures visant à légaliser la possession de marijuana, tandis que le Colorado et l'État de Washington ont déjà légalisé la marijuana récréative. Dix-huit autres États ont décriminalisé la possession de marijuana en petites quantités.

De plus, la marijuana thérapeutique est autorisée dans 23 États américains.

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