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Pinel transfère les «15 pires ados du Québec» en centres jeunesse

L'Institut Philippe-Pinel dit n'avoir eu d'autre choix que... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'Institut Philippe-Pinel dit n'avoir eu d'autre choix que de fermer jusqu'en février son unité ultra-sécurisée pour adolescents afin de la rénover.

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Les «15 pires adolescents du Québec» - tous auteurs d'actes violents - ont été transférés de l'Institut Philippe-Pinel vers des centres jeunesse et d'autres institutions après la fermeture temporaire de l'unité ultra-sécurisée qui les accueillait, a appris La Presse.

Le réseau des centres jeunesse, moins préparé à faire face à leur agressivité et à leurs problèmes de santé mentale souvent sévères, a dû réintégrer la plupart d'entre eux à sa clientèle générale pour une période de six mois - du mois d'août dernier jusqu'en février prochain.

«C'est clair qu'à Pinel, c'est plus sécuritaire, a reconnu en entrevue Gilles Chamberland, directeur des services professionnels de l'hôpital. Leurs prédécesseurs ont tout essayé, c'est impossible de s'évader de Pinel.»

Mesure exceptionnelle, un juge du tribunal de la jeunesse pris «de graves inquiétudes» vient de demander à la Commission des droits de la personne d'ouvrir une enquête. Le magistrat affirme se soucier «d'abord et avant tout» de «la protection durable du public».

La plupart de ces jeunes étaient détenus dans la seule unité de ce type au Québec après avoir été condamnés par la justice pour des crimes violents, notamment des homicides, des agressions armées et des viols.

Le Dr Chamberland a tenu à préciser que la transition se déroulait assez bien jusqu'à maintenant et que ces jeunes n'étaient pas nécessairement dangereux en cas de fugue. «Ce n'est pas de la criminalité organisée», a ajouté le médecin.

Ces jeunes continuent à être suivis par des médecins de Pinel en externe.

Remaniement complet

C'est «plus qu'une crise» que vivait l'unité pour adolescents de Philippe-Pinel avant le début du mois d'août et qui a forcé sa fermeture temporaire, a affirmé le Dr Chamberland. C'est lui qui qualifie ces jeunes patients de «pires adolescents du Québec».

«On avait des refus de travail [à la CSST], le personnel devait être formé, ça nous prenait un programme cohérent et il fallait tout rénover [les lieux]», a-t-il expliqué. «Mettez tout ça ensemble, on a décidé de fermer six mois pour la rouvrir quand ce serait correct.»

Selon M. Chamberland, «la moitié [du personnel] de l'unité était en accident de travail», remplacé par des individus moins habitués à travailler dans ce secteur. Les remplaçants «faisaient des refus de travail [à la CSST]», ils «avaient peur, ces gens-là se faisaient agresser». «Ça devenait extrêmement complexe.»

Quant aux rénovations rendues nécessaires par le passage du temps, impossible de les effectuer en maintenant les jeunes patients dans l'unité. «Il n'y a pas un travailleur qui aurait voulu aller là avec une "drill", c'est bien évident», a indiqué M. Chamberland.

L'Agence de la santé de Montréal a donné le feu vert à la fermeture temporaire de l'unité. «Il y avait un besoin de revoir la programmation et il y avait un besoin de formation du personnel», a indiqué la porte-parole Marie-France Coutu.

Le bureau de la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse dit avoir été informé «quelques jours avant» la fermeture de l'unité pour adolescents. Le bien-être des jeunes et la sécurité de la population étaient les deux priorités de la ministre Lucie Charlebois, a indiqué sa porte-parole Natacha Boudreau.

Un juge «pantois», la Couronne «flouée»

La décision de fermer l'unité pour adolescents de l'Institut Philippe-Pinel fâche un magistrat du tribunal de la jeunesse ainsi qu'une procureure de la Couronne, qui s'estime flouée.

En 2013, le juge Mario Gervais a condamné un jeune à trois ans de détention à Philippe-Pinel pour avoir poignardé «au ventre et à la bouche» une joggeuse choisie au hasard en banlieue de Montréal, alors qu'il avait 17 ans. La Couronne, pour sa part, avait accepté de ne pas requérir une peine pour adulte. Les mesures de sécurité particulièrement élevées en vigueur à l'Institut avaient contribué à convaincre de ne pas demander ou décider son incarcération en prison «régulière».

Le juge et l'avocate ont donc été surpris de voir l'hôpital demander à la justice, le mois dernier, la permission de transformer la détention à Philippe-Pinel en détention en centre jeunesse.

La décision de fermer l'unité pour adolescents, et ses motifs, «laisse pantois mais suscite surtout de graves inquiétudes», a écrit le juge Gervais, qui dit s'inquiéter pour la sécurité de la population. «Le crime reproché est des plus graves et commis dans des circonstances horribles.»

L'avocate de la Couronne, quant à elle, «s'estime flouée, et ce, à bon droit».

Le juge a rejeté «sans hésitation» la requête de l'hôpital.

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