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Santé publique: des nominations controversées

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Depuis l'annonce de la démission de six directeurs régionaux de santé publique, le ministre Gaétan Barette a nommé un directeur intérimaire dans Lanaudière et un autre en Montérégie.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Alors que la démission de six directeurs régionaux de santé publique entre en vigueur aujourd'hui au Québec, des directeurs de santé publique, dont un ancien poids lourd du milieu, sonnent l'alarme sur les récentes nominations du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

À mots couverts, on accuse le ministre de faire preuve d'ingérence, d'avoir nommé des directeurs sans formation spécialisée et de menacer l'indépendance de la fonction.

«Je suis profondément préoccupé par les processus de nomination concernant leur remplacement», écrit le Dr Richard Lessard, qui a été directeur de santé publique de Montréal pendant 20 ans. Le Dr Lessard s'était notamment fait connaître par sa ferme opposition au déménagement du Casino de Montréal.

Dans sa missive, le Dr Lessard rappelle «l'importance pour les directeurs de santé publique d'avoir les coudées franches afin de s'exprimer clairement sur les risques auxquels la population est exposée».

En juillet, La Presse révélait que six directeurs de santé publique (DSP) avaient démissionné pour protester contre de nouvelles règles budgétaires imposées par Québec. Le gouvernement avait décidé de serrer la vis à ses DSP en leur interdisant de pratiquer des activités médicales en plus d'assumer leur fonction de direction, récoltant des rémunérations des deux côtés.

Deux nominations

Depuis l'annonce de ces démissions, le ministre Barrette a pourvu deux des six postes. Des directeurs intérimaires ont été nommés dans Lanaudière et en Montérégie.

Selon des sources du milieu, ce genre de nomination se fait normalement en consultant les intervenants en santé publique du territoire. «Mais pour la première fois de l'histoire, on ne l'a pas fait. Le ministre a fait preuve d'ingérence et a pressé les agences de remplacer les postes», affirme un directeur de santé publique qui préfère garder l'anonymat de peur de ne pas se trouver d'emploi dans le réseau par la suite.

Le président de l'Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec, le Dr Yv Bonnier Viger, reconnaît que les dernières nominations soulèvent des inquiétudes. «On s'interroge aussi sur l'avenir de la santé publique au Québec en général», affirme le Dr Bonnier Viger, qui ajoute qu'une rencontre des intervenants du milieu vient tout juste d'être planifiée pour le 14 septembre.

Au cabinet du ministre Barrette, l'attachée politique aux communications Marie-Ève Morneau assure que les nominations ont été entérinées «à la suite de recommandations des agences concernées», ce qui respecte la loi.

Manque de formation

Dans sa lettre, le Dr Lessard ajoute que le rôle des DSP «nécessite avant tout une expertise professionnelle et médicale découlant d'une formation».

Le Dr Bonnier Viger mentionne que les deux nouveaux DSP nommés par le ministre Barrette sont deux omnipraticiens qui n'ont pas de spécialité en santé publique.

«Je remets en question ces nominations, affirme-t-il. La santé publique est une spécialité et le rôle de DSP va bien au-delà de la simple tâche administrative.»

À l'Agence de la santé de la Montérégie, on mentionne que le directeur de santé publique intérimaire possède une maîtrise en santé communautaire, ce qui est suffisant pour assurer le rôle. «Le Dr Jean Rodrigue travaille dans notre direction depuis des années. C'est un gestionnaire compétent. On est tout à fait à l'aise avec sa nomination», affirme le porte-parole de l'Agence, François Simard.

Mme Morneau assure que les nouvelles nominations ont été faites tout à fait en respect de la loi, qui exige simplement une formation en santé communautaire pour les DSP.

La porte-parole du ministère de la Santé, Marie-Ève Lacasse, précise «qu'il est possible de désigner un médecin omnipraticien comme directeur de santé publique, dans la mesure où il possède une expertise jugée pertinente dans le domaine».

«Pour les régions de la Montérégie et de Lanaudière, des candidats déjà bien implantés dans leur milieu, et qui avaient déjà une très bonne connaissance des enjeux, ont été désignés», ajoute Mme Lacasse.

«Ça respecte peut-être la loi. Mais ça va complètement à l'encontre de tout ce qui se faisait dans le passé. On doit préserver l'indépendance et la compétence des DSP», soutient un directeur de santé publique.

Prise de position contre le gouvernement

Au fil des ans, les directions de santé publique ont souvent pris position contre le gouvernement dans différents dossiers, affirme le président de l'Association des médecins spécialistes en santé communautaire, le Dr Yv Bonnier Viger. Voici quelques exemples : 

  • Dangers de l'exposition à l'amiante
  • Dangers des appareils de loterie vidéo
  • Opposition à la suggestion du ministère des Transports d'installer des parcs et des jardins communautaires à proximité du nouvel échangeur Turcot
  • Opposition au déménagement du Casino de Montréal dans l'arrondissement du Sud-Ouest




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