Coupes en santé: les craintes se multiplient

Les services de premières lignes pourraient être fragilisés... (Archives Le Quotidien)

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Les services de premières lignes pourraient être fragilisés par les fusions des centres de santé et de services sociaux souhaitées par le gouvernement, préviennent des acteurs du milieu de la santé.

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Selon différents acteurs du milieu, les fusions de centres de santé et de services sociaux (CSSS) qui seront imposées par Québec cet automne risquent de fragiliser encore davantage les services de première ligne.

À Montréal seulement, l'Agence de la santé a déjà annoncé qu'elle envisage la fusion de 6 de ses 12 CSSS. «Ça aura des conséquences sur les services de première ligne, craint le président de l'Association des psychologues du Québec, Charles Roy. On perd de l'énergie à faire des restructurations, alors qu'on devrait se concentrer sur les services à la population.»

Une mort évitable

En octobre 2012, un poupon de 2 mois et demi est mort asphyxié alors qu'il dormait sur le sofa du salon avec sa maman, une femme en situation de grande vulnérabilité. Dans le rapport de la coroner Catherine Rudel-Tessier, publié en janvier dernier et obtenu par La Presse, on peut lire que le réseau de la santé a failli à sa tâche et que les services de première ligne n'ont pas été efficaces.

La mère du bébé bénéficiait pourtant d'un suivi intensif, car elle présentait plusieurs facteurs de risques: elle avait été suivie par la Direction de la protection de la jeunesse lors de la naissance de ses deux aînés, elle était depuis peu amputée du bras droit, elle présentait des problèmes psychiatriques et prenait beaucoup de médicaments, dont des antidouleurs et des antidépresseurs. Elle était «très isolée» et n'avait «pas de réseau social», ajoute le rapport.

Plusieurs intervenants se sont succédé auprès de la nouvelle maman. Ils ont constaté qu'elle témoignait d'un profond attachement envers ses enfants, mais qu'elle était exténuée et désorganisée. Plusieurs se questionnaient sur la lourdeur de sa médication et sur les effets de somnolence qui en découlaient.

Différentes rencontres avec des psychologues et des psychiatres étaient planifiées, mais la dame s'y présentait rarement.

À l'automne 2012, une psychiatre a rencontré la mère à l'hôpital et a constaté que le soutien était insuffisant. Deux jours plus tard, le bébé est mort.

Dans son rapport, la coroner Rudel-Tessier estime que le décès était «évitable». «L'aide accordée par tous les intervenants dans le cadre des programmes existants n'était pas suffisamment coordonnée: le petit est passé par les mailles d'un filet tissé trop lâchement», tranche la coroner.

La situation va empirer

Pour Charles Roy, les cas comme celui-ci sont toujours difficiles à gérer. «La coordination des soins de première ligne est déjà difficile. En fusionnant des CSSS, on complique encore plus ça», critique-t-il.

«Les nouvelles fusions, on ne les acceptera pas sans les dénoncer. Parce que quand le gouvernement coupe, c'est souvent dans les services de première ligne», avance pour sa part le vice-président de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Daniel Gilbert.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on explique qu'il revient aux agences de décider de fusionner ou non des établissements, et on assure qu'aucun «dossier officiel» n'a encore été déposé au Ministère.

Des cadres angoissés

Lors du dépôt des crédits, en juillet, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé que 1300 postes de cadres devront être éliminés d'ici trois ans. Au cours des dernières semaines, les établissements ont reçu des lettres leur indiquant le nombre de postes qui devront être supprimés. «Mais on ne sait pas comment ces cibles sont établies. Quels sont les critères? On est dans le néant [...] On aimerait avoir plus de réponses du côté de Québec», affirme la directrice générale de l'Association du personnel d'encadrement du réseau de la santé et des services sociaux, Franceen Alovisi.

80 postes d'infirmières en moins à Saint-Jean-sur-Richelieu

Environ 80 postes d'infirmières et de professionnels en soins seront supprimés cette année au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Haut-Richelieu-Rouville, pour atteindre des diminutions de dépenses de 5,5 millions. La direction du CSSS du Haut-Richelieu s'est voulue rassurante, hier, en mentionnant que «près du tiers des postes abolis sont actuellement vacants» et qu'il n'y aura «pas de mises à pied». Mais pour les syndicats, la situation est inquiétante. «Ce qu'on retient, c'est que même si le gouvernement dit qu'il n'y aura pas d'impact sur la population avec les coupures, c'est faux», soutient le vice-président de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Daniel Gilbert. À Montréal, le CSSS d'Ahuntsic-Montréal-Nord supprimera entre autres 15 postes, le Centre de réadaptation Gingras-Linsday, 20 et le CSSS de la Montagne, 17. Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on dit «comprendre les inquiétudes du milieu», mais on ajoute que «les orientations budgétaires mentionnent qu'il ne doit pas y avoir de coupures de services aux patients».




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