Mystère à propos du maïs transgénique canadien

Le chercheur français Gilles-Éric Séralini a utilisé des... (Photo: Reuters)

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Le chercheur français Gilles-Éric Séralini a utilisé des semences de maïs génétiquement modifiées provenant du Canada lors d'une récente étude visant à démontrer la toxicité des éléments génétiquement modifiés. Pour une raison inconnue, il tait l'origine exacte de ces semences.

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Un mystère agite depuis mercredi la caste des biologistes et agronomes québécois travaillant avec les plantes: qui a fourni les semences de maïs transgénique à Gilles-Éric Séralini?

Ce chercheur français a publié la semaine dernière une étude qui a fait des vagues partout sur la planète. Il y a affirmé que les rats nourris à la moulée contenant du maïs génétiquement modifié (GM) souffrent davantage du cancer que les rats nourris au maïs non GM. L'article a été critiqué par plusieurs scientifiques sur le plan méthodologique - même au sein des pages de la revue écologiste américaine Mother Jones.

Plusieurs médias français ont écrit que les semences GM ont été fournies par «un lycée agricole canadien». Louise Vandelac, bioéthicienne à l'UQAM, confirme que cette information se trouve dans le livre Tous cobayes de M. Séralini, qui paraîtra en octobre au Québec. «Le lycée agricole a exigé que nous ne révélions pas son nom, par crainte de représailles de ses fournisseurs.» L'information ne se trouve pas dans l'étude publiée cette semaine.

«Cette phrase fait beaucoup jaser ici», explique Jean-Benoit Charron, biologiste à l'Université McGill. Comme le maïs est principalement cultivé dans l'est du Canada, les principaux suspects sont les facultés d'agriculture des universités Laval, McGill et Guelph, ainsi que de l'Institut de technologie agricole (ITA), situé à Saint-Hyacinthe et La Pocatière. Les semences ne proviennent pas de McGill, selon M. Charron.

Protection ou coup de marketing?

En 2000, Dominique Michaud, biologiste à l'Université Laval, a croisé le fer avec M. Séralini lors d'une rencontre sur les OGM, au congrès annuel de l'Association canadienne-française pour l'avancement de la science (ACFAS).

«C'est intrigant, commente M. Michaud. Moi et mes collègues, on trouve ça amusant que ça vienne d'ici. C'est mystérieux, parce qu'il n'est pas très difficile de se procurer ces semences. Dans les études, on ne prend pas la peine de dire leur provenance. Mon opinion personnelle, c'est qu'il s'agit d'une stratégie marketing pour mousser le livre et le film, qui sortent sous peu et qui parleront des travaux de Séralini.» En d'autres mots, le Français laisse entendre que l'utilisation de ces semences par les chercheurs est étroitement surveillée par les entreprises qui les produisent. Ce n'est pas le cas: les chercheurs consultés par La Presse n'ont pas de difficulté à s'en procurer auprès de grossistes ou de collègues.

Un autre scientifique québécois, qui a demandé l'anonymat pour ne pas être mêlé à des poursuites comme témoin, explique qu'il aurait sûrement fourni les semences à M. Séralini, même s'il trouve que ses recherches manquent de rigueur scientifique. «S'échanger du matériel fait partie la culture scientifique. Généralement on ne mentionne pas qui nous l'a fourni, mais je comprends que le chercheur qui a envoyé les semences lui a demandé de ne pas mentionner son nom.»

Ni les relations médiatiques de l'Université Laval ni celles de Guelph n'ont pu trouver de porte-parole à ce sujet. À l'ITA, les porte-parole Annie Mercier (La Pocatière) et Annie Marcotte (Saint-Hyacinthe) ont déclaré que «ce type de sujet à risque litigieux ne fait pas partie du type d'entrevue que nos professeurs accordent habituellement». Ils ont dirigé La Presse au ministère de l'Agriculture du Québec.

Et l'entreprise agroalimentaire Monsanto? Trish Jordan, porte-parole de la firme au Canada, indique que M. Séralini n'a jamais demandé de semences. Depuis Winnipeg, Mme Jordan explique que les chercheurs peuvent demander à Monsanto des semences pour une étude spécifique et qu'elles leur seront envoyées si leur protocole de recherche et leur réputation scientifique sont adéquats. Dans le cas de M. Séralini, Mme Jordan doute que Monsanto lui ait accordé ses semences (il a été accusé au moins une fois d'avoir des méthodes statistiques inappropriées). Des institutions d'enseignement québécoises ont aussi des ententes larges avec Monsanto, ce qui signifie que leurs chercheurs n'ont pas à demander une permission pour chaque étude.

Autre détail inusité de l'approche de M. Séralini: il a exigé des journalistes ayant reçu l'étude avant sa publication de ne pas l'envoyer à d'autres scientifiques pour obtenir des commentaires. Les journalistes récoltent ce genre de commentaires afin d'avoir des questions pointues à poser en conférence de presse, lors du dévoilement des études. Dominique Michaud, de l'Université Laval, confirme que des journalistes avec qui il s'est entretenu ont eu de tels documents à signer.

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