Des personnes âgées plein les urgences

Hier, le taux moyen d'occupation des urgences de... (Photo: François Roy, La Presse)

Agrandir

Hier, le taux moyen d'occupation des urgences de Montréal était de 141%.

Photo: François Roy, La Presse

Le taux moyen d'occupation des urgences de Montréal était de 141% hier, soit 8% de moins que la veille. Mais, en banlieue, l'hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, et l'Hôpital de Saint-Eustache enregistraient des taux d'occupation de 256% et 304% respectivement. Le vieillissement accéléré de la population, dans ces deux régions, est lourd de conséquences. À Saint-Eustache, 60% des civières des urgences étaient occupées par des personnes âgées de 65 ans et plus, hier.

L'hôpital Pierre-Le Gardeur ne possédait pas de statistiques à jour. «Mais jeudi à 15h, 93 de nos 98 civières étaient occupées par des personnes âgées de 65 ans et plus», note la responsable des communications de l'hôpital, Lyne Lebrun.

«Entre 60% et 70%, c'est ce qu'on observe un peu partout. Au Québec, le système de santé est bâti autour de l'hôpital. Or, on sait que pour les patients âgés atteints de maladies chroniques, l'hôpital n'est pas la meilleure façon d'être pris en charge», mentionne l'urgentologue Alain Vadeboncoeur.

Dans un article publié jeudi dans le quotidien La Tribune, le Dr Réjean Hébert, gériatre et doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke, affirme que «85% des allocations pour les soins de longue durée vont aux institutions par rapport à seulement 15% aux soins à domicile». «Il devrait y avoir un meilleur équilibre avec les soins à domicile», croit le Dr Vadeboncoeur.

Le président de l'Association de défense des droits des retraités et préretraités, Louis Plamondon, estime que le Québec fait preuve de «négligence sociale» dans la prise en charge des personnes âgées. «Ça crée de la pression aux urgences. Prenez par exemple le fait que 60% des aînés en centre d'hébergement souffrent de dénutrition. Tout ça contribue à leur affaiblissement général et les mène vers les urgences», affirme M. Plamondon.

En 2005, 20,3% des patients soignés aux urgences de l'Hôpital de Saint-Eustache étaient âgés de 75 ans et plus. «Aujourd'hui, elles sont 25%», affirme la responsable des communications au centre de santé et de services sociaux du Lac-des-Deux-Montagnes, Lyne Des Trois Maisons.

Même son de cloche à l'hôpital Pierre-Le Gardeur, dont les urgences sont occupées à plus de 200% depuis le 1er janvier. En 2004, 19% des patients avaient plus de 75 ans. Aujourd'hui, c'est le cas de 24% des patients.

La porte-parole de l'opposition officielle sur la question des aînés, Lisette Lapointe, croit que si les personnes âgées avaient un médecin de famille ou bénéficiaient de soins à domicile adéquats, elles seraient moins nombreuses à se rendre aux urgences. «Actuellement, le gouvernement refuse de régler le problème de première ligne et recule dans les soins à domicile. Au CSSS Jeanne-Mance, à Montréal, on met sur une liste d'attente les aînés qui ont besoin de soins à domicile!» dénonce-t-elle.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, soutient que les personnes âgées de 75 ans et plus représentent entre 40% et 60% des jours-présence aux urgences. «Ces gens sont plus fragiles de façon générale. Ce n'est pas nécessairement le système et les services qui sont mal organisés», dit le ministre, qui ajoute que même si les soins à domicile étaient optimaux au Québec, les aînés très malades devraient quand même se rendre à l'hôpital.

Quant à la crise qui touche les urgences depuis le début de l'année, M. Bolduc affirme que cela se produit chaque année. Il se défend de n'avoir rien fait et se réjouit de ce que seulement neuf hôpitaux, de la centaine que compte la province, sont actuellement en crise. «On avait prévu la crise. À l'hôpital Pierre-Le Gardeur, on a ouvert des lits en CHSLD. Avant Noël, 107 personnes attendaient une place en CHSLD à l'hôpital. Là, on parle de 52. À Saint-Eustache, on a annoncé l'ajout de neuf civières aux urgences. Et d'ici à l'été, 80 lits seront ajoutés dans l'hôpital», affirme le ministre.

Selon lui, certaines situations restent toujours imprévisibles. «Comme cette année, il y a la grippe qui arrive plus tôt et la gastro. On tente de tout prévoir, mais on ne peut pas», note M. Bolduc.




publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer