Des herbes ou une piqûre?

Quand le pédiatre sherbrookois Serge Thérien a commencé à s'intéresser aux... (Illustration La Presse)

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Quand le pédiatre sherbrookois Serge Thérien a commencé à s'intéresser aux médecines parallèles, il y a une trentaine d'années, son approche lui a valu des sourires moqueurs de la part de ses collègues.

Peu d'information circulait alors au Québec sur les approches complémentaires en médecine. Le Dr Thérien écoutait les parents qui lui racontaient avoir utilisé tel ou tel truc avec leurs enfants. Quand cela semblait avoir fonctionné, il en parlait aux parents d'autres jeunes patients.

Peu à peu, il s'est intéressé à l'herboristerie, puis à l'oligothérapie et à l'homéopathie. Quelque 35 ans plus tard, il est l'un des rares médecins québécois qui allient médecine traditionnelle et complémentaire. On parle d'ailleurs de plus en plus de «médecine intégrative».

«Ça reste toujours complémentaire à la médecine classique parce que la base reste la médecine. Mais au fur et à mesure que l'on s'ouvre à d'autres approches complémentaires, le nombre de possibilités pour aider l'enfant, l'adolescent ou l'adulte augmentent», explique le Dr Thérien.

Il n'hésite pas à suggérer l'homéopathie en complément de traitement pour des enfants qui souffrent de problèmes respiratoires, de congestion nasale ou de douleurs aux oreilles. Pour des problèmes musculo-squelettiques, il dirige ses patients vers des massothérapeutes, des ostéopathes ou des chiropraticiens.

Beaucoup d'intérêtde la part du patient

L'intérêt de la population pour les médecines complémentaires est grandissant au Québec. En 10 ans, de 1994 à 2003, le pourcentage de Canadiens qui ont eu recours à un praticien en médecine complémentaire est passé de 7,3 à 13%, révèle une enquête de Statistique Canada.

Certains se tournent vers les médecines complémentaires parce qu'ils ne veulent pas intoxiquer leur corps en prenant des médicaments.

D'autres cherchent une solution là où la médecine n'est pas en mesure de les aider. C'est le cas de nombreuses personnes qui souffrent de maux de dos chroniques et qui se tournent vers des approches comme la chiropratique ou l'ostéopathie.

D'autres encore sont en quête d'un bien-être global. Ce n'est pas par hasard si la massothérapie, la relaxation, le yoga ou le taï chi sont de plus en plus populaires.

Il faut distinguer la santé de la médecine, précise en ce sens le Dr Thérien. «Beaucoup pensent que la santé appartient au docteur. C'est la médecine qui appartient au docteur parce que c'est lui qui détient le droit de diagnostic et de traitement. Mais la santé appartient à la personne.»

Professeure titulaire de la chaire de recherche en approche intégrée en santé de l'Université Laval, la Dre Sylvie Dodin abonde dans son sens. Cette gynécologue et chercheuse-clinicienne s'est d'abord intéressée aux médecines complémentaires pour le traitement de la ménopause.

«L'intérêt des gens pour ces approches est aussi un signe que notre société ne répond pas aux besoins de la population en matière de santé. Les gens recherchent une prise en charge globale de leur santé et ils se tournent vers d'autres approches pour combler un manque», croit la Dre Dodin.

C'est ce qui a mené Julie vers un naturopathe. Son bambin de 2 ans était souvent malade et elle était constamment chez le médecin. Mais lorsqu'il lui a prescrit antibiotiques et inhalateur de cortisone après quelques minutes seulement de consultation, elle a ressenti un malaise.

Le naturopathe l'a plutôt guidée vers les huiles essentielles en lui conseillant d'installer un diffuseur dans la chambre de son enfant. Il s'est aussi interrogé pour savoir si une intolérance alimentaire était en cause.

«Jamais un médecin ne m'avait parlé de cela», dit Julie. Est-ce que les approches complémentaires ont réellement aidé son fils? Chose certaine, la famille a procédé à certains changements dans ses habitudes de vie, et l'automne dernier personne n'a été malade, affirme Julie.

Ouverture timide

La communauté médicale s'ouvre elle aussi aux médecines complémentaires, mais plus timidement.

Il faut dire que le Collège des médecins du Québec surveille ses membres de près. Traditionnellement, l'organisation n'a pas montré beaucoup d'enthousiasme face aux médecines complémentaires.

En fait, la médecine scientifique doit primer en tout temps, explique le président et directeur général du Collège, le Dr Yves Lamontagne.

«Nous avons deux tolérances: quand tous les traitements reconnus ont été épuisés, dans le cas d'une maladie en phase terminale par exemple, ou si le médecin utilise un traitement reconnu associé à un traitement homéopathique, par exemple pour traiter l'asthme. De cette façon, il y aura au moins un effet placebo.»

À ce jour, encore peu de médecins possèdent des connaissances dans les approches alternatives. Par contre, plusieurs dirigent leurs patients vers des thérapeutes qui pratiquent des médecines complémentaires, ce qui n'était pas le cas il y a une dizaine d'années.

Mais pour les médecins, ces approches doivent avoir fait leurs preuves. C'est la grande difficulté puisque les études sur l'efficacité des approches complémentaires ne sont pas toujours concluantes.

«L'effet placebo est très important. On doit aussi le dire au patient», souligne la Dre Dodin en invitant les gens à la prudence et au sens critique.




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