Saint-Jérôme: plus de la moitié des églises menacées de fermer

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Une soixantaine de fidèles, surtout des personnes âgées, participent généralement à la messe dominicale à Saint-Antoine.

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Isabelle Ducas
La Presse

La fermeture éventuelle de plus de la moitié des églises du diocèse de Saint-Jérôme, envisagée par l'évêché, provoque une levée de boucliers de la part de paroissiens, déçus du manque d'écoute des autorités ecclésiastiques.

Le diocèse pourrait mettre la clé sous la porte de 33 de ses 54 églises actuelles, dans le cadre d'une opération de rationalisation visant à consacrer ses ressources financières à sa mission de base : transmettre la parole de Jésus.

Comme les fidèles ont déserté les églises catholiques, il n'est plus justifié de conserver autant de lieux de cultes, explique le vicaire général du diocèse, Martin Tremblay.

«Notre mission, c'est de transmettre la foi, pas d'être des gestionnaires d'édifices patrimoniaux, souligne-t-il. On a hérité de ces bâtiments, parfois magnifiques, mais plusieurs ne répondent plus à nos besoins. Consacrer nos revenus à chauffer de grands bâtiments vides plutôt que de payer notre personnel, ça ne correspond pas à notre mission.»

Sur les 36 paroisses du diocèse, seulement sept n'ont fait aucun déficit au cours des dernières années. Plusieurs bâtiments nécessitent des travaux coûteux.

Santé financière

Mais des fidèles qui fréquentent des églises menacées de fermeture sont en colère contre les autorités du diocèse, estimant que les paroissiens n'ont pas été suffisamment consultés.

«Notre église est en bon état, elle est en bonne situation financière, nous avons de bons revenus, il n'y a aucune raison de la fermer», affirme Louise Gallant, mairesse de Sainte-Sophie.

Il lui a été impossible de rencontrer des représentants de l'évêché pour avoir l'heure juste sur leurs intentions et faire valoir son point de vue, déplore-t-elle. Pour tenter d'obtenir une telle rencontre, Mme Gallant est même devenue marguillière au sein du conseil de fabrique de la paroisse, le mois dernier.

À la paroisse Saint-Antoine, la marguillière Marie Lapointe a au contraire démissionné du conseil de fabrique, la semaine dernière, pour protester contre les intentions du diocèse de fermer l'église.

Les marguilliers sont des laïcs élus par les paroissiens pour s'occuper de l'administration des biens de la paroisse, au sein d'un organisme appelé conseil de fabrique, qui peut compter de quatre à six personnes.

«Je me suis engagée pour le bien de la paroisse, mais les autres marguilliers ne veulent rien faire pour éviter la fermeture, et les paroissiens me demandent pourquoi le conseil de fabrique reste les bras croisés», s'insurge Mme Lapointe, qui aurait aimé explorer certaines solutions, avec la communauté, pour permettre le maintien du lieu de culte.

Elle estime que la population n'a pas eu l'occasion de s'exprimer, notamment parce que la seule rencontre d'information sur la survie de l'église a eu lieu dans la paroisse voisine.

Une soixantaine de fidèles, surtout des personnes âgées, participent généralement à la messe dominicale à Saint-Antoine. L'assistance est semblable à Sainte-Sophie, mais elle a augmenté depuis que la mairesse a sonné l'alarme dans les médias locaux.

Document de travail

Le vicaire général Martin Tremblay assure qu'aucune décision n'a encore été prise.

«Mais quand on va dans les autres paroisses, tout le monde nous dit que Saint-Antoine est condamnée», rétorque Marie Lapointe.

La commission diocésaine a diffusé l'été dernier une liste de 33 églises dont elle pourrait se départir, que le vicaire général n'a pas voulu nous transmettre. «Il s'agit d'un document de travail», explique Martin Tremblay. «On ne veut pas alarmer la population, parce que tout peut changer.»

À la suite des consultations des derniers mois, la commission fera d'ici juin prochain ses recommandations à l'évêque, qui décidera ensuite sur quelles églises tombera le couperet.

Quels seront les critères du diocèse pour décider des édifices à conserver? La fréquentation, les services utilisés, la situation géographique et la capacité des locaux à répondre aux besoins de la communauté, répond M. Tremblay. Les paroisses plus riches ne seront pas nécessairement privilégiées, puisque le diocèse envisage les besoins de la communauté dans son ensemble.

Édifices patrimoniaux

«Le caractère patrimonial des églises ne fait pas partie de nos critères», souligne-t-il.

Le diocèse compte une église ayant le statut de monument historique (celle de Saint-Eustache) et une autre dont la valeur patrimoniale est reconnue (celle d'Oka).

D'autres églises sont anciennes, dont celle de Sainte-Sophie, qui a 150 ans, mais elles n'ont pas de statut patrimonial, ce qui n'empêche pas qu'elles puissent occuper une place centrale dans plusieurs villages.

La décision de fermer une église n'est jamais facile, indique le vicaire général Martin Tremblay. «Les gens sont en colère contre nous, on passe pour les méchants, personne n'aime ça. Nous avons même reçu des lettres de menaces de paroissiens nous disant qu'ils ne viendraient plus à l'église. On se fait accuser de faire de la mauvaise gestion. Mais quand on regarde les chiffres, il est clair que ce n'est pas réaliste de continuer comme ça.»

«Les gens veulent garder leurs églises, mais ils ne les fréquentent pas et ne contribuent pas financièrement», ajoute-t-il.

Les autres diocèses du Québec et du Canada sont confrontés aux mêmes défis, mais la plupart d'entre eux n'ont pas encore attaqué le problème de front en parlant clairement de fermer des églises, note le vicaire général.

Le sort des églises jugées excédentaires n'a pas encore été déterminé, puisqu'on ignore encore lesquelles seront fermées. Mais des acheteurs potentiels se sont déjà manifestés, notamment des promoteurs immobiliers, un centre de taekwondo et d'autres groupes religieux.

«Ce n'est pas notre but de fermer des églises, mais elles sont devenues un fardeau qui nuit à la transmission de la foi», conclut le vicaire général.

***

LES LIEUX DE CULTE AU QUÉBEC

Depuis 2011, 40 lieux de culte en moyenne ferment chaque année au Québec.

Depuis 2003, 500 lieux de culte ont été fermés, vendus ou transformés au Québec, soit 18% des édifices.

Près de 150 lieux de culte ont été vendus ou cédés à des municipalités ou au secteur public.

Une cinquantaine de lieux de culte ont été transférés à des OBNL liés au milieu culturel, communautaire ou social.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec




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