Terrebonne est essoufflée

La Ville de Terrebonne peine à suivre le... (Photo Olivier PontBriand, La Presse)

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La Ville de Terrebonne peine à suivre le rythme de croissance de sa population, avec le résultat que son administration présente des signes d'« essoufflement général », souligne un rapport d'analyse de l'École nationale d'administration publique.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

La Ville de Terrebonne peine à suivre le rythme de croissance de sa population, avec le résultat que son administration présente des signes d'« essoufflement général ».

Ce constat que l'École nationale d'administration publique (ENAP) fait dans un rapport d'analyse de l'administration de Terrebonne, intitulé Les défis d'une mutation en grande ville, est partagé par le maire Marc-André Plante.

« L'ensemble des services municipaux sont en surchauffe à cause du développement continu depuis 20 ans et qui va se poursuivre pour au moins encore une décennie. Faire le passage d'une municipalité de plus de 100 000 habitants a été difficile. »

Le diagnostic établi par l'ENAP est l'occasion d'enclencher une transformation en profondeur, croit M. Plante. D'ici deux mois, son administration présentera un plan pour mettre en place des changements. Déjà, le conseil municipal a créé une commission spéciale qui va suivre à la trace l'évolution du projet.

« Notre enthousiasme est partagé. L'accueil est très positif dans l'appareil municipal », souligne M. Plante.

Dans l'immédiat, les fonctionnaires et les élus qu'a rencontrés l'équipe de l'ENAP ont notamment souligné que Terrebonne, née de la fusion volontaire avec La Plaine et Lachenaie en 2001, « a continué à être gérée comme les trois anciens "villages", avec pour balises seulement deux impératifs politiques implicites : développer le territoire et répondre positivement à toutes les demandes individuelles des citoyens ». De ce point de vue, Terrebonne a réussi, en misant sur la croissance urbaine et l'amélioration des services (parcs, sports, loisirs), souligne le rapport.

CHANGEMENT DE CULTURE

Il ressort également que l'administration de Terrebonne fait face à un manque d'effectifs, connaît des problèmes d'informatique (on parle même de la « stratégie du retard »), un manque de formation et des relations de travail tendues. S'ajoute à ce portrait l'inquiétude qui est liée à l'enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) qui vise l'ancien maire Jean-Marc Robitaille et sa garde rapprochée.

Des perquisitions menées par l'UPAC à l'été 2016 ont créé une « commotion » et écorché la fierté des fonctionnaires. « L'organisation municipale s'est retrouvée dans un certain désarroi », peut-on lire dans le rapport.

Cette situation n'est pas étrangère aux problèmes éthiques. L'ENAP relate le témoignage de « certaines directions » de la Ville, qui soulignent que « la proximité avec les fournisseurs était monnaie courante et l'exemple venait du sommet de l'appareil municipal ». Mais on indique aussi que « les risques de conflit d'intérêts dans ce genre de fréquentation n'étaient même pas perçus ».

En fait, il est souligné que des consignes émanaient du cabinet du maire pour des traitements particuliers, « notamment pour l'octroi des contrats ».

Des gestes ont toutefois été faits pour redresser la situation, rappelle le professeur Gérard Divay, de l'ENAP, qui a orchestré les travaux auprès de Terrebonne. Mais il semble que le virage éthique n'en est qu'à ses débuts. « L'éthique est un élément majeur. Certaines personnes n'y voient qu'une série de règles et de choses à ne pas faire. Mais ce n'est pas que des contraintes. Ce sont des valeurs de service public qui amènent à réfléchir sur ce que l'on fait. »

Le maire Plante abonde dans le même sens et mesure le défi qui attend sa municipalité et qui pourrait s'étendre sur trois ou quatre ans. « Il ne s'agit pas seulement d'assurer la légalité des gestes au sein de l'administration municipale. Il faut développer une culture générale qui soit éthique. »

***

PRÉCÉDENT À LAVAL

La Ville de Laval a été la première municipalité à se lancer dans une vaste réorganisation de son administration avec l'aide de l'ENAP. C'était en 2013, au lendemain de l'élection du maire Marc Demers et, surtout, après la mise en accusation de l'ancien maire Gilles Vaillancourt et de 36 autres personnes dont des hauts fonctionnaires, relativement à un système de partage des contrats municipaux. Le redressement s'est enclenché dans tous les recoins de la municipalité : planification stratégique, reddition de comptes, adoption de règles d'éthique, révision de la Charte, adoption d'un plan d'aménagement, pouvoir accru du vérificateur général.




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