Réseau Liberté-Québec: pour en finir avec le modèle québécois

Joanne Marcotte, cofondatrice du Réseau Liberté-Québec... (Photo Érick Labbé, le Soleil)

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Joanne Marcotte, cofondatrice du Réseau Liberté-Québec

Photo Érick Labbé, le Soleil

(Québec) Le Réseau Liberté-Québec (RLQ) naît officiellement aujourd'hui. Plus de 450 personnes sont attendues à Sainte-Foy pour les ateliers et conférences de son premier événement. Le RLQ ne veut pas devenir un parti politique. Plutôt un groupe de réseautage pour «déplacer le centre vers la droite», comme annonce sa porte-parole, l'ancienne militante adéquiste Joanne Marcotte. Au programme aujourd'hui: discussions sur l'équité intergénérationnelle, le climato-scepticisme, la redéfinition du nationalisme, le rôle des médias et une certaine vision de la liberté.

Ce qui est intéressant avec la pensée unique, c'est qu'il en existe plusieurs. On connaît la pensée unique de la droite néolibérale, dénoncée par Québec solidaire et des militants de gauche. Mais il en existe une autre, celle en faveur du modèle québécois, foi de Joanne Marcotte.

«Bien voyons! Au Québec, il faut que tu sois de gauche, lance la porte-parole du Réseau Liberté-Québec. Le PLQ et le PQ, c'est la même chose, ils sont attachés au modèle québécois», lance-t-elle.

Et ce modèle deviendrait un boulet. «Si ça marchait, on le saurait», résume-t-elle, souriante, dans un restaurant de Sainte-Foy qui sert des déjeuners à la chaîne.

Elle hésite avant d'argumenter davantage. Peut être parce que la thèse lui semble trop évidente. «Le constat est tellement clair! Tout le monde sait ce qu'on doit faire.»

Mais personne ne le fait, note-t-elle, un peu découragée. Et elle ne veut pas grossir les rangs de la machine gouvernementale pour la réformer de l'intérieur. «Ça ne peut pas se faire dans un parti en ce moment, j'en suis convaincue.»

On ne peut lui reprocher de ne pas avoir essayé. Bachelière en informatique de génie, Joanne Marcotte est devenue militante adéquiste en 2003. En 2006, elle a réalisé le documentaire L'illusion tranquille, un brûlot contre le modèle québécois, financé sans subvention. Mario Dumont l'a ensuite nommée au comité Castonguay qui étudiait le financement du système de santé. Elle poursuit maintenant une maîtrise en affaires publiques à l'Université Laval.

Les ex-ministres péquistes François Legault et Joseph Facal, qui prépareraient un nouveau mouvement politique, ont refusé l'invitation du RLQ. Le député conservateur Maxime Bernier y sera. Tout comme le nouveau chef de l'ADQ, Gérard Deltell.

Mais Mme Marcotte a officiellement quitté le navire adéquiste. Un navire qui ressemble à une épave, à en juger par ses propos. «Honnêtement, je ne sais pas où l'ADQ s'en va, avoue-t-elle. Juste se tenir debout, ça semble difficile. Il doit y avoir beaucoup de difficultés de gestion à l'interne.»

Le RLQ ne deviendra pas un parti, insiste-t-elle. L'organisme à but non lucratif veut faire la promotion des idées de «liberté et de responsabilité». Un peu à l'image du Manning Center for Building Democracy, think tank du Canada anglais fondé par Preston Manning.

«Il existe plein de lobbys de gauche. On voit les syndicats et les environnementalistes sur toutes les tribunes. Ils en ont le droit et ils le font bien. Mais il manque un contrepoids. On veut l'exercer pour ramener le centre plus à droite.»

Liberté, ô liberté

Liberté. Le mot revient souvent dans le programme du RLQ. De quelle liberté parle-t-on? On peut se référer à la célèbre définition du défunt politologue Isaiah Berlin. Il faisait une distinction entre les libertés positive et négative (sans connotation péjorative).

La liberté négative, c'est quand l'État n'entrave pas les actions d'un individu, par exemple en le forçant à choisir un type d'école ou en lui interdisant de fumer à certains endroits.

Selon l'autre définition, la liberté n'aurait de sens que si on détient certaines conditions minimales pour l'exercer. Par exemple, manger à sa faim et être en santé.

Joanne Marcotte semble surtout souscrire à la première définition. Le dégraissage de l'État est pour elle une question d'efficience. Et parfois aussi une question de principe. «Il y a des libertariens dans le RLQ, mais ce n'est pas mon cas. L'État doit jouer un rôle, comme avec les routes et la banque centrale. Mais pourquoi m'empêcherait-on de payer pour avoir une assurance privée pour ma santé?»

Elle salue le «travail de défrichage» du groupe des lucides. «Ils ont montré que le modèle québécois n'était plus soutenable. Et ça, c'était en 2005, en pleine croissance économique. Leur solution était de mieux le financer avec plus de tarification, moins d'impôt. Parfait, c'est bien. Mais ça ne suffit plus aujourd'hui. Il faut carrément sortir de notre dépendance à l'État. Chacun doit devenir plus responsable de ses frais de garderie et d'éducation.»

On ne peut l'accuser d'être inconséquente. Elle s'oppose au financement public d'un nouveau Colisée de Québec, même si plusieurs de ses militants proviennent de la région.

Le premier événement du RLQ affiche complet, grâce à un «afflux imprévu de plus de 450 personnes». On y parlera d'environnement, de médias, d'économie et de nationalisme. Mais pas d'avortement ou de peine de mort. Les pro-vie et les autres groupes de conservateurs sociaux n'ont pas été invités. «Ça serait une diversion, explique Joanne Marcotte. On ne veut même pas se prononcer sur ces sujets-là, on ne s'y intéresse pas. On se fixe d'autres priorités.»

Sceptiques

L'ex-ministre péquiste Jacques Brassard et le sismologue Reynald Du Berger animeront un atelier sur le climato-scepticisme. Pourquoi ne pas avoir invité un climatologue? «Mais ça, on en voit partout dans les journaux», répond Joanne Marcotte. Sur son site, le RLQ annonce qu'on entendra un «discours important que l'élite médiatique traditionnelle refuse de diffuser».

Choisi-t-on la conclusion avant d'entendre les arguments? «Non, dit Joanne Marcotte. Elle assure ne pas être une idéologue. Ce n'est vraiment pas moi, ça, dit la passionnée de politiques publiques. Tout ce qui m'intéresse, c'est que ça marche.»

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