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François Blais écorche son propre ministère

Devant des représentants d'universités québécoises, François Blais a réaffirmé... (PHOTO PC)

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Devant des représentants d'universités québécoises, François Blais a réaffirmé son intention d'imposer des conditions d'admission plus sévères au baccalauréat en enseignement.

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(Québec) Le ministère de l'Éducation est «vieillot», lent, s'appuie sur peu de données fiables, et des fonctionnaires pourraient être invités à «relever de nouveaux défis ailleurs». C'est le ministre François Blais lui-même qui le dit, selon un document obtenu par La Presse.

Ce document, qui circule dans le milieu universitaire, est le compte rendu d'une rencontre qui s'est tenue le 18 septembre dernier entre M. Blais et 12 représentants de l'Association des doyens, doyennes et directeurs, directrices pour l'étude et la recherche en éducation au Québec (ADEREQ). Ceux-ci travaillent pour l'Université de Montréal, l'UQAM, l'Université McGill et l'Université Laval, entre autres.

Joint par La Presse hier, M. Blais a affirmé qu'il ne se souvient pas d'avoir qualifié son ministère de «vieillot», mais il a reconnu que celui-ci a du travail à faire pour récolter plus de «données fiables». Le ministre a tenu à dire qu'il a «le plus grand respect pour la fonction publique».

Peu de données fiables

Lors de la rencontre du 18 septembre, François Blais a informé l'ADEREQ de son intention d'imposer des conditions d'admission plus sévères au baccalauréat en enseignement, un plan que La Presse a révélé le printemps dernier. Mais au passage, il a parlé en termes peu élogieux de son propre ministère, selon le compte rendu de quatre pages.

«Il s'inquiète du fait que son Ministère soit "vieillot", que les gens "travaillent très peu avec les résultats de la recherche". Il s'étonne du peu de données fiables dont il peut disposer et de la lenteur avec laquelle les réponses arrivent», peut-on lire. Les passages entre guillemets, comme le mot «vieillot», se trouvent dans le document et seraient donc les mots utilisés par le ministre ce jour-là.

Résistances

Toujours selon le compte rendu, un membre de l'Association, non identifié, tient des propos qui vont dans le sens de ceux du ministre.

Il soutient qu'«il serait possible d'améliorer le curriculum de formation dans les écoles grâce à une meilleure utilisation des résultats de la recherche, mais qu'il y a des résistances au sein du Ministère. Les experts invités sont souvent sélectionnés en fonction de leur position épistémologique cohérente avec celle de certains fonctionnaires. L'utilité d'un organisme plus neutre, qui éclairerait les décisions sur la base des données probantes, est mentionnée».

Le ministre précise à deux occasions qu'il «travaille pour le gouvernement et pas pour le Ministère», qu'il «n'est pas là pour représenter le Ministère ou défendre les fonctionnaires». «On peut inviter les gens «à relever de nouveaux défis ailleurs» », va-t-il jusqu'à dire, selon le document.

Le Conseil supérieur de l'éducation écorché

Le ministre est hésitant au sujet de la création d'un «institut» indépendant. Il se demande si un tel organisme serait susceptible d'amener le Ministère à se «transformer». Un Conseil supérieur de l'éducation (CSE) existe déjà pour aider le ministre, mais François Blais l'écorche.

«Le ministre mentionne le CSE et le fait que certains dispositifs ont peut-être eu leur utilité, mais ne s'avèrent plus si pertinents actuellement.»

Un membre de l'Association cite en exemple le secteur de la santé, où «des structures indépendantes et complémentaires conseillent le Ministère», comme l'INSPQ et l'INESSS.

Les propos tenus en privé par le ministre apportent un éclairage sur au moins l'une de ses déclarations publiques récentes.

Au moment d'annoncer l'abandon du projet de fusions de commissions scolaires, il avait expliqué que les «hypothèses» au sujet des économies qui pourraient être dégagées «n'étaient pas assez robustes». Or son ministère travaillait sur ces hypothèses depuis un an, voire plus longtemps encore.

Dans le milieu de l'éducation, les propos du ministre sur les fonctionnaires appelés éventuellement à «relever de nouveaux défis ailleurs» n'étonnent guère.

Des sources observent depuis un moment déjà que l'organigramme du Ministère a été chamboulé depuis que François Blais a remplacé Yves Bolduc en février.

La sous-ministre Marie-Claude Champoux, ancienne attachée de presse de Jean Charest, a été transférée à la Culture. Sylvie Barcelo lui a succédé. Les hauts fonctionnaires à l'Enseignement supérieur, Lise Verreault et Pierre Boutet, ont eux aussi quitté le Ministère.

Rencontre difficile

En entrevue avec La Presse, le ministre Blais a déclaré que la rencontre avec l'ADEREQ avait été «très difficile». Les doyens des facultés d'éducation s'opposent à tout changement dans les conditions d'admission au bac en enseignement, a-t-il déploré. Il confirme néanmoins certains éléments du compte rendu.

«J'ai dit que j'étais d'accord avec eux, que s'ils considéraient qu'on n'utilisait pas assez les données probantes dans les décisions du Ministère, je les suivais entièrement», a-t-il affirmé.

«On a beaucoup de données fiables sur beaucoup de choses, mais on voit que ça nous en prend encore. Il y a beaucoup de choses sur lesquelles on peut encore travailler au Ministère pour aller chercher des données fiables.»

Malgré tout, «on ne prend pas ici des décisions à l'aveugle», a-t-il insisté.

Il se dit «très satisfait de la dynamique actuelle» au Ministère. Il ajoute toutefois qu'«il y a des enjeux comme partout ailleurs dans toutes les organisations». Il n'est pas entré dans les détails.

«Ce n'est pas toujours facile pour la fonction publique de s'adapter à un nouveau gouvernement, un nouveau ministre», a-t-il signalé. Les fonctionnaires ont toutefois prouvé dans le passé qu'ils sont «capables de s'adapter», selon lui.

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