La crise des médias est une menace pour la démocratie, selon un rapport

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En raison des effets pervers de cette crise sur la diversité et la qualité de l'information, le gouvernement fédéral doit intervenir en mettant notamment sur pied un Fonds pour l'avenir du journalisme et de la démocratie, financé à même une taxe de 10% imposée aux sociétés étrangères, recommande le FPP.

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La crise financière qui secoue l'industrie des médias au pays est telle qu'elle constitue une menace pour la santé de la démocratie canadienne, soutient le Forum des politiques publiques (FPP) dans un rapport percutant rendu public hier.

En raison des effets pervers de cette crise sur la diversité et la qualité de l'information, le gouvernement fédéral doit intervenir en mettant notamment sur pied un Fonds pour l'avenir du journalisme et de la démocratie, financé à même une taxe de 10% imposée aux sociétés étrangères telles Google et Facebook qui s'enrichissent grâce au marché publicitaire numérique au Canada sans produire de contenu de nouvelles canadiennes, recommande le FPP.

Ce fonds, qui pourrait atteindre entre 300 et 400 millions de dollars par an, pourrait ensuite servir à financer des projets visant à soutenir l'industrie des médias au pays et l'innovation à l'ère numérique, a indiqué le président et directeur général du FPP, Edward Greenspon, un ancien rédacteur du Globe and Mail et ancien cadre au Toronto Star. Le gouvernement fédéral serait toutefois appelé à injecter 100 millions pour lancer les opérations de ce nouveau fonds.

«Pour les décideurs politiques canadiens, la question n'est pas de savoir si certains médias sont en difficulté, mais plutôt si la démocratie elle-même est en péril.» - Extrait du rapport intitulé Le miroir éclaté - nouvelles, démocratie et confiance dans l'ère numérique, qui a été remis à la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly

M. Greenspon a d'ailleurs donné un exemple frappant : pendant quelques mois l'an dernier, on ne comptait aucun journaliste à temps plein qui couvrait l'Assemblée législative de la Saskatchewan en raison des compressions dans les médias.

Le constat du FPP est donc brutal : les revenus publicitaires des médias traditionnels sont en chute libre; un tiers des postes de journalistes ont été perdus au cours des six dernières années; des journaux ont fermé leurs portes. Pendant ce temps, deux entreprises étrangères - Facebook et Google - gobent 82,4% de la publicité numérique au Canada et 70 % des recettes, sans payer d'impôt au Trésor fédéral, laissant des miettes aux médias canadiens.

À la demande de la ministre Joly, le FPP a passé les six derniers mois à sillonner le pays et à consulter les représentants des médias comme La Presse, Le Devoir, Radio-Canada, le Toronto Star et The Globe and Mail, afin de déterminer l'ampleur de la crise et d'identifier des pistes de solution

«C'est un fait indéniable : l'état du journalisme et, par conséquent, de la démocratie s'empire. La baisse à deux chiffres des revenus publicitaires s'est propagée des quotidiens aux journaux communautaires et aux téléactualités locales et traditionnelles. Les revenus d'annonces numériques pour les journaux sont coincés aux mêmes niveaux qu'il y a 10 ans, et moins de 10% des Canadiens affirment être prêts à payer pour accéder aux informations numériques», a expliqué M. Greenspon en présentant son rapport et ses recommandations.

Une innovation soulignée

Dans ce tour d'horizon sombre, le FPP souligne le travail de La Presse qui a su innover en lançant un modèle d'affaires qui mise sur le numérique et la tablette. «Parmi les entreprises de presse établies, celle qui se démarque le plus est La Presse, dont l'expérience audacieuse consistant à transformer son journal en une application pour tablette a été rendue possible en partie par les importants capitaux de ses propriétaires. [...] Mais ce qui est avant tout remarquable, c'est la détermination avec laquelle la direction a opté pour cette stratégie en 2011 et l'a poursuivie sans jamais sourciller», note-t-on dans le rapport de 103 pages.

«J'ai été heureux de constater la qualité générale du rapport Greenspon, lequel souligne à grands traits le rôle essentiel des médias en démocratie et l'obligation de se pencher sur les moyens de s'assurer qu'ils puissent continuer de le jouer dans le contexte actuel, tout en maintenant une saine distance dans l'intervention gouvernementale.» - Pierre-Elliot Levasseur, président, La Presse

Dans son rapport, le FPP formule une douzaine de recommandations. Outre les modifications à la Loi de l'impôt sur le revenu pour les publicités sur internet, le FFP propose de mettre fin à la publicité en ligne sur les sites de Radio-Canada/CBC, de confier à La Presse canadienne le mandat de créer un service dédié à la couverture de nouvelles locales et régionales, d'offrir un soutien aux médias qui couvrent les affaires autochtones et de créer un institut de recherche permanent pour étudier l'incidence des nouvelles sur l'état de la démocratie canadienne.

Il propose également de revoir les règles d'équité de la Loi sur le droit d'auteur afin de permettre aux créateurs de contenu de nouvelles de mieux contrôler ce que devient leur propriété intellectuelle.

«Au nombre des éléments clés du rapport, le programme de soutien constitue selon moi une approche moderne qui encourage notamment la transformation des entreprises de presse qui doivent s'adapter pour assurer leur avenir et cet incitatif est une excellente nouvelle», a d'ailleurs souligné M. Levasseur.

Réactions du gouvernement trudeau

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, reconnaît que les médias d'information traversent une crise. «Notre gouvernement est conscient qu'un écosystème de médias d'information offrant des nouvelles fiables, locales et dynamiques est un des piliers de la démocratie. Il reconnaît également que les médias d'information font face à de grandes difficultés. [...] Ce rapport sera l'une des nombreuses sources de données que nous étudierons dans le cadre de nos consultations sur le contenu canadien dans un monde numérique. Il est prématuré de spéculer sur des changements de politiques à ce stade-ci», a indiqué Pierre-Olivier Herbert, porte-parole de la ministre Joly.




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