Le « roi du cannabis » débarque à Montréal

Le propriétaire d'une chaîne de magasins de cannabis... (Photo Darryl Dyck, archives La Presse Canadienne)

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Le propriétaire d'une chaîne de magasins de cannabis en Colombie-Britannique et en Ontario, Don Briere, prévoit depuis longtemps ouvrir une boutique à Montréal.

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Don Briere, un homme d'affaires au lourd passé criminel à la tête d'une chaîne qui a pour ambition de devenir le Tim Hortons de la marijuana, s'apprête à ouvrir un magasin de cannabis à Montréal.

Dans une entrevue accordée à La Presse, l'homme de 64 ans, qui a fait quatre ans de prison pour avoir exploité illégalement un vaste réseau de culture de cannabis en Colombie-Britannique, a juré qu'il était sur le point de signer un bail dans un espace commercial du centre-ville. 

Sa chaîne, Weeds Glass & Gifts, profite en Colombie-Britannique d'une zone grise touchant les lieux de vente de cannabis à des fins médicales. Elle compte une vingtaine de magasins à Vancouver et Toronto, dans lesquels toute personne majeure peut se procurer - sur la foi d'une simple lettre signée par un naturopathe - du cannabis sous toutes ses formes. Dans un des magasins de Toronto, il est même possible de consommer du pot sur place, pour la somme de 5 $. Les policiers y ont d'ailleurs mené une descente, le mois dernier. Deux des copropriétaires ont été arrêtés, mais M. Briere, épargné par la frappe, a promis de rouvrir l'établissement rapidement.

«Nous sommes en phase d'expansion, et Montréal fait partie de mes plans depuis longtemps,»

-Don Briere, propriétaire de la chaîne Weeds Glass & Gifts

Il répète depuis l'élection de Justin Trudeau qu'il souhaite ouvrir de nouveaux commerces à Montréal, Québec, Calgary, Edmonton et Toronto. 

« Je vous assure que nous allons signer le bail à Montréal au cours des prochains jours », affirme celui qu'on surnomme le "King of cannabis" en Colombie-Britannique. « Nous avons trouvé l'endroit. Il ne nous reste qu'à repeindre et à installer les barreaux dans les fenêtres. Nous visons la mi-février ou, au pire, la fin du mois, pour l'ouverture. » 

Récemment, l'Association industrielle canadienne du cannabis médical (AICCM), qui représente les intérêts des 27 producteurs de marijuana autorisés détenant un permis de Santé Canada, a formellement demandé au gouvernement fédéral de faire fermer la centaine de dispensaires médicaux qui ont poussé comme des champignons au pays. L'entreprise de M. Briere, en particulier, est dans la ligne de mire de l'Association, qui dénonce le fait que Weeds Glass & Gifts s'approvisionne auprès d'une trentaine de petits producteurs de cannabis ne détenant aucun permis. 

« Ce que fait M. Briere, c'est carrément illégal, tranche Colette Rivet, directrice de l'AICCM. La marijuana produite par nos membres est inspectée, contrôlée et ne contient aucun contaminant. Nous avons mis en place un système de rappel, pour assurer la sécurité du public. Les entreprises comme celle de M. Briere vendent un produit qui ne répond pas à ces standards », déplore-t-elle. Adam Greenblatt, directeur de la Clinique Santé-Cannabis de Montréal, craint par ailleurs que l'attitude « cowboy » de Don Briere ne nuise à la cause des dispensaires de cannabis. « Je suis parfaitement d'accord pour que les dispensaires médicaux de marijuana deviennent des lieux de vente de cannabis récréatif, mais il faut des règles strictes », croit-il. 

ADOLESCENTS ET HELLS ANGELS

Les magasins de M. Briere ont la réputation d'être particulièrement laxistes en matière de contrôle. Des enquêtes du Vancouver Sun ont révélé qu'il était possible de s'y procurer du cannabis sans même avoir de carte d'assurance maladie. En avril dernier, des policiers de Vancouver ont déclaré, dans des documents de cour, avoir vu une adolescente s'y procurer de la marijuana sans que son âge soit vérifié par le personnel. 

Toujours selon le Vancouver Sun, Don Briere aurait par ailleurs été menacé en avril dernier par des membres des Hells Angels, qui voulaient l'empêcher d'ouvrir un commerce au centre-ville de Vancouver. L'enquête aurait avorté devant le refus de l'homme d'affaires de collaborer. M. Briere dément aujourd'hui la véracité des faits rapportés dans la plainte. 

ÉCHEC D'UNE CHAÎNE DE VANCOUVER

Contrairement à Vancouver et Toronto, qui ont vu une centaine de dispensaires de marijuana à des fins médicales pousser sur leurs territoires ces dernières années, Montréal a échappé à ce phénomène. La chaîne de dispensaires Eden Medicinal Society, de Vancouver, a tenté d'ouvrir un magasin rue Amherst à Montréal, l'an dernier, mais les policiers ont fait fermer le commerce en janvier 2015, après quelques semaines d'exploitation.

Seul le Centre Compassion de Montréal, boulevard Saint-Laurent, semble épargné par les frappes policières. 

« La guerre contre le pot est terminée, croit cependant Don Briere. Nous avons élu un gouvernement qui veut légaliser le cannabis. Mes magasins perçoivent la TPS et la taxe de vente provinciale, et nos employés paient des impôts sur leurs salaires. Si on tente de nous forcer à fermer, nous dénoncerons vigoureusement ce geste en plaidant qu'il s'agit d'un gaspillage criminel d'argent public », ajoute-t-il.

Don Briere en cinq temps

1972-1976

Accusé en Colombie-Britannique de possession de narcotiques dans le but d'en faire le trafic, de possession d'armes à feu prohibées et de blanchiment d'argent. 

1999

Reconnu coupable d'avoir exploité l'un des plus vastes réseaux de production de marijuana en Colombie-Britannique, il écope de quatre ans de prison. 

2004

En liberté sous condition, Don Briere ouvre à Vancouver le café Da Kine, où on peut se procurer de la marijuana facilement. Le SWAT finira par débarquer et fermer l'endroit. Après trois ans de procédures judiciaires, l'homme d'affaires écopera de deux ans et demi de prison. 

2005

Toujours incarcéré, il se présente comme candidat du Parti marijuana aux élections provinciales de la Colombie-Britannique. Il obtiendra 243 voix. 

2012-2013

Il se lance dans les dispensaires médicaux. Sa chaîne Weeds Glass & Gifts devient rapidement l'une des plus importantes du pays. L'homme d'affaires vend ses franchises 50 000 $, mais s'assure de garder la moitié des actions et de conserver l'exclusivité sur l'approvisionnement et sur le paiement des salaires des employés.

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