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Hommage à une victime des Hells

Le jeune Daniel Desrochers a été tué par... (PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le jeune Daniel Desrochers a été tué par l'explosion d'une bombe placée par les Hells Angels dans ce véhicule, le 9 août 1995, dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

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Montréal soulignera le 20e anniversaire de la mort de Daniel Desrochers, tué par un attentat à la bombe. La tragédie avait incité les forces policières à intensifier la lutte aux motards criminels.

Dimanche matin, quelques dizaines de personnes se rassembleront dans la cour de l'école Saint-Nom-de-Jésus, devant laquelle Daniel Desrochers a perdu la vie le 9 août 1995. Avec l'approbation de la famille, l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve y organisera une cérémonie qui s'annonce sobre et dépouillée afin de commémorer la mémoire de cette innocente victime de la guerre des motards qui faisait rage à l'époque, a appris La Presse.

Aucun grand discours n'est prévu à ce rassemblement qui ne devrait pas non plus déboucher sur des revendications ou un appel à poursuivre la lutte contre les motards criminels. On estime que le simple fait de voir quelques dizaines de personnes se réunir en silence pour commémorer la mort de Daniel Desrochers sera un message puissant.

Le 9 août 1995, le garçon de 11 ans marchait dans la rue Adam, à l'angle du boulevard Pie-IX, quand une explosion a soufflé un véhicule sport utilitaire garé tout près. Même s'il se trouvait de l'autre côté de la rue, Daniel Desrochers a été percuté à la tête par des fragments du véhicule. Hospitalisé, il a succombé à ses blessures quatre jours plus tard.

Indignation

Daniel Desrochers est l'une des premières victimes de la guerre entre les Hells Angels et les Rock Machine, qui a fait plus de 160 morts et autant de blessés de 1994 à 2002. Sa mort a soulevé l'indignation et s'est ajoutée aux circonstances qui ont mené à la création de l'escouade Carcajou, regroupement d'enquêteurs chevronnés de la Sûreté du Québec, de la police de Montréal et d'autres corps de police spécialisés dans la lutte contre les motards.

Après la mort de son fils Daniel, Josée-Anne Desrochers a lancé une croisade contre les motards qui a contribué à l'adoption de la loi sur le gangstérisme quelques années plus tard. Elle a également créé un regroupement de victimes innocentes du crime organisé et une fondation au nom de son fils.

Mme Desrochers a été emportée par une pneumonie en 2005 à l'âge de 40 ans. Certaines rumeurs veulent que les Hells Angels, qui étaient derrière l'attentat qui a tué le garçon, lui aient offert une somme de 2 ou de 3 millions pour la dédommager et pour qu'elle cesse de dénoncer le crime organisé. Ces informations n'ont toutefois jamais été confirmées et demeurent depuis au stade de rumeurs. En revanche, une source bien placée à l'époque indique qu'une personne a approché les Hells Angels pour qu'ils versent une somme, ce qui n'a jamais été fait, nous dit-on.

VUS jumeaux

L'attentat qui a entraîné la mort de Daniel Desrochers était de surcroît une erreur sur la personne. L'occupant qui a péri dans l'explosion de son véhicule, Marc Dubé, qu'on soupçonnait d'être un vendeur de stupéfiants, n'était pas la personne visée. Les auteurs du crime ciblaient plutôt un trafiquant de drogue de l'Alliance, alliée aux Rock Machine.

Dubé et la véritable cible avaient des véhicules utilitaires sport identiques. Peu de temps auparavant, la cible aurait vendu son véhicule à Dubé, et ce serait là la source de la méprise des meurtriers. «L'homme qui a actionné l'engin avait aussi une très mauvaise vision. Il n'a pas identifié le conducteur du véhicule et n'a pas vu que l'enfant marchait sur le trottoir», ajoute une personne qui connaît bien le dossier.

À l'époque, les noms de cinq individus ont circulé parmi les policiers qui enquêtaient de près ou de loin sur l'affaire: trois personnes impliquées dans l'attentat - dont le fabriquant de la bombe - ainsi qu'un intermédiaire qui aurait été un prospect des Hells Angels et un commanditaire qui aurait été un membre en règle.

Les trois présumés auteurs ont été arrêtés et interrogés. Un témoin a aussi subi le test du polygraphe, mais le résultat n'a pas été assez concluant. Les suspects ont donc tous été relâchés et personne n'a été accusé.

L'un d'eux est mort dans des circonstances bêtes en prison dans les années qui ont suivi. Au moins un autre des individus dont les noms ont été évoqués à l'époque serait également décédé quelques années plus tard. D'après nos informations, contrairement à certaines croyances, les auteurs de l'explosion n'ont pas été victimes d'une purge à la suite de la mort de Daniel Desrochers.

L'explosion qui a tué Daniel Desrochers est le dernier attentat à la bombe fomenté par les Hells Angels, selon l'ancien expert des motards de la Sûreté du Québec et député de Chomedey, Guy Ouellette. C'est également le dernier attentat à la bombe commis par des motards en plein jour.

L'attentat avait également fait un blessé grave, Jean Côté, qui était assis à côté de Marc Dubé dans le véhicule.

Le hasard veut par ailleurs que ce 20e anniversaire survienne alors que le procès de cinq motards arrêtés dans le cadre de l'opération SharQc doit débuter le lendemain.

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