Trois édifices phares confiés à un homme au passé criminel

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Christian Yaccarini... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Christian Yaccarini

Photo: André Pichette, La Presse

Sara Champagne
La Presse

La première pelletée de terre du 2-22 Sainte-Catherine, projet phare du Quartier des spectacles, a été annulée cette semaine, dans la foulée des révélations de Benoit Labonté sur ses liens avec Tony Accurso. Sans faire de recherche de promoteurs potentiels, l'administration du maire Tremblay a confié le développement de trois projets majeurs du coeur de Montréal à un seul homme. Christian Yaccarini, homme d'affaires au passé criminel, qui s'est présenté comme «bras immobilier» de la Ville devant des propriétaires du Quadrilatère Saint-Laurent.

La première pelletée de terre du 2-22 Sainte-Catherine, projet phare du Quartier des spectacles, a été annulée cette semaine, dans la foulée des révélations de Benoit Labonté sur ses liens avec Tony Accurso. Sans effectuer de recherche de promoteurs potentiels, l'administration du maire Tremblay a confié le développement de trois projets majeurs du coeur de Montréal à un seul homme. Christian Yaccarini, homme d'affaires au passé criminel, qui s'est présenté comme «bras immobilier» de la Ville devant des propriétaires du Quadrilatère Saint-Laurent.

 

L'administration du maire Tremblay a concédé le développement des trois pièces maîtresses du Quartier des spectacles, sans appel d'offres, à un homme d'affaires qui traîne un passé criminel. Christian Yaccarini a été reconnu coupable deux fois pour fraude, à Montréal et à Québec, et a même été emprisonné à deux reprises durant 30 jours, pour bris de probation, au milieu des années 80.

Aujourd'hui, en plus de bénéficier de l'appui de la Ville de Montréal pour ériger trois édifices, il peut obtenir des subventions totalisant 6,2 millions pour mener à terme deux de ses projets. Des projets dans lesquels il est en quelque sorte devenu le bras immobilier de l'administration municipale, sans mandat formel, en s'immisçant dans le processus d'expropriation du Quadrilatère Saint-Laurent, a appris La Presse.

Rencontré hier, dans ses bureaux du Technopole Angus, M. Yaccarini était atterré quand La Presse lui a parlé de son passé criminel, et il n'a pas nié.

«C'est vrai, a-t-il lâché les mains tremblantes. Mais c'est du passé. J'ai été jugé et j'ai été condamné. Oui, j'ai fait de la prison. Mais c'était il y a 30 ans. Et j'ai fini par obtenir mon pardon pour bonne conduite», a-t-il dit. Quant à la décision de l'administration de lui concéder les développements, il répond: «Je ne vais quand même pas commencer à demander à l'administration pourquoi elle m'a choisi.»

Christian Yaccarini était membre du conseil d'administration de l'Association générale des étudiants de l'UQAM, dans les années 80. Il a été reconnu coupable d'avoir volé le contenu d'une caisse étudiante. Il avait aussi été reconnu coupable d'une fraude à la librairie Caron, où il était employé, pour la somme de 11 604$. Et en 1986, il a été reconnu coupable de vol à l'étalage, pour un millier de dollars, chez Audio d'occasion. En plus d'une infraction, à la maison Les disques Mille-Pattes.

C'est Benoit Labonté qui avait suggéré au maire Tremblay d'approcher Christian Yaccarini, en 2006, pour élaborer une vision de développement de la Main, entre la rue Sainte-Catherine et le boulevard René-Lévesque. Il avait obtenu l'accord du maire Gérald Tremblay pour verser 20 000$ au dirigeant de la SDA avec un délai de trois mois pour développer son idée.

Joint deux jours avant qu'il ne démissionne à cause de ses liens avec Tony Accurso, l'ancien chef de l'opposition, Benoit Labonté, a expliqué qu'à l'exécutif, le mot d'ordre était de «procéder rapidement».

«J'ai moi-même envoyé la lettre à Christian Yaccarini, en date du 16 mai 2006, a expliqué Benoit Labonté, responsable à l'époque de la culture et du centre-ville. Parce que j'aimais ce qu'il avait fait dans le passé. Mais par la suite, j'ai été écarté du processus. Ce n'est pas moi qui ai pris la décision finale de confier le développement du 2-22 Sainte-Catherine.»

Tout comme pour le 2-22 Sainte-Catherine, l'administration du maire Gérald Tremblay n'a pas procédé par appel d'offres pour concéder à la SDA deux autres projets dans le Quartier des spectacles: le Quadrilatère Saint-Laurent et le terrain du métro Saint-Laurent. Ce dernier a été vendu à une fraction de sa valeur marchande par la Ville de Montréal, juste avant le début de la campagne électorale. La transaction est assortie d'une subvention pouvant atteindre 1,2 million en vertu de la vocation culturelle.

Même si dans les faits les ententes entre Christian Yaccarini et la Ville ne sont pas illégales, elles contredisent la prémisse de l'administration lancée dans la foulée du scandale de la SHDM, soit celle de laver plus blanc que blanc, en procédant dorénavant par appel d'offres. «La Ville aurait dû effectuer une recherche de marché, estime le spécialiste à l'éthique, André St-Martin, professeur à l'Université de Montréal. Cette façon de faire soulève plusieurs questions. Le choix aussi. Il est difficile de savoir si le gouvernement en a vraiment pour son argent.»

Au final, Christian Yaccarini a obtenu le 2-22 Sainte-Catherine via une convention d'emphytéose de 75 ans, pour un projet évalué à 15 millions. Il bénéficie d'une subvention de 5 millions, attribuée en parts égales par Montréal et Québec. La SDA a contracté une hypothèque d'environ neuf millions.

Mardi dernier, l'un des édifices de Christian Yaccarini, dans le Quadrilatère Saint-Laurent, a passé au feu. L'hypothèse d'un acte criminel n'est pas écartée par la police de Montréal, qui poursuit son enquête. Lors d'une visite de La Presse sur les lieux, cette semaine, il y avait encore une forte odeur d'essence.

Deux jours après l'incendie, et dans la foulée du scandale sur les liens de Benoit Labonté avec Tony Accurso, le dirigeant de la SDA annonçait que l'inauguration du 2-22 Sainte-Catherine, prévue lundi dernier, était remise après les élections municipales. Un carton d'invitation officiel indiquait que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, de même que deux ministres de Québec, projetaient pourtant d'y assister.

«Ce n'est pas à cause du feu, mais avec le climat actuel de la campagne électorale, on a décidé de reporter l'événement», a ajouté M. Yaccarini. Au cabinet du maire, Martin Tremblay, attaché de presse du maire sortant, a indiqué hier soir que Gérald Tremblay n'était pas au courant du passé criminel de Christian Yaccarini. Via courriel, l'attaché du maire a indiqué que des gens «crédibles» entourent le dirigeant de la SDA.

 

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