Voleurs colombiens sous surveillance

Un réseau international de criminels sud-américains fichés par le FBI, formé... (Photomontage La Presse)

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Daniel Renaud
La Presse

Un réseau international de criminels sud-américains fichés par le FBI, formé notamment de Colombiens entrés illégalement au Canada ces dernières années, serait à l'oeuvre au Québec. Depuis 2015, plusieurs vols d'envergure d'objets de luxe et des introductions avec effraction ont été commis dans les régions de Montréal, de Québec et dans les Cantons de l'Est, et la police n'exclut pas que plusieurs des suspects appartiennent à des groupes organisés.

Des réseaux très actifs au Québec

Un rapport de renseignement protégé préparé par l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) sur les demandeurs d'asile colombiens en 2015, et que La Presse a obtenu, décrit ces groupes désignés par l'acronyme anglais SATGs, pour South American Theft Groups (Groupes de voleurs sud-américains).

Ces groupes sont fichés par le Federal Bureau of Investigation (FBI) américain, qui en donne une brève description citée dans le document.

« Les membres ont plus de 20 ans et sont des hommes et des femmes. Ils sont très mobiles, se déplaçant d'une ville à l'autre, d'un pays à un autre, à la recherche de victimes et pour commettre plusieurs vols dans les différentes juridictions. Les SATGs sont plus violents que les autres groupes, utilisant souvent des armes à feu et des couteaux pour commettre leurs délits. Ils utilisent de l'équipement sophistiqué, effectuent leurs propres filatures et de la contre-filature avec plusieurs véhicules, et développent leurs informateurs dans les industries de luxe, pour cibler des représentants et des gens d'affaires », résume le FBI.

Présents à Montréal

Selon le document, au cours des 10 dernières années, le SPVM a répertorié « des centaines d'événements de vols par subterfuge dans des véhicules à Montréal commis par des sujets d'origine colombienne ».

Durant les six premiers mois de 2015, le SPVM avait répertorié au moins 30 vols au cours desquels les suspects ont visé particulièrement des bijoux, de l'argent et des produits Apple.

« Les sujets d'origine colombienne utilisent toujours le même mode opératoire. Il est donc permis de croire que ces bandes criminalisées colombiennes opèrent dans la grande région métropolitaine de Montréal », peut-on lire dans le rapport.

« Au Québec, les SATGs sont presqu'exclusivement d'origine colombienne et commettent des vols de bijoux, d'argent, de produits Apple et de vêtements griffés. Certaines cellules de SATGs arrêtés avaient des armes contondantes soient des couteaux, des couteaux à lames rétractables, des cutters et des tournevis. Un sujet distrait la victime pendant que d'autres commettent le vol », ajoute-t-on plus loin.

Pneu crevé et fausses identités

Les SATGs répètent certains stratagèmes. Par exemple, pendant que leur victime est dans un bureau de change, ils vont crever l'un des pneus de sa voiture. Lorsque leur cible remonte à bord de son véhicule et s'éloigne, ils la suivent et la préviennent qu'elle a une crevaison. Un des voleurs va se poser en bon samaritain et distraire la victime, en faisant mine de l'aider, pendant que les autres vont voler son argent.

Les SATGs utilisent de faux documents et cartes. Ils parlent espagnol, parfois en code, et communiquent entre eux avec des téléphones prépayés, des walkies-talkies ou par signes de la main. Les cellules québécoises de SATGs comptent entre deux et dix membres, mais peuvent aller jusqu'à 40 personnes, selon l'envergure du méfait. Ils ont entre 28 et 62 ans. Ils louent des voitures avec de faux papiers ou achètent à bas prix des véhicules usagés qu'ils paient comptant. Les autorités croient que les SATGs exportent vers d'autres pays, surtout d'Amérique latine, une bonne partie des biens volés et y transfèrent également des sommes d'argent.

Les Colombiens qui entrent illégalement au Canada le font habituellement avec un vrai passeport espagnol comportant une page biographique contrefaite, avec un faux passeport mexicain ou avec un vrai passeport mexicain volé.

En 2014 et 2015, ils sont surtout arrivés au Québec par l'aéroport Trudeau et des routes non gardées dans le secteur de Lacolle, notamment par un terrain de golf situé à Saint-Bernard-de-Lacolle, indique le rapport.

Des craintes

Certaines personnes au fait des dossiers craignent que des terroristes puissent utiliser cette filière d'entrées illégales au Canada.

L'Agence des services frontaliers du Canada a décliné notre demande d'information « en raison d'enquêtes et d'investigations en cours relativement à ce rapport ».

« L'ASFC vérifie l'identité des personnes à l'aide de données biographiques et biométriques dans des bases de données canadiennes, internationales et des partenaires de l'Agence. Des vérifications de sécurité nationale, de criminalité et de santé sont effectuées », a écrit à La Presse un porte-parole de l'agence.

À la Commission de l'immigration et du statut de réfugié, on nous a dit ne pas pouvoir commenter de cas précis alors qu'à Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada, on n'a pas été en mesure de fournir les statistiques dans les délais demandés.

Le plus gros coup... et le dernier

En octobre 2015, les enquêteurs de la police de Laval ont arrêté une demi-douzaine de personnes liées à une cellule de voleurs sud-américains soupçonnés d'avoir commis plusieurs vols dans des commerces de la région de Montréal et ailleurs.

Depuis janvier 2015, les corps de police avaient constaté que plusieurs vols avaient été commis dans des comptoirs de vente de téléphonie cellulaire et des téléboutiques. Les entreprises Bell et Rogers déploraient, ensemble, des pertes de plus de 2 millions de dollars.

Les enquêteurs de la police de Laval, en collaboration avec d'autres corps de police et les services de sécurité des deux géants des télécommunications, ont pris les choses en main et déclenché une enquête baptisée Cellulaire.

Rapidement, ils ont réalisé qu'ils avaient affaire à un groupe de voleurs colombiens dont l'un des membres a été identifié comme étant Fabian Yesid Bernal Bogota.

En juillet 2015, il y a eu une tentative de vol à la boutique Rogers du Carrefour Laval et les policiers ont prélevé des empreintes.

Peu après, un autre vol similaire a avorté à Terrebonne, mais il y a eu poursuite et les patrouilleurs ont relevé le numéro de plaque du véhicule des suspects. Les policiers ont aussi prélevé des empreintes et constaté des correspondances avec celles trouvées à Laval.

Lors de leurs larcins et sur la filature, les voleurs communiquaient entre eux par téléphone, et quatre d'entre eux ont ensuite été identifiés. Ils se déplaçaient beaucoup, jusque dans la région de Toronto, ce qui compliquait le travail des policiers.

Moment charnière

Mais à la fin de l'été, le vent a tourné. Lors d'un vol, Bogota a sauté d'un toit en tentant de fuir la police et s'est fracturé une jambe. Il est devenu beaucoup moins mobile, et son groupe également. Les enquêteurs les avaient dans le collimateur lorsqu'ils ont réalisé leur plus gros coup, mais aussi leur dernier.

Le 5 octobre 2015, le groupe a dérobé 130 appareils iPhone évalués à 86 000 $ au magasin Best Buy du Carrefour Laval. Trois jours après, les policiers ont fait trois perquisitions à Montréal et à Longueuil et arrêté cinq membres de la cellule.

Les limiers ont retrouvé 161 appareils cellulaires, des tablettes électroniques et plusieurs autres objets d'une valeur de plus de 160 000 $. L'un des suspects était un présumé receleur chez qui une partie du butin a été trouvée.

« Lorsque nous sommes arrivés à cet endroit, nous avons constaté que les biens avaient été mis dans des valises », explique le lieutenant Martin Benoit, de la section antigang de la police de Laval.

« C'est clair que ces objets s'en allaient à l'étranger, soit en Amérique latine ou à Dubaï, car le suspect avait un visa de travail pour les Émirats arabes unis. »

« Nos enquêteurs ont travaillé très fort. Ils ont également élucidé par le fait même deux vols commis à Montréal et un à Sherbrooke », ajoute le lieutenant.

Parallèlement à l'enquête Cellulaire, les policiers de la ville de York, dans la région de Toronto, ont observé certains sujets d'intérêt des enquêteurs lavallois qui se déplaçaient dans leur région. Ils ont notamment pu suivre leurs allées et venues grâce au GPS d'un véhicule de location et aux caméras des stations d'essence où ils s'arrêtaient.

Des accusations d'introduction avec effraction, complot, vol et recel ont été déposées contre sept personnes. Trois des accusés ont jusqu'à maintenant plaidé coupable. La police de Laval dit avoir des informations voulant que Bernal Bogota et Montoya Zuleta fassent partie des SATGs. Des documents liés aux SATGs ont été retrouvés sur les lieux des perquisitions.

D'après nos informations, Bogota est résident permanent depuis juin 2013 alors que Zuleta a un statut de réfugié depuis novembre 2011.

Parmi les cinq autres membres de la cellule, un est citoyen canadien, deux ont le statut de résident permanent et un possède un visa de visiteur.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.

Nomades et bien organisés

MONTRÉAL

En novembre 2016, les enquêteurs des Services partagés des enquêtes de la division Ouest ont arrêté trois personnes supposément impliquées dans des vols commis dans l'ouest de l'île de Montréal. Les suspects ciblaient leurs victimes à la sortie des banques, bureaux de change et bijouteries, faisaient diversion et les volaient, après avoir commis des méfaits sur les véhicules de leurs cibles. Deux frères, Jorge Armando Sierra Molina, 33 ans, et Luis Daniel Sierra Molina, 29 ans, ont été accusés de vols. Le troisième individu, d'origine colombienne, n'a pas été accusé, mais il a été remis à l'Agence des services frontaliers du Canada car il était entré au pays à l'aide d'un faux passeport mexicain.En 2015, 43 vols par subterfuge ont été commis dans la région nord. Les enquêteurs ont appréhendé quatre personnes d'origine latine.

QUÉBEC

À la fin du mois de juillet dernier, les policiers de Québec ont arrêté quatre personnes d'origine colombienne soupçonnées de s'être introduites dans les jours précédents dans quelques résidences et commerces de la région de la Vieille Capitale et d'avoir dérobé de l'argent, des bijoux et d'autres objets de luxe. Fait à noter, l'arrestation de l'un d'eux a été facilitée par le ballon de soccer qu'il avait continuellement avec lui durant les larcins - qui ont été filmés - et que les policiers ont saisi. Selon nos informations, les quatre hommes étaient entrés au Canada en moins d'un mois à la fin du printemps dernier ; trois d'entre eux par l'aéroport Trudeau à Montréal et le quatrième par l'aéroport de Calgary. Les quatre auraient présenté un faux passeport mexicain affichant une fausse identité. L'un d'eux aurait demandé le statut de réfugié au Canada il y a environ trois ans, il a été expulsé vers son pays, mais il est revenu ici.

SHERBROOKE

La police de Sherbrooke croit que deux vols commis en 2015 dans la grande ville de l'Estrie seraient l'oeuvre de voleurs d'origine colombienne. Le 18 janvier 2015, un vol a été commis dans une boutique du Carrefour de l'Estrie. Le 20 septembre, le comptoir de Bell du Carrefour de l'Estrie a été forcé et 122 téléphones cellulaires, d'une valeur de 56 000 $ selon la police, ont été volés. Au moins un des suspects dans ces affaires a été ciblé dans le projet Cellulaire mené contre les voleurs par la police de Laval en 2015. La police de Sherbrooke avait publié à l'époque un communiqué avec les photos des suspects recherchés pour l'aider dans son enquête.

ONTARIO

En 2015, les policiers de la ville de York, dans la région de Toronto, ont déclenché une enquête baptisée Cali en raison d'une concentration de vols importants de téléphones cellulaires commis par des Colombiens dans leur région. Pas moins d'une douzaine d'enquêteurs auraient été affectés à ce projet. La police de Peel, en Ontario, a enquêté sur un des suspects de l'enquête Cellulaire de la police de Laval pour la crevaison du pneu d'un véhicule en 2014, sans toutefois que rien ne soit volé. Selon un mandat de la police ontarienne que La Presse a obtenu, l'homme aurait eu une adresse dans la région de Toronto. Avec l'aide d'un faux permis de conduire espagnol et d'une fausse identité, il a loué un véhicule immatriculé en Ontario avec lequel il a fait la navette entre les régions de Toronto et de Montréal durant l'enquête Cellulaire.




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