Projet Gamma: chasser les proxénètes du métro

Les agents François Laporte et Vicky Houde surveillent... (Photo David Boily, La Presse)

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Les agents François Laporte et Vicky Houde surveillent l'une des entrées du métro Longueuil.

Photo David Boily, La Presse

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Les enquêtes de proxénétisme sont souvent ardues à mener. La collaboration des jeunes filles est difficile à obtenir. Quand un gang de rue fait du métro son quartier général comme c'est arrivé l'été dernier à Longueuil, le temps presse pour l'empêcher de recruter des adolescentes. Le Service de police de l'agglomération de Longueuil a usé d'autres moyens pour les chasser de ce lieu public. Autopsie du projet GAMMA.

Basé au métro Longueuil-Université-de-Sherbrooke, l'agent François Laporte en avait plein les bras l'été dernier. Six jeunes hommes jouaient tous les soirs au chat et à la souris avec la police dans cette station qui a des allures de labyrinthe avec ses nombreux corridors, cages d'escaliers et passerelles qui mènent à des commerces, des tours à condos, un hôtel, des campus universitaires et au terminus Longueuil. « Chaque jour, on leur remettait des contraventions pour flânage ou pour avoir jeté des déchets au sol mais ils s'en foutaient. Ils crachaient sur notre autopatrouille. Ils nous lançaient des objets », raconte l'agent Laporte.

Après avoir été alerté par ses patrouilleurs, le Bureau d'analyse et de renseignements criminels du SPAL a découvert qu'en quatre mois, 357 appels avaient été faits dans le secteur du métro, dont une soixantaine de plaintes concernant la présence de jeunes hommes aux activités louches. « Ils abordaient des jeunes filles. Ils commettaient des vols qualifiés. Disons qu'ils étaient très prolifiques », résume la criminologue au SPAL Marie-Ève Diotte.

L'analyse des renseignements a confirmé les impressions des patrouilleurs. La criminologue a ensuite présenté ses résultats à l'Équipe de coordination opérationnelle du district. Réunis chaque semaine autour d'une même table, des haut gradés du Bureau des renseignements criminels, de la surveillance du territoire et de la prévention décident des enquêtes prioritaires en se basant sur la « lecture de l'environnement » de ses criminologues. C'est là qu'est né le projet GAMMA. « On n'avait pas affaire à un gang émergent formé d'adolescents mais à des gars plus vieux, avec des antécédents criminels. Il fallait se mettre en mode répression », raconte le lieutenant-détective Martin Valiquette.

Une équipe de patrouilleurs a été ajoutée pour suivre les six jeunes hommes à la trace. « Le territoire du métro, c'est une petite ville en soi, raconte l'agente Vicky Houde qui faisait partie de la seconde équipe. Les gars se répartissaient aux quatre coins de la station et se textaient pour s'avertir quand on arrivait dans leur secteur. »

La mission des patrouilleurs : appliquer une politique de tolérance zéro concernant toutes les infractions commises par le gang. Les jeunes hommes - qui se tenaient notamment au McDo situé dans la Place Charles-Le Moyne - dérobaient les cellulaires des mains des jeunes filles et leur disaient avec un ton séducteur : « Si tu veux récupérer ton téléphone, tu dois me donner ton numéro. » Ils pouvaient faire cela des dizaines de fois en une soirée jusqu'à ce qu'une jeune fille morde à l'hameçon.

« Nos filles en centres nous parlaient beaucoup des gars du métro qui, selon elles, recrutaient », raconte Pascale Philibert, conseillère au projet Mobilis - projet de lutte contre l'exploitation sexuelle de jeunes filles - rattachée au CISSS de la Montérégie-Est. En les suivant à la trace, les policiers ont accumulé de la preuve contre les six jeunes hommes. Au total, la police les soupçonne d'être les auteurs de 150 événements criminels/infractions commis dans le secteur du métro en quelques mois, dont des vols, du trafic de drogues et une agression sexuelle.

Dès leur mise en accusation, la poursuite a demandé au tribunal d'interdire aux jeunes hommes de mettre les pieds au métro Longueuil. Et s'ils osent s'y pointer, les policiers ont comme mission de les arrêter pour non-respect de conditions. « C'est difficile de porter des accusations de proxénétisme quand on n'a pas de victimes. On les arrête pour autre chose. L'idée, c'est de leur rendre la vie moins facile », explique l'inspecteur-chef à la surveillance du territoire du SPAL Alain Brodeur.

Dans le local de pause des patrouilleurs du SPAL affectés au métro, une trentaine de photos de personnes recherchées/disparues sont épinglées sur un paravent. Sur un autre paravent, il y a autant de photos de « sujets d'intérêt », dont des présumés proxénètes. « Lorsqu'on retrouve une jeune fille en fugue, on l'amène ici le temps de contacter sa famille, explique l'agente Vicky Houde. Je suis assez directe avec elle. Je lui explique que le métro n'est pas un endroit pour flâner, qu'elle risque d'être recrutée par des gens mal intentionnés. »

Ce n'est pas d'hier que des gangs de rue tentent de contrôler le secteur du métro Longueuil. Il y a 20 ans, en 1997, un gang de rue qui vendait de la drogue aux abords de cette station avait été démantelé après qu'un jeune policier eut infiltré l'école secondaire fréquentée par les membres du gang. Ce gang était organisé au point où il louait un appartement en face, dans l'immeuble du Port de mer relié au métro grâce à une passerelle. Depuis l'arrestation du gang l'automne dernier, les incidents ont chuté au métro Longueuil, fait valoir le patrouilleur François Laporte.




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