Explosion de petits partis au Québec

Jean Lavoie, chef du tout jeune Parti de... (Photo: Le Soleil)

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Jean Lavoie, chef du tout jeune Parti de la classe moyenne du Québec.

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C'est un record. Avec 20 partis politiques en lice, les élections générales de 2012 comptent plus du double du nombre de formations politiques que lors du dernier scrutin. Depuis six mois seulement, cinq nouveaux partis ont vu le jour. La Presse a rencontré les chefs de ces jeunes formations pour mieux comprendre ce phénomène, qui en dit long, selon les experts, sur la santé du système politique ainsi que sur celle des partis traditionnels.

«C'est la première fois dans l'histoire qu'il y a autant de partis dans des élections au Québec. On a même autorisé le Parti nul! Il faut dire que, d'après la Loi électorale, il faut avoir seulement 100 membres. Ce n'est pas très compliqué de faire autoriser un parti politique», explique Denis Dion, porte-parole du Directeur général des élections du Québec (DGEQ).

Selon Éric Bélanger, professeur en sciences politiques à l'Université McGill et membre du Centre pour l'étude de la citoyenneté démocratique, la multiplication des partis est une tendance qui a vu le jour dans les années 90 dans la plupart des démocraties occidentales.

«Mais c'est vrai que ça a explosé cette année, dit-il. En général, ce phénomène est lié à l'insatisfaction vis-à-vis de l'offre politique et au fait que les citoyens veulent s'impliquer.»

Les grands partis

C'est ainsi que l'Équipe autonomiste, par exemple, résulte du mécontentement à l'égard de la fusion entre l'ADQ et la CAQ, et que l'Union citoyenne du Québec est le résultat d'une déception envers le PLQ. «D'autres sont des partis à enjeu unique, comme le Bloc pot ou le Parti nul, qui s'adresse à ceux qui veulent annuler leur vote», précise Éric Bélanger.

Ainsi, la multiplication des partis politiques indiquerait que les grands partis rejoignent moins bien les électeurs.

«Ça indique aussi qu'il y a des citoyens qui veulent s'impliquer. Cette situation est donc symptomatique d'une mauvaise santé des grands partis, mais non du système, bien au contraire», explique Éric Bélanger.

Le bipartisme en perte de vitesse

Autre facteur à prendre en compte: la migration des enjeux politiques en dehors du débat nationaliste.

«Dans une étude qu'on a menée sur le vote des Québécois, on a été surpris de l'hétérogénéité des électeurs. Pendant plusieurs décennies, le bipartisme a dominé la scène politique. Maintenant que le PLQ et le PQ ont une poigne moins forte sur le vote, les gens fondent des partis pour représenter cette hétérogénéité.»

Selon Denis Dion, porte-parole du DGEQ, la multiplication des partis pourrait également s'expliquer, dans une certaine mesure, par l'appât du gain.

«Il existe un intérêt pratique à avoir un parti politique. On peut recueillir des contributions, constituer un fonds électoral et avoir le nom de ses candidats et du parti sur le bulletin de vote. En fin de compte, chaque vote grossit l'allocation annuelle. Celle-ci est calculée de la manière suivante: on prend le nombre d'électeurs inscrits, multiplié par 85 cents, le tout divisé au prorata du vote obtenu. L'allocation annuelle a été augmentée à cause de la réforme sur les dons. Il y a donc un avantage financier à avoir un parti et des gens qui votent pour celui-ci.»

Ainsi au cours de la dernière année, le Parti marxiste-léniniste du Québec a récolté 4100 $, le Parti indépendantiste, 6350 $ et le Parti vert, 105 826 $.

Si de nombreux partis ont pu naître dans les derniers mois, ils peuvent disparaître tout aussi vite, comme c'est le cas du Parti communiste, qui ne remplissait plus les formalités de la Loi électorale.

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Nombre de candidats/membres par parti

Bloc pot: 2/175 membres

Coalition avenir Québec: 125/près de 10 000 membres

Coalition pour la constituante: 29/environ 400 membres

Équipe autonomiste: 17/environ 350 membres

Option nationale: 121/4000 membres

Parti conservateur du Québec: 27/environ 700 membres

Parti de la classe moyenne du Québec: 7/environ 350 membres

Parti équitable: 1/environ 150 membres

Parti indépendantiste: 10/injoignables

Parti libéral du Québec: 125/41 063 membres

Parti marxiste-léniniste du Québec: 25/aucune idée, selon le chef du parti

Parti nul: 10/260 membres

Parti québécois: 125/plus de 90 000 membres selon le PQ mais 38 090 membres en 2011 selon les chiffres du DGEQ.

Parti de l'unité nationale: 12/environ 170 membres

Parti vert du Québec: 67/aucune réponse à notre demande

Québec - Révolution démocratique: 1/seulement une page Facebook. Injoignable.

Québec solidaire: 124/11 948 membres

Union citoyenne du Québec: 20/environ 300 membres

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Créer un nouveau parti

> Il faut compter environ deux mois pour le traitement de la demande d'autorisation. Celle-ci pourra être accordée après qu'au moins 100 électeurs auront confirmé au Directeur général des élections qu'ils sont membres du parti et qu'un dépôt de 500$, remboursable à la production du premier rapport financier ou du rapport de fermeture, aura été versé au DGEQ.

> Dans un délai de six mois suivant l'autorisation, le parti doit transmettre au Directeur général des élections du Québec un exemplaire de ses règlements dûment adoptés par les membres en assemblée générale.

> Le parti doit également réserver une dénomination auprès du DGEQ. Actuellement, certains noms comme Carré rouge, Front national du Québec et Quebec Antimafia Party sont déjà enregistrés.

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