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Le débat des docteurs: quatre visions s'affrontent

L'épineuse question des temps d'attente en chirurgie d'un jour au Québec s'est retrouvée au coeur du débat sur la santé de LaPresse.ca, diffusé en ligne aujourd'hui. Les quatre candidats qui ont croisé le fer, soit le Dr Yves Bolduc pour les libéraux, le Dr Réjean Hébert pour le Parti québécois, le Dr Gaétan Barrette pour la Coalition avenir Québec et le Dr Amir Khadir, de Québec solidaire, se sont montrés résolus à régler le problème une fois pour toutes.

Et ce, tout en respectant l'engagement des libéraux, pris en 2007, de faire en sorte que tous les patients qui ont besoin d'une intervention chirurgicale y aient accès en moins de six mois.

>>> Soyez patients: voici l'éditorial d'Ariane Krol

Le Dr Gaétan Barrette, aspirant au poste de ministre de la Santé en cas de victoire de la Coalition avenir Québec (CAQ), a tenu le haut du pavé dans le débat lorsqu'il s'est engagé sur le terrain glissant de l'attente en chirurgie.

Selon lui, la solution passe nécessairement par l'ouverture au secteur privé pour la chirurgie d'un jour - et pas seulement les opérations de la hanche, du genou ou de la cataracte, mais pour toutes celles qui ne nécessitent pas d'hospitalisation.

«On sait qu'il y a 18% de nos ressources non exploitées en chirurgie dans le public, et c'est le problème du ministre, a lancé M. Barrette. Notre réseau opératoire n'est pas exploité à sa pleine capacité. Si, demain matin, un gouvernement courageux comme celui de la CAQ ouvrait la porte au privé conventionné, il pourrait ne plus y avoir d'attente en chirurgie. Mais ça demande d'ouvrir au privé.»

Actuellement, au Québec, une seule entente du genre existe: la clinique privée RocklandMd offre aux patients de l'hôpital du Sacré-Coeur, à Montréal, des interventions remboursées par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). Interrogé à ce sujet à la sortie du débat, le Dr Barrette a précisé qu'il ne veut pas répéter ce modèle. «Jamais il n'y a eu d

d'évaluation neutre des coûts dans le cas de RocklandMd. Ça s'est négocié derrière des portes closes. On ne peut donc pas reproduire le modèle. Moi, ce que je veux, c'est un PPP [partenariat public-privé] absolu. Alors, on négocierait avec les chirurgiens une entente avec une marge de profit minimale, parce qu'il en faut bien une. Et avec ça, je crois que le problème se résoudrait rapidement. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les chirurgiens dans nos hôpitaux ne travaillent présentement qu'à 30% de leur capacité.»

Un site web

Cible fréquente de ses trois adversaires durant le débat, le Dr Yves Bolduc n'a pas manqué de rappeler que, à l'époque où le Parti québécois était au pouvoir, seulement 60% des interventions chirurgicales étaient réalisées en moins de six mois. Maintenant, 93% des opérations sont pratiquées dans les délais grâce à différentes mesures, selon lui. «Il y a trois ans, ça prenait deux ans pour obtenir une opération de la cataracte; aujourd'hui, c'est deux mois. Les listes d'attente ont diminué de 30 000 noms, la situation se règle graduellement.»

Le problème qui persiste, a-t-il enchaîné, c'est que 125 chirurgiens conservent des listes de patients trop longues. Pour remédier à cela, le Dr Bolduc a annoncé qu'un site web où figurera le nom de tous les chirurgiens avec leur liste d'attente est prêt à être mis en ligne. Il ne manque qu'une modification à la loi. Ainsi, a-t-il précisé, la population et les médecins de famille pourront avoir l'heure juste en temps réel. «Il faut que les chirurgiens répartissent leurs patients», a-t-il dit.

Le Dr Réjean Hébert, du Parti québécois (PQ), est loin d'être certain qu'il faille ouvrir la porte à l'entreprise privée pour réduire l'attente en chirurgie. «Prenez l'exemple du Manitoba pour les opérations de la cataracte, a-t-il dit. On l'a vu, les listes d'attente ont augmenté.» Selon lui, il faut impérativement libérer des lits de soins de courte durée dans les hôpitaux. «Il faut focaliser à l'extérieur des hôpitaux. Chaque jour, 1100 lits de courte durée sont occupés. Il faut libérer ces lits. On propose d'investir 500 millions dans les soins à domicile, ce qui aura pour effet de les libérer.»

Le Dr Amir Khadir, de Québec solidaire, s'est engagé à investir 300 millions pour gérer les listes d'attente. «Il faut des listes d'attente gérées régionalement, comme en Saskatchewan, a-t-il dit. Présentement, on a une gestion des listes qui existe davantage sur papier que dans la réalité. Il faut mettre en commun les listes d'attente.» Il a insisté à de nombreuses reprises sur une baisse du prix des médicaments, qui pourrait être possible grâce à la création d'une société d'État pharmaceutique (PharmaQc). Cela permettrait de réaliser des économies de 2 milliards, estime-t-il.

***

Le modèle RocklandMd

En 2009, le Centre de chirurgie RocklandMd a été présenté comme un sauveur à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, alors en pleine tourmente déficitaire et aux prises avec des installations opératoires vieillissantes. Malgré la grogne des syndicats et de plusieurs ténors de la santé, qui craignaient la création d'un dangereux précédent, l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal est parvenue à conclure un partenariat avec cet important acteur du secteur privé pour pratiquer des interventions d'un jour.

Selon les dernières données disponibles, plus de 3000 opérations y ont été pratiquées en 2012. Les deux années précédentes, plus de 2600 opérations ont été réalisées. Le contrat, qui devait prendre fin cet été, a été prolongé à des conditions qui n'ont pas été rendues publiques. Lorsque le Dr David Levine, ancien dirigeant de l'Agence, a quitté ses fonctions cette année, il assurait encore que le gouvernement avait pour objectif de rapatrier les opérations à l'hôpital et que cette entente était temporaire. Cela n'a pas plu aux spécialistes de l'hôpital, qui voient plutôt dans cette entente une planche de salut.

Lors d'un entretien avec La Presse, en février dernier, le Dr Fernand Taras, directeur médical du Centre RocklandMd, a tiré à boulets rouges sur la loi qui garantit l'accès à des opérations au Québec. Il estime que sa clinique fait les frais d'une loi qui n'a pas été achevée correctement relativement aux ententes avec le privé sous l'ancien ministre de la Santé, le Dr Philippe Couillard.  

Le médecin a notamment expliqué que, outre les frais de location et les honoraires des chirurgiens, RocklandMd ne reçoit rien pour le personnel soignant, les infrastructures et l'équipement.

Durant la même période, le Dr Taras a également contesté une décision de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) qui avait déclaré illégale la vente de forfaits santé (dont le prix pouvait aller jusqu'à 17 000$) à des patients en attente d'une intervention ne nécessitant pas d'hospitalisation.

***

Un mot de la direction

Il n'y a plus de frontière en information. Auparavant, la radio faisait de la radio; la télévision offrait des émissions de télé et les journaux publiaient des textes et des photos.

Avec la multiplication des plateformes numériques, tout ça a changé. La Presse a rapidement pris ce virage et diffuse désormais ses informations de toutes les manières.

Ainsi, vous tenez en ce moment un journal qui fait le compte rendu d'un débat électoral «télévisé» organisé par La Presse. Vous aurez sans doute envie de le visionner; il est diffusé exclusivement sur lapresse.ca.

Et comme vous êtes des lecteurs engagés et actifs, vous voudrez peut-être aussi participer au clavardage que nous organisons ce midi.

Voilà La Presse d'aujourd'hui.

La santé, les jeunes et l'économie

La Presse a organisé trois débats sur des enjeux cruciaux de la campagne électorale vendredi dernier, au Bain Mathieu, dans l'est de Montréal. Pour l'occasion, nous avons réuni trois candidats de la Coalition avenir Québec (CAQ) et autant du Parti libéral (PLQ), du Parti québécois (PQ) et de Québec solidaire (QS).

Le premier débat, sur la santé, est donc diffusé à compter de ce matin sur lapresse.ca. Il dure 20 minutes et nous permet notamment d'en apprendre davantage sur le projet de la CAQ qui consiste à confier plus d'interventions au secteur privé pour décongestionner le système public de santé - projet révélé par le candidat de la CAQ Gaétan Barrette.

Participaient également à ce premier débat haut en couleur: Yves Bolduc (PLQ), Réjean Hébert (PQ) et Amir Khadir (QS).

Nous vous invitons donc à le visionner et à réagir aux différentes idées qui y sont présentées. Dès 11h30 ce matin, et ce jusqu'à 13h, notre chroniqueur Patrick Lagacé animera un clavardage, toujours sur www.lapresse.ca.

Demain, notre site web présentera le deuxième débat, qui porte cette fois sur les jeunes. Il regroupait les candidats Léo Bureau-Blouin (PQ), Anson Duran (PLQ), Laurence Fortin (CAQ) et Émilie Guimond-Bélanger (QS).

Enfin, jeudi, notre troisième débat traitera d'économie et réunira Raymond Bachand (PLQ), Nicolas Marceau (PQ), Christian Dubé (CAQ) et François Saillant (QS).

Toujours plus de profondeur

On se demande souvent, après une longue campagne électorale, si les grands médias ont su couvrir les enjeux en profondeur. À La Presse, plus que jamais, nous prenons les grands moyens pour offrir à nos lecteurs une information fouillée et d'une grande qualité.

Qu'on en juge. Depuis le déclenchement des élections, le 1er août, La Presse consacre de six à huit pages par jour à la couverture de la campagne électorale. En plus de nos textes de nouvelles et d'opinions, voici ce que La Presse a réalisé en moins de deux semaines:

> Nos journalistes ont décortiqué les plateformes électorales des partis.

> Nous avons dessiné une carte interactive des dons versés aux partis politiques du Québec.

> Nous avons déterminé les grands enjeux et demandé aux partis de nous proposer des solutions pour chacun d'eux.

> Nous avons fait plusieurs bilans des années Charest.

> Nous avons dressé le portrait des travailleurs de l'ombre qui entourent les chefs de parti.

> Nous avons analysé l'impact du redécoupage de la carte électorale et fait le portrait des circonscriptions à suivre le soir des élections.

> Nous avons dressé la liste des candidats de chaque parti susceptibles de devenir ministres si leur parti remporte les élections.

> Nous avons fait un portrait des forces et des faiblesses de chaque chef.

> Nous avons diffusé sur le web des analyses vidéo avec nos spécialistes ou des invités, et avons organisé des débats et des clavardages.

> Etc.

Nous vivons dans une ère d'information citoyenne et d'instantanéité qui nous démontre à quel point l'actualité fait partie de nos vies. Mais il faut se rappeler que le rôle d'un grand média comme La Presse est de la plus haute importance. Avec ses 225 journalistes, La Presse peut livrer à ses lecteurs une information crédible et de grande qualité, tout en innovant dans la présentation.

C'est ainsi qu'une information de qualité demeurera un moteur de notre démocratie. Encore plus en période électorale.

L'éditeur adjoint et vice-président à l'information,

Éric Trottier

etrottier@lapresse.ca

Le directeur principal de l'information,

Mario Girard

mario.girard@lapresse.ca

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